Pariscience : quand un documentaire contribue à la préservation d’un massif méconnu de Madagascar

Le réalisateur Evrard Wendenbaum emmène les participants de Pariscience à la découverte du Makay, un massif sédimentaire méconnu situé à Madagascar. Pour sensibiliser à la préservation de la biodiversité.

Evrard Wendenbaum © DR

Evrard Wendenbaum © DR

Pouvez-vous présenter votre parcours ?

Je suis géologue de formation, mais je n’avais pas particulièrement envie de vouer ma vie à la science pure. Ma vocation était clairement environnementale : depuis tout petit, j’avais surtout envie de défendre la nature sur le terrain. J’ai fait de la science dans l’optique de pouvoir découvrir et étudier les merveilles de la nature à l’image d’Haroun Tazieff ou de Théodore Monod. La science de laboratoire n’était en revanche pas ma tasse de thé, je n’ai donc pas été jusqu’à en faire mon métier.

Comment êtes-vous devenu réalisateur de films documentaires ?

Après avoir participé à de nombreuses expéditions d’alpinisme, je me suis rapidement aperçu que je prenais plaisir à en ramener des images et des récits. Je me suis alors lancé dans la photographie et la rédaction d’articles pour la presse magazine jusqu’au jour où j’ai eu l’occasion de suivre une expédition au Salto Angel, qui est la plus haute cascade du monde, située au sud du Vénézuela.

Durant ce périple, nous devions gravir la paroi qui est sous la cascade. Comme nous devions rester plusieurs jours voire plusieurs semaines suspendus dans le vide, je me suis dit qu’il y avait une histoire particulièrement intéressante à raconter et que je n’y arriverais pas par la seule photographie. J’ai ainsi tourné mon premier film (Amazonian Vertigo). Ce film a reçu un accueil très favorable et j’ai alors été sollicité pour d’autres tournages, ce qui m’a permis d’en vivre en partie.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au Makay ?

Je me suis rendu dans le massif du Makay suite à une émission d’Ushuaia Nature qui m’avait particulièrement ému. Cette région avait le profil idéal pour me séduire : inexplorée, très difficile d’accès et a priori riche d’une biodiversité exceptionnelle. C’était une sorte de monde perdu où l’Homme n’aurait jamais laissé son empreinte.

En réalité, après ma première traversée du Makay, je suis tombé de haut. Aussi isolé et inhabité qu’il fut, ce massif était déjà dégradé par les activités des Hommes. C’est clairement ce qui m’a décidé à m’engager et à fonder Naturevolution en 2009, afin de protéger le Makay.

Plusieurs personnes se sont rapidement mobilisées et nous avons cherché des arguments scientifiques pour prouver que cette zone était unique et qu’elle méritait une attention particulière. Nous avons mené plusieurs expéditions en 2010, 2011 et 2017 qui nous ont permis de recenser plusieurs milliers d’espèces dont une centaine de nouvelles pour la science. Par ailleurs, au cours de nos pérégrinations, nous avons découvert dans des grottes des céramiques, des tombeaux, des sarcophages ainsi que des peintures, qui s’avèrent être les premières peintures rupestres de Madagascar.

Ces découvertes nous ont donné les arguments nécessaires pour appuyer notre démarche de conservation.

Pourquoi avez-vous réalisé un documentaire sur ce massif ?

Au départ, mes films relataient des expéditions sportives notamment en montagne dans lesquels la performance et l’aventure étaient prépondérantes. Rapidement, j’ai eu envie de porter un message plus utile : la protection de la nature.

Nos expéditions scientifiques dans le Makay étaient l’occasion rêvée de porter ce message auprès du public français mais je n’avais pas encore idée de l’impact que cela allait avoir auprès des villageois du pourtour du massif et encore moins auprès du gouvernement malgache.

Nos films mais aussi les livres et les expositions que nous en avons tirés nous ont permis de générer de l’intérêt pour ce massif et nous ont aidé à trouver des fonds permettant de lancer diverses actions de conservation, de reforestation, d’éducation et de développement local afin que les populations n’épuisent pas davantage leurs ressources.

