Dédoublement des classes de CP : un premier bilan positif mais perfectible pour le SNUipp

Le dédoublement des classes de CP est instauré en REP+ depuis septembre. Bilan de la première année de cette mesure avec Francette Popineau, porte-parole du SNUipp.

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Ecole © contrastwerkstatt/fotolia.com

Vous avez mené une enquête auprès de vos enseignants adhérents. Pouvez-vous nous en dire plus?

C’est une enquête assez copieuse. Sur 68 départements situés en REP+, nous en avons sondé 60, ce qui donne un panel assez complet. Tout le monde n’a pas répondu à l’intégralité du questionnaire, mais nous dénombrons 381 réponses complètes soit un taux de plus de 10 %, ce qui est un échantillon représentatif.

Cela nous a permis de récolter des éléments sur l’organisation des classes. 82% d’entres elles sont organisées à effectif réduit avec un enseignant. Les effectifs varient entre 8 à 17 élèves avec un enseignant, et entre 20 et 30 élèves par classe lorsqu’il y a 2 enseignants. L’enquête sera prochainement publiée dans notre magazine “Fenêtre sur Cours”.

Comment qualifieriez-vous le premier bilan de cette mesure ?

Ce premier bilan est globalement positif, mais pour 37% des équipes, cette organisation a été imposée, donc ils estiment qu’ils n’ont pas eu ce choix pédagogique à faire.

Quels autres points négatifs avez-vous répertoriés ?

Nous avons reçu beaucoup de remarques au sujet des locaux. Ces derniers ont été attribués par défaut, et ils ne sont pas toujours une salle de classe. Dans ce cas, l’organisation même de la salle qui n’était pas prévue pour être une classe pose problème : il n’y a par exemple pas de tableau ou pas d’espace pour afficher. De plus, il faut souvent partager cet espace avec le périscolaire. Cela a pu entraîner  la suppression de lieux où se rendaient tous les élèves de l’école comme les bibliothèques, les salles informatiques ou d’arts visuels. L’ULIS s’est retrouvée dans une « vieille » salle pour laisser la place au CP dédoublé, ce qui n’est pas toujours bien vécu par les équipes pédagogiques.

En revanche lorsqu’il n’y a pas de problème de locaux, les enseignants s’accordent à dire que c’est très bien de travailler dans un espace avec des enfants qui ont de la place et qui peuvent travailler en ateliers. Mais ils regrettent aussi le dispositif « Plus de maîtres que de classes » qui permettait de davantage réfléchir collectivement.

Des points négatifs sont également perçus sur le budget : seulement 23% des classes ont bénéficié d’un budget spécifique. Dans l’urgence, des enseignants déplorent d’avoir eu à se débrouiller avec les moyens du bord. Beaucoup avouent utiliser leurs fonds propres pour aménager la classe.

Mais la plus grosse critique est sur les effectifs des autres classes qui sont en hausse notamment au cycle 3.

Les enseignants disent également subir une forte une pression avec le 100% de réussite, qui n’est pas très explicite.

Que doit corriger le ministère pour améliorer le dispositif ?

Il nous semble qu’un an après la mise en place de ce système, même s’il a des vertus, il faut que le ministère fasse comme nous et qu’il pointe les choses qui sont à améliorer. Pas seulement sur le plan du matériel, mais aussi sur le plan pédagogique, où 30% des collègues ont dit avoir été contraint d’acheter des outils pédagogiques particuliers sans en avoir le budget.

Il ressort tout de même des points positifs de cette expérience ?

Bien sûr, cet abaissement des effectifs a des influences positives sur l’interaction, le climat de classe et la relation élève/professeur. 90% des enseignants sont satisfaits de l’incidence de cette mesure sur le climat scolaire. Le rapport élève/enseignant est renforcé pour 96% d’entre eux. Sur les apprentissages aussi, cela permet une plus grande rapidité d’acquisition des compétences. Les élèves se voient davantage en réussite, et ils sont plus détendus, ce qui participe à cette réussite.

Petit bémol : 50% des enseignants ont le sentiment de trop solliciter les élèves.

Et malgré un dédoublement qui  favorise les apprentissages il n’en reste pas moins que quelques élèves ont besoin d’autres aides comme les RASED par exemple pour réussir.

Peut-on résumer ce premier bilan comme étant positif mais perfectible ?

Oui il y a du positif mais il ne faut pas en rester là.  Sur le plan pédagogique, il y a à la fois les équipes qui revendiquent de s’approprier davantage le dispositif et de le penser au sein de l’école, et il y a ceux qui se plaignent de ne pas avoir eu de liberté pédagogique puisqu’il y a eu une  pression sur les méthodes. Par exemple, une grosse pression pour mettre en place des activités allant à l’encontre des pédagogies alternatives, malgré les très bons résultats dans la lecture de ces dernières.

