Fonction Publique : le gouvernement refuse de dégeler le point d’indice des fonctionnaires

Les syndicats de fonctionnaires et le ministère de l'Action et des Comptes publics ont négocié hier sur les salaires des fonctionnaires. Mais le gouvernement a refusé de dégeler le point d'indice, qui sert de base à la rémunération.

© Trezvuy - Fotolia.com

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Rendez-vous sous tension, lundi 18 juin, à Bercy, entre les syndicats de fonctionnaires et Olivier Dussopt, le secrétaire d’Etat chargé de la fonction publique. Après plusieurs grèves, entre octobre 2017 et mai 2018, ce “rendez-vous salarial” était l’occasion pour les syndicalistes de négocier autour de l’évolution des rémunérations dans la fonction publique.

Les 9 syndicats représentatifs (FO, CGT, FSU, Solidaires, CFTC, CFE-CGC, FA-FP, CFDT, Unsa) espéraient réussir à convaincre le gouvernement d’augmenter le point d’indice, qui sert de base au calcul de la rémunération des fonctionnaires. Gelé depuis 2010, ce point d’indice a augmenté de 0,6 % en 2016, puis de 0,6 % en 2017, avant d’être à nouveau gelé en 2018. Pour les syndicats, la situation est problématique, les fonctionnaires voyant leur pouvoir d’achat chuter, années après années.

« Il y a vingt ans, un cadre de catégorie A était recruté à 60% au-dessus du Smic, en moyenne à bac +3 par concours. Aujourd’hui, le même cadre est recruté en moyenne à bac + 5, mais à seulement 10% au dessus du Smic », indique Jean-Marc Canon, secrétaire général de la CGT fonctionnaires, au micro d’Europe 1. Selon le syndicaliste, qui dénonce un « processus de smicardisation massif », ces chiffres « montrent l’incroyable effondrement de la reconnaissance des requalifications dans la fonction publique ».

Une hausse du point d’indice trop coûteuse pour les finances publiques ?

Concrètement, la CGT demande une revalorisation du point d’indice de 2,5 % pour 2018 et 2019, tandis que FO souhaite que cette revalorisation soit de 16%, étalée dans le temps. Mais lors de la rencontre du 18 juin, le gouvernement a adressé aux syndicats une fin de non recevoir, n’annonçant ainsi aucune hausse du point d’indice pour 2019.

Selon l’entourage du ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, cité par Le Figaro, l’augmentation du point d’indice serait « coûteux pour les finances publiques » (2 milliards d’euros par an pour un relèvement de 1%, selon la Cour des comptes), « pour un gain très dilué de pouvoir d’achat pour chaque fonctionnaire« . En outre, la reprise de l’application du protocole d’accord de revalorisation des carrières (PPCR), après sa suspension en 2018, coûtera déjà 840 millions d’euros en 2019 pour les finances publiques.

A la place du dégel du point d’indice, le gouvernement promet des mesures sur le remboursement des frais de mission, la revalorisation de 10 euros du montant des jours monétisés au titre du Compte épargne-temps (CET), ainsi que sur la compensation de la CSG et de l’inflation (Gipa), qui peuvent jouer sur la rémunération des fonctionnaires – celle-ci évoluant aussi via d’autres facteurs, comme l’ancienneté, les primes, l’avancement et les promotions. « Plus fondamentalement, l’exécutif veut repenser la rémunération des fonctionnaires pour accroître la part au mérite. Et cibler les hausses sur certaines professions, en l’occurrence dans l’hospitalière », indique Le Figaro, selon qui Agnès Buzyn, ministre de la Santé, devrait « prochainement » faire des annonces en ce sens.

« Des annonces pas à la hauteur »

Pour Mylène Jacquot, de la CFDT, citée par Le Figaro, « les annonces du gouvernement ne sont pas à la hauteur ». Pour FO, il s’agit même d’une « catastrophe ». Les syndicats, qui digèrent déjà mal la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires prévue d’ici à 2022, ainsi que le rétablissement du jour de carence, et qui n’ont donc pas obtenu de dégel du point d’indice malgré plusieurs grèves successives entre octobre 2017 et mai 2018, dénoncent des « mesurettes » et un « rendez-vous manqué ».

« Les agents vont donc être de moins en moins bien payés pour un travail qui a tendance à se complexifier. C’est une forme de mépris », déplore Claire Le Calonnec, secrétaire générale de la fédération Interco-CFDT, dans La Gazette des Communes. Luc Farré, secrétaire national de l’UNSA, s’inquiète de son côté d’un potentiel « décrochage des salaires »» du secteur public avec ceux du privé, et espère » qu’un deuxième rendez-vous salarial se tiendra à l’automne, comme l’aurait laissé entendre le gouvernement ».

Les 9 syndicats de fonctionnaires prévoient, selon Le Figaro, de se retrouver en intersyndicale le 5 juillet… afin, sans doute, de riposter à la rentrée.

 

Article du 18 juin 2018, mis à jour le 19 juin au matin.

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