Un référent pour lutter contre l’antisémitisme et le racisme à l’université

Suite à plusieurs actes antisémites récents, Frédérique Vidal a rencontré les représentants de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme à l'université, parmi lesquels les référents "racisme et antisémitisme".

Pixabay.com / Photo CC par nicolayhg

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal a rassemblé mardi 23 octobre différents acteurs de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Mario Stasi, président de la ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), Lilâ le Bas, présidente de l’UNEF ou encore Johanna Barasz, adjointe au Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) ont répondu à l’appel pour s’unir «contre la haine».

Le rassemblement de la ministre avec les différents acteurs intervient suite à de nombreux actes antisémites qui peuvent être «les prémices de nouveaux basculements», selon le Figaro Etudiant. En mars dernier, un local de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) avait été saccagé à la faculté de Tolbiac à Paris. Plus récemment, des tags antisémites ont, pour la première fois, été découverts sur le campus de l’école de commerce HEC. D’autres tags ont visé le président de l’université Grenoble-Alpes en septembre dernier. Pour Frédérique Vidal, il s’agit d’un «phénomène préoccupant, la recrudescence d’actes antisémites dans les établissement d’enseignement supérieur». Elle a rappelé que «toutes les formes de haines et de xénophobies n’ont pas leur place dans les universités et les écoles qui doivent rester des lieux de pédagogie, d’ouverture et de démocratie».

Plus récemment, la ministre de l’Enseignement Supérieur a réagi dans un communiqué pour dénoncer une situation de harcèlement antisémite à l’Université. En effet, une étudiante de 19 ans en deuxième année de médecine à l’université Paris XIII a porté plainte le 20 octobre pour injures antisémites. Elle confie à Europe 1 les détails de son harcèlement qu’elle a subi de la part d’un groupe d’étudiants. Le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a ouvert une enquête préliminaire ce lundi 29 octobre suite à la plainte de la jeune étudiante en médecine pour «injures à caractère racial». Frédérique Vidal condamne dans son communiqué les gestes et violences racistes et antisémites :«L’antisémitisme doit être partout combattu avec la plus grande fermeté sans jamais laisser aucune place à la banalisation» a t-elle précisé, deux jours après l’attaque antisémite survenue à la synagogue de Pittsburgh, aux États-Unis, qui a fait 11 morts. La ministre s’est entretenu avec le président de l’université de Paris XIII afin de statuer sur la mise en place de prévention au sein des universités, notamment avec les référents «racisme et antisémitisme».

 

Le rôle du référent à l’université

La mission de référent «racisme et antisémitisme» a été créée par le ministère de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur –qui, à l’époque, était une même entité– dans le cadre du plan de transmission pour les valeurs de la République. La date officielle de la création de la fonction est le 22 janvier 2015, suite aux attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes. La création du référent a été une mesure prise à la hâte par l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem. Trois semaines après les attentats, elle publie le «plan de mobilisation pour la transmission des valeurs de la République» qui comprend 11 mesures, de l’école maternelle à l’enseignement supérieur.

Il y a une confusion qui peut s’instaurer entre référent laïcité et référent «racisme et antisémitisme», comme l’explique Educpros. Or, les missions de référent laïcité et de référent «racisme et antisémitisme» sont deux missions distinctes, cependant souvent attribuées à la même personne. Nous avons rencontré l’une d’entre elles.

Isabelle de Mecquenem, professeure agrégée de philosophie, est chargée de mission laïcité et chargée de mission à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme à l’ESPE de l’Université de Reims Champagne-Ardenne. La professeure agrégée explique que le référent est chargé de transmettre aux étudiants et aux futurs enseignants les valeurs fondamentales de la laïcité pour former des citoyens. «Même si un étudiant est déjà un citoyen à proprement parler, il doit être sensibilisé et engagé car la formation du citoyen ne s’interrompt pas à l’âge de 18 ans» rappelle-elle. Pour elle, la mission de référent consiste à faire connaître le principe de laïcité dans sa complexité : «Il faut instaurer une pédagogie autour de la laïcité. En faisant comprendre la teneur de la notion, on va emporter l’adhésion de ceux à qui on s’adresse.» affirme-t-elle, avant d’ajouter «Je travaille sur la compréhension de l’idée et de l’idéal laïque en respectant les fondements de la laïcité c’est-à-dire la liberté de conscience».

Laicité et valeurs de la République de Isabelle de Mecquenem, édité par Studyrama

Le référent doit avoir un rôle pluridisciplinaire car la notion de laïcité repose sur plusieurs spécificités qui contribuent à la définir, notamment le droit et les grands principes juridiques, mais aussi l’histoire et la philosophie. Isabelle de Mecquenem organise des conférences à l’université pour présenter sa définition de la laïcité et aborder ses grands principes dans l’éducation : «L’histoire de la laïcité charrie de grandes valeurs et des principes. L’idée que l’être humain doit se déterminer en toute autonomie intellectuelle et morale pour définir sa vie» explique-t-elle. Elle a écrit un ouvrage intitulé Laïcité et principe de la République, édité par Studyrama dans lequel elle donne des clés pour chaque étudiant ou candidat de la fonction publique pour comprendre les notions de laïcité.

« Il doit y avoir une cohérence éducative qui ne doit pas être une propagande »

La référente de l’ESPE de Champagne-Ardenne fait part des difficultés rencontrées au cours de sa mission, qui consiste aussi à animer des ateliers contre le racisme et l’antisémitisme. Elle s’est rendue compte que la difficulté principale résidait dans le rejet du principe de laïcité, comme les contestations liées à la loi du 15 mars 2004, relative au port de signes religieux à l’école : « Certains enseignants rejettent ce principe et c’est grave car il s’agit d’un rejet des mesures laïques» a-t-elle martelé. «Certains disent que la laïcité ce n’est pas bien car cela va stigmatiser certains élèves, mais en réalité, il doit y avoir une cohérence éducative qui ne doit pas être une propagande, ni un endoctrinement pour les élèves». Le référent laïcité doit être en mesure de préparer les étudiants à être des «futurs adultes éclairés» qui feront leur propre choix. C’est le leitmotiv d’Isabelle de Mecquenem : faire prendre conscience que les étudiants ont souvent une opinion qui découle de diverses influences : la famille, l’école, les amis et surtout, les réseaux sociaux.

Ces derniers en effet constituent « une troisième force qui exerce un pouvoir sans précédent sur les étudiants, plus que les parents ou l’école».«On peut voir tout et n’importe quoi sur les médias sociaux, c’est un lieu d’activisme idéologique qui visent ces jeunes adultes vulnérables.» Dans ce contexte, l’école joue un rôle fondamental : « Je veux former des étudiants mais aussi des pédagogues qui respectent la liberté des consciences des individus auxquels ils s’adressent quel que soit leur âge » conclut Isabelle de Mecquenem.

Article publié le 25 octobre, mis à jour le 30 octobre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.