« Nos Carnets d’alerte abordent en profondeur des sujets de société et environnementaux cruciaux »

Associée à Pierre Rabhi, la journaliste Juliette Duquesne a créé les Carnets d’Alerte, des ouvrages qui décryptent de grands sujets de société. Entretien.

Juliette Duquesne

Juliette Duquesne credits Patrick Lazic

Pouvez-vous nous présenter ces Carnets d’Alerte ?

J’ai été pendant dix ans journaliste pour les journaux télévisés de 13 h et 20 h de TF1. Un travail passionnant que j’ai quitté pour lancer ces Carnets d’Alerte. Ils me tiennent donc particulièrement à cœur ! Ces ouvrages ont pour objectif d’aborder en profondeur des sujets de société et environnementaux cruciaux, tout en restant très accessibles au grand public. Trois Carnets d’Alerte ont déjà été publiés aux éditions Presse du Châtelet : « Pour en finir avec la faim dans le monde », « Les semences, un patrimoine vital en voie de disparition » et « Les excès de la Finance ou l’art de la prédation légalisée ».

Le prochain sort le 7 novembre et s’intitule « L’eau que nous sommes. Un élément vital en péril ». Quant au suivant, il pourrait avoir comme thématique « Vivre sans croissance ».

Vous cosignez vos ouvrages avec Pierre Rabhi, pourquoi ?

J’ai rencontré Pierre à l’occasion d’un reportage que j’ai effectué pour le JT de 13 h. Nous partagions le sentiment que les articles abordant ce genre de thématiques manquaient de vision globale. L’idée de cette collection a alors germé. Les livres sont construits en deux parties. Dans la partie centrale, je fais une présentation factuelle très complète. Pierre, quant à lui, apporte une dimension plus philosophique, plus poétique. Nos deux approches sont très complémentaires.

Dans la note aux lecteurs et lectrices qui ouvre les Carnets d’Alerte, Pierre Rabhi écrit que ceux-ci sont destinés « à faire émerger de l’inefficace excès d’informations ce que tout citoyen devrait connaître absolument ». Mais en ajoutant une collection, vous participez aussi à l’excès d’informations qu’il dénonce. En quoi vos livres se distinguent-ils de ce qu’on peut lire, voir ou écouter ailleurs ?

L’eau que nous sommes. Un élément vital en péril

L’eau que nous sommes. Un élément vital en péril

C’est vrai qu’il y a déjà beaucoup d’informations, mais ce sont souvent les mêmes qui sont reprises ! De plus, les articles journalistiques ont tous un angle ce qui signifie qu’ils ne peuvent présenter toutes les dimensions d’un sujet. Les Carnets d’Alerte n’ont pas la prétention d’être exhaustifs, mais d’aborder un thème dans toutes ses composantes.

Une autre différence majeure, c’est que je retourne à la source de l’information. Pour chaque ouvrage, j’interviewe entre 40 et 60 personnes pendant plusieurs heures… et ce sont des gens qui ont parfois des points de vue totalement contradictoires. Par ailleurs, les autres livres qui existent sur ces thèmes sont souvent écrits par des spécialistes pour des experts. Chaque milieu possède ses codes, ses références, son vocabulaire, ses références… Mon travail est donc aussi de les rendre accessibles à tous.

Enfin, l’une de nos autres particularités, c’est de mettre en avant des acteurs de la société civile qui sont peu présents dans les médias, je pense notamment aux chercheurs. Ceux-ci font un travail remarquable sans lequel cette collection n’existerait pas, puisqu’elle s’appuie beaucoup sur eux.

Les choix des thèmes abordés et la cosignature de Pierre Rabhi confèrent à vos livres une dimension engagée. Vous la revendiquez ?

