Syndicats : comment envisagez-vous cette rentrée ?

Après les annonces faites par le gouvernement pendant l’été, notamment sur la fusion des académies et la refonte des programmes scolaires, les syndicats font plutôt grise mine. Cette rentrée scolaire est teintée d’inquiétudes mais aussi d’attentes fortes.

réussir sa rentrée 2013

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De fortes inquiétudes

En cette période de rentrée scolaire, les syndicats sont plutôt remontés. Le gouvernement a fait des annonces majeures pendant la trêve estivale qui soulèvent de nombreuses interrogations. Ainsi, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, ont déclaré que débuterait, en 2020, une réorganisation territoriale aboutissant à un rectorat par région, soit 13 au lieu des 26 actuels. « Nous n’avons pas de précision sur ce que cela veut dire quant aux personnels et à l’organisation. Qui sera l’interlocuteur de proximité ? Quelle gestion des ressources humaines ? Ca suscite beaucoup d’inquiétudes », argue Frédéric Marchand, secrétaire général de l’Unsa-Education, qui reprend ainsi un sentiment commun à la majorité des syndicats.
Autre sujet d’inquiétude, la possibilité qu’une partie de la prime de 3000€ promise aux équipes éducatives des réseaux d’éducation prioritaire renforcés (REP+) soit variable. Elle pourrait ainsi être adossée « aux progrès des élèves et à l’accomplissement du projet d’école et d’établissement qui y contribue » peut-on lire sur le communiqué de presse du ministère. Les syndicats dénoncent une promesse de campagne non tenue et comptent éviter un management au mérite. « Les critères d’obtention sont problématiques à nos yeux puisqu’ils dépendent des résultats des élèves. Et puis, la prime devait être donnée pour tous les personnels de REP+, ce qui n’est pas le cas… », commente Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT.
Par ailleurs, certains syndicats redoutent des effectifs particulièrement chargés dans les classes. « Plusieurs collègues nous ont appelés en juin car ils s’étonnaient d’avoir une classe en moins en septembre, sans explication. Quel sera l’état des lieux des effectifs à la rentrée ? », interroge Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU.

Le sentiment d’être incompris

La refonte de certains programmes, présentée au Conseil supérieur de l’éducation (CSE) en juillet, doit prendre forme dès cette rentrée. Mais les syndicats déplorent un manque de respect du travail des enseignants. « Modifier les programmes à la mi-juillet et donner les repères annuels courant septembre, ce n’est pas possible. Les décisions sont trop tardives et la mise en œuvre se fait dans la précipitation. Cela heurte le travail des collègues », déclare Catherine Nave-Bekhti. « Les professeurs ont déjà préparé leurs séquences. Ils ont l’impression qu’on ne tient pas compte de leurs contraintes et que l’on fait fi de leur professionnalité », ajoute Frédérique Rolet. De plus, ces mesures ne répondraient pas aux enjeux et aux besoins du terrain. Ainsi, selon Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, elles n’aideront pas davantage les élèves en difficulté à réussir à l’école. « Les derniers programmes datent d’il y a seulement deux ans. La priorité, c’est de supprimer le prédicat ? De faire une dictée par jour ? Si on crée 7000 postes, on arrive à 20 élèves dans toutes les classes de l’Education prioritaire du CP au CM2. C’est plus intéressant et on aura de vrais résultats ! Les collègues nous disent bien ne pas pouvoir aider chacun avec des effectifs chargés. Nous ne sommes absolument pas entendus », clame-t-elle. Mais la syndicaliste assure qu’elle n’est pas résignée pour autant et espère que le gouvernement saura entendre les revendications du terrain. « On tire la sonnette d’alarme : les enseignants tiennent ce système à bout de bras mais ça se fissure. Il y aura des mouvements groupés, mais aussi des problèmes de santé chez les profs et un manque d’attractivité de la profession », prévient Francette Popineau.

Des attentes importantes

Cette rentrée est aussi synonyme d’attentes fortes de la part des syndicats. Ils comptent bien observer la mise en place de la réforme du lycée. Les jeunes qui arrivent en 2nde cette année seront les premiers à passer le nouveau bac. « Nous avons également des attentes et des propositions à faire par rapport à la réforme de la voie professionnelle. Il y a eu un travail d’engagé mais nous voulons une mise en place concrète pour améliorer le système, permettre une spécialisation plus progressive et la réussite des élèves », déclare Frédéric Marchand. Par ailleurs, la rentrée 2018 sera l’occasion de faire le bilan de Parcoursup. « Nous avions plutôt soutenu la démarche d’orientation et l’articulation entre le lycée et l’enseignement supérieur. Nous souhaitons voir quel en sera le bilan mais il y aura des améliorations à faire et nous comptons y prendre part », ajoute Frédéric Marchand. La question de l’orientation fera également débat. Catherine Nave-Bekhti attend de voir quelle sera la place accordée à l’Onisep, aux CIO et aux psychologues de l’Education nationale. « Il faut vite reprendre les concertations pour y voir plus clair et que le gouvernement montre qu’il est à l’écoute des élèves et des professeurs ». Enfin, les conditions de travail et de rémunération du personnel seront un autre enjeu important pour les syndicats. « Il faut garantir l’attractivité des différents métiers mais aussi l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes. D’ici fin septembre, une réunion de travail sur les mesures à prendre est programmée », confie Catherine Nave-Bekhti. Les syndicats réclament tous davantage de dialogue social pour cette rentrée qui s’annonce décidément bien chargée.

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