CLIC 2018 : « la classe inversée chamboule les formes traditionnelles d’apprentissage »

Le troisième Congrès de la classe inversée a eu lieu début juillet à Paris. Réunissant 600 personnes, l'événement était l'occasion de découvrir des retours d'expériences très intéressants sur la « flipped classroom ».

Ouverture du CLIC 2018

Ouverture du CLIC 2018

Pour sa troisième édition, le CLIC, congrès francophone sur la classe inversée, organisé par Inversons la Classe du 29 juin au 1er juillet à Paris,  a rassemblé plus de 600 participants, qui ont assisté à une centaine de conférences, ateliers et retours d’expérience.

De la classe translatée à la classe renversée

L’un des tout premiers ateliers, particulièrement intéressant, portait sur la formation (continue) des enseignants à la flipped classroom. Selon l’animateur de cette mini-conférence, Grégory Michnik, prof de SVT au Lycée de l’Escaut à Valenciennes et formateur académique, “il est important de faire comprendre aux enseignants que la classe inversée (CI) comporte trois niveaux”.

Ainsi, au départ, la “classe inversée de base”, consiste à simplement inverser les lieux où sont réalisés cours et devoirs (à la maison, et en classe) – le formateur l’appelle “classe translatée”. Ensuite, la classe inversée devient “hybride”, en faisant réaliser par les élèves, devenus acteurs, des recherches qu’ils présentent aux autres en classe. Enfin, vient le niveau ultime : “la classe renversée”, dans laquelle les élèves “font cours aux autres et créent même eux-mêmes les capsules”.

Une “inversion du rapport au savoir”

Samuel Nowakowski, maître de conférences à l'Université de Lorraine, a mis en place dans sa Licence 3 Infocom, une “classe renversée”, basée sur la coconstruction : le projet "ELIE".

Samuel Nowakowski, maître de conférences à l’Université de Lorraine, a mis en place dans sa Licence 3 Infocom, une “classe renversée”, basée sur la co-construction : le projet « ELIE ».

Les enseignants intéressés par la classe inversée avaient le choix entre de nombreux “retours d’expériences”, de le part de professeurs de tous niveaux et de toutes matières. Parmi eux, Samuel Nowakowski, maître de conférences à l’Université de Lorraine, qui a justement mis en place dans sa Licence 3 Infocom, une “classe renversée”, basée sur la co-construction, “l’inversion du rapport au savoir” et la création et le partage (en 7 séances) par ses étudiants de “communs” – qui mis ensemble, forment un cours.

Pour cela, ses élèves travaillent en groupes, entièrement autonomes, avec simplement des objectifs à atteindre, dans une salle qu’ils gèrent eux-mêmes, tel un “camp de base”. La devise de l’enseignant : “ne pas faire un cours auquel je n’assisterais pas si j’étais étudiant”.

“La classe inversée est un état d’esprit”

Présent au CLIC, le Directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco), Jean-Marc Huart, a analysé le succès actuel en France de la classe inversée, auprès d’un nombre croissant d’enseignants. “Représentative des bouleversements que le numérique apporte dans les façons d’enseigner, elle chamboule les formes traditionnelles d’apprentissage ; les unités de lieu, de temps et d’action du cours”, a-t-il expliqué lors de sa conférence.

Selon le Dgesco, le dispositif “Devoirs Faits”, qui consiste à permettre aux collégiens volontaires de faire leurs devoirs dans leur établissement et de bénéficier de l’aide d’enseignants, d’assistants d’éducation (surveillants), d’associations et de jeunes en service civique, ne contredit pas la logique de la classe inversée, mais les deux peuvent au contraire “être complémentaires”. “Le lieu de l’école, l’accompagnement dans l’école, reste essentiel, de même que l’aide des enseignants, qui sont des pivots”, ajoute-t-il.

Et de saluer les enseignants qui se sont lancés dans la classe inversée, “qui n’est pas une méthode particulière, mais un état d’esprit”. Selon Jean-Marc Huart, “pour la mettre en place, il faut faire un effort de souplesse et d’adaptation, que nous avons soutenu et que nous continuerons de soutenir”. A noter l’intervention très applaudie, à la fin de sa conférence, d’un enseignant, qui a demandé au Dgesco comment le gouvernement comptait “régler le problème des équipements informatiques, souvent insuffisants” dans les établissements scolaires, et qui a réclamé “un audit” sur le sujet.

Jeux de rôles éducatifs et classe inversée

dg2vfpqx0aaflt3Autre retour d’expérience intéressant : celui de Muriel Algayres, prof d’histoire-géographie au Lycée Gustave Eiffel de Rueil-Malmaison, qui conçoit depuis plus de dix ans, des jeux de rôle historiques et des jeux éducatifs pour le second degré. Dans le cadre de sa classe inversée, qu’elle pratique depuis 2013, principalement en section européenne, elle utilise ainsi des “jeux de rôle éducatifs”, afin de “favoriser l’engagement et la motivation des élèves”.

Ses jeux de rôle sont utilisés comme la “mise en application concrète des notions abordées dans le cours”, explique l’enseignante. Ses élèves ont ainsi été invités à “prendre le rôle” des grands explorateurs de la Renaissance, d’architectes cherchant à construire un gratte-ciel dans la City de Londres, de jeunes Européens en 1951, ou encore d’Américains moyens au début de la Guerre Froide. “En mettant les élèves face à une tâche de manière active, leur motivation intrinsèque est augmentée, de même que leur engagement à une utilisation active de leurs connaissances. Ces activités leur permettent aussi de développer leurs capacités d’autonomie et de coopération”, remarque la prof d’histoire.

L’évaluation formative et l’apprentissage actif : des “facteurs de réussite”

Franck Ramus au CLIC 2018

Franck Ramus au CLIC 2018

Lors d’une conférence très suivie, Franck Ramus, psycholinguiste et spécialiste des sciences cognitives, a présenté le “regard de la psychologie” sur la classe inversée. Il a expliqué qu’actuellement, aucune évaluation de la flipped classroom n’a encore été menée, et qu’il n’existe donc pas de “preuve expérimentale de son efficacité”. En raison d’un “concept trop vague”, la classe inversée telle quelle peut difficilement être évaluée, estime Franck Ramus. Et d’inviter plutôt à évaluer “des pratiques plus précises” au sein de la CI, en comparant des classes mettant en place ces pratiques, et d’autres ne le faisant pas.

Le spécialiste des neurosciences salue notamment, au coeur d’une méthode pédagogique qui “libère du temps de classe pour d’autres activités, que la lecture du cours”, la mise en avant de plusieurs “facteurs potentiels de réussite : une évaluation formative, un apprentissage actif et un tutorat par les pairs”. Franck Ramus a aussi présenté ce que la psychologie nous dit sur l’impact de l’évaluation formative (auto-tests et quiz), très utilisée en classe inversée, à savoir qu’elle “renforce la mémorisation”.

En conclusion, Franck Ramus a annoncé qu’il mettrait prochainement en place un Mooc, pour les enseignants sur les résultats de la recherche en psychologie à propos de “ce qui marche en classe”.

Les retours d’expériences cités dans cet article feront bien sûr l’objet de focus détaillés après les vacances d’été. En attendant, vous pouvez découvrir notre vaste dossier sur la classe inversée !

 

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