C’est évidemment quelque chose que l’on ne cache pas. Mais j’insiste sur le fait que les Carnets d’Alerte donnent la parole à tous les acteurs du thème abordé. Je recueille les arguments de toutes les parties en restant intellectuellement la plus honnête possible. Je fais l’effort de comprendre et de présenter les arguments des uns et des autres. Pour le livre sur les semences, je suis allée écouter les responsables de Monsanto, par exemple, et ce ne sont pas des amis de Pierre ! Derrière toutes les pratiques, même celles avec lesquelles je suis le plus en désaccord, il y a des gens qui croient parfois sincèrement en ce qu’ils font, il y a des logiques qui s’expliquent, qui sont argumentées et défendues par leurs initiateurs. À une époque où la dichotomie caricaturale est partout, il est bon de rappeler qu’il n’y a pas de terribles méchants d’un côté et de formidables gentils de l’autre et surtout qu’il faut prendre le temps d’écouter chacun. Malheureusement certains ne jouent pas le jeu. Ainsi, pour le livre sur la finance, les banques ont toutes refusé les interviews, sauf La Nef et Le Crédit Coopératif qui sont, pour le moins, des instituts particuliers…

Vos ouvrages semblent susciter l’intérêt des enseignants !

C’est vrai. Je n’ai pas conçu ces Carnets à destination du public scolaire ou en fonction des notions étudiées à l’école mais, de fait, ils s’inscrivent bien dans les problématiques abordées dans les cours de SVT ou d’économie. J’ai eu l’occasion de faire quelques rencontres dans les lycées, notamment autour des carnets sur les semences et de la faim dans le monde. J’ai trouvé particulièrement intéressantes les rencontres dans lesquelles les élèves étaient eux-mêmes les animateurs de la conférence. C’étaient eux qui me posaient des questions, qui se retrouvaient dans la posture du journaliste, ce qui m’est apparu être une approche pédagogique très efficace.

Pour l’instant, ces interventions dans les classes ont été le fruit du hasard ! Elles sont nées d’échanges avec des amis enseignants ou de rencontres avec des professeurs lors de dédicaces. Mais j’adorerais développer et formaliser ce type de conférences-ateliers dans les lycées. Cela me semble d’autant plus intéressant que l’on sait que les jeunes ne s’informent pas avec les « grands médias » auxquels ils préfèrent les réseaux sociaux si peu fiables… Chaque chiffre qui est cité dans les Carnets d’Alerte est précisément sourcé et référencé en fin d’ouvrage. C’est donc aussi un excellent moyen de leur montrer que le travail des journalistes est d’autant plus utile que circulent sur Internet des informations trop souvent inexactes.

Pour en finir avec la faim dans le monde

Pour en finir avec la faim dans le monde

Vous êtes aussi enseignante puisque vous donnez, depuis 2010, des cours à l’ESJ Pro de Montpellier et au Celsa, Quel est votre regard sur ce transfert de connaissance et compétence qu’est l’enseignement ?

J’aime la transmission, parce qu’elle remet en perspective comment je pratique moi-même ce métier. Ensuite, dans les écoles de journalisme, on apprend des techniques journalistiques, on apprend par exemple à poser sa voix pour faire de la télévision ou de la radio. Ces techniques sont nécessaires, mais pas suffisantes. Une belle voix posée sur une mauvaise enquête cela ne sert à rien ! Ce que j’espère apporter, ce sont des clefs pour savoir chercher l’info, la vérifier, être persuasif et efficace rapidement.

Un mot pour finir sur la charge contre Pierre Rabhi publiée dans le Monde Diplomatique il y a quelques semaines et qui agite beaucoup les réseaux sociaux. Comment réagissez-vous ?

Je ne veux pas parler à la place de Pierre. J’invite vos lecteurs qui veulent se faire une opinion complète, à lire les réponses publiées par Bernard Chevillat, le président du Fonds de dotation Pierre Rabhi , par le mouvement Colibris ou encore celles des Amanins et de Terre et Humanisme.

Ce que je sais, moi, c’est que les techniques agri-écologiques qu’il a mises en place au Burkina Faso sont très efficaces et, d’ailleurs, si Thomas Sankara n’avait pas été assassiné, Pierre Rabhi y serait devenu ministre de l’Agriculture.

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