Les populations locales jouent-elles le jeu de la préservation aujourd’hui ?

Ce n’est pas si simple. Au départ, nous avons eu du mal à faire comprendre nos bonnes intentions, nous étions vus comme des portefeuilles ambulants. Mais cette étape d’intégration et de compréhension était inévitable.

Depuis 4 ans, nous sommes beaucoup plus présents sur le terrain et cela a changé le regard des locaux sur nos actions et notre volonté, notre travail a commencé à porter ses fruits.

En novembre 2017, nous avons obtenu le statut d’aire protégée pour le Makay et sa gestion nous a été déléguée par l’État malgache ! Ce nouveau statut de gestionnaire nous permet aujourd’hui d’avoir encore plus de crédibilité et d’implication des habitants.

Pensez-vous que vos films aient provoqué une prise de conscience ?

Nos films s’adressent à plusieurs publics en France d’abord. Nous les présentons dans le cadre de festivals, de conférences en entreprises, d’interventions scolaires… Ils passent aussi à la télévision et tout cela sert évidemment à la prise de conscience quant à la nécessité de protéger la biodiversité notamment.

Mais nous présentons aussi nos films au niveau local à Madagascar. Dans les villages, l’accueil est festif, les messages perçus ne sont pas les mêmes mais cela nous permet de tisser des liens avec les habitants tout en leur parlant d’un territoire – le leur – que souvent ils méconnaissent.

Et dans les institutions, je crois que nos films ont été un argument de poids dans l’engagement de l’État malgache en faveur de la conservation du Makay. Il est clair que lorsqu’un décideur découvre sur un écran ou un livre les merveilles d’un territoire comme le Makay, il ne peut qu’avoir envie de le protéger.

Menez-vous également des actions pédagogiques en France ?

Couverture Makaï © Evrard Wendenbaum

Couverture Makaï © Evrard Wendenbaum

Bien sûr, je fais beaucoup d’interventions en milieu scolaire mais aussi lors de conférences à destination du grand public ou en entreprise, partout où il y a des gens à convaincre ! C’est l’une des missions de Naturevolution et nous avons un gros avantage : nous ramenons de nos expéditions de belles images qui font rêver les gens et qui sont de ce fait un formidable outil de sensibilisation. Le mariage entre l’aventure et la science fonctionne plutôt bien.

Après le Makay, allez-vous partir à la défense d’autres mondes perdus ?

A partir de 2012, j’ai réalisé que ma vocation était peut-être d’initier des projets de conservation autour des derniers mondes perdus, des endroits où l’homme n’a pas laissé d’impact. Nous nous intéressons maintenant au sud-est de la péninsule de Sulawesi, en Indonésie, qui est peut-être le plus gros spot de biodiversité de la planète. Ces lieux sont des terrains de découvertes extraordinaires.

Nous y sommes depuis 2012, et nous montons une grosse expédition scientifique pour la fin de cette année, sur le même modèle que ce que nous avions fait dans le Makay. Nous y tournerons également un film, qui sera diffusé l’an prochain sur Arte puis en festivals !

Votre film sera présenté au Festival Pariscience dans le cadre d’une séance “Découvrir la science en famille” le 28 octobre. Qu’est-ce que cela vous évoque ?

C’est toujours un plaisir de partager ce genre d’expériences. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir échanger avec le public et de répondre à ses questions, pour pouvoir pousser un peu plus loin certaines thématiques car dans les films, nous ne pouvons pas trop entrer dans le détail. Par ailleurs, les gens ne s’attendent pas à voir ces paysages uniques au monde et j’apprécie particulièrement l’émerveillement et l’étonnement qu’ils suscitent, notamment chez les plus jeunes. J’ai d’ailleurs cette année la chance de venir présenter aux scolaires dans le cadre du festival Pariscience le 16 octobre le film que nous avons réalisé autour d’une de nos dernières expéditions scientifiques menée en 2016 au Groenland.

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