Il ne faut pas que ce dispositif contribue à ce que les effectifs des autres classes ou d’autres écoles augmentent en parallèle. Suite au dédoublement des CP, il y a un quart des autres classes des établissements qui ont augmenté. Par exemple, lorsqu’il y avait un CP/CE1, on a dédoublé le CP et les CE1 ont été répartis dans d’autres classes.

Êtes-vous cependant optimiste à l’idée de voir les classes de CE1 prochainement dédoublées ?

L’idée de faire en sorte que les CE1 soient dédoublés existe. Pour autant, quand on voit les problèmes de locaux que pose le dédoublement des classes de CP, on se demande comment on pourra faire de même pour les CE1. En terme de locaux, les écoles ne sont pas prêtes.

D’autre part, cela nécessite des moyens donc de créer plus de postes aux concours, et de mieux former les enseignants. Il y a eu une incidence sur le “Plus de maîtres que de classes” : pour dédoubler et récupérer un vivier d’enseignants, le ministère a puisé dans le dispositif, ce qui a été mal vécu par les écoles car ce dispositif permettait un travail collectif.

Les résultats de cette enquête nous confortent dans l’idée que la baisse des effectifs est un bon levier pour la réussite et doit être une ambition pour toutes les classes sur l’ensemble du territoire.

Plus globalement, quel bilan dressez-vous de la 1ère année d’action de Jean-Michel Blanquer ?

Au bout d’un an, ce que nous observons, c’est beaucoup de contradiction. C’est à la fois un ministre qui dit s’appuyer sur les évaluations internationales et la recherche, et qui finalement remet en place le redoublement qui est critiqué par celles-ci.

Autre contradiction : il prône “l’école de la confiance”, ce qui ne veut pas dire grand chose, mais il instaure énormément de méfiance en insinuant par exemple que les enseignants ont abandonné la dictée et le calcul mental. Il a de réels partis pris sur certaines questions. C’est très déroutant pour la profession et la relation entre les écoles et le ministre n’est pas sous l’auspice de la confiance.

Le ministre se pose beaucoup en victime d’interprétations ou de caricatures. C’est son jeu politique, mais il ne faut pas qu’il minimise la parole des représentants du terrain et le débat sur l’école. Ils ne sont pas des groupuscules, ils représentent les enseignants.

3 commentaires sur "Dédoublement des classes de CP : un premier bilan positif mais perfectible pour le SNUipp"

  1. Jean  5 juin 2018 à 16 h 33 min

    Déjà plus efficace que le Plus de maîtres que de classes. Incroyable.

    Pas de chance pour ces PE qui ont du retourner devant une classe à plein temps.Signaler un abus

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  2. Jean  5 juin 2018 à 16 h 38 min

     » Par exemple, une grosse pression pour mettre en place des activités allant à l’encontre des pédagogies alternatives, malgré les très bons résultats dans la lecture de ces dernières. »

    Pas vraiment de preuves sur ça… La méthode de lecture de Freinet n’est pas efficace par contre…Signaler un abus

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  3. Val  27 septembre 2018 à 11 h 49 min

    Assez d’accord avec cet article, d’un point de vue de parent encore assez distant de ces problématiques. La contradiction de M. Blanquez n’a pas été explicitée, mais me semble évidente. D’un côté il prône les neuro-sciences, les études internationales basées sur les méthodes qui marchent etc …, super, je suis pour et la France a du chemin à rattraper en ce domaine. Quand on voit encore de la méthode globale qui se ballade dans certaines méthodos et se combine avec la syllabique ou la phonologique, alors que les neuro-sciences ont clairement démontré que cerveau à besoin d’apprendre les sons élémentaire que sont les phonèmes, pour pouvoir ensuite les combiner en syllabes et enfin en mots, et non l’inverse.
    A côté de cela il revient sur les bonne vieilles marottes des … parents, pour séduire un certain électorat réactionnaire, ou pas d’ailleurs, qui est persuadé qu’il faut faire l’école comme avant et que tout repartira « comme en 40 ». Ben voyons. Donc, là on est plus dans la séduction que dans l’analyse étayée : oui il y a contradiction, sur le dos des profs. Il n’a pas à faire des tirades faciles en lieu et place du conseil supérieur des programmes et autres institutions dédiées, qui travaillent sur le sujet.
    Quand on voit à quel point les adultes actuels sont peu autonomes dans leurs choix de vie, leur façon de penser, se culpabilisent pour rien, ne supportent pas bien les changements, il est clair que l’école à des sujets à traiter qu’elle à peine exploré : l’analyse critique des informations, surtout web, à l’école (CM1 par exemple), les tâches manuelles/artistiques : pas la peine de les limiter aux maternels, les études démontrent (voir aussi l’école d’Helsinki) que cela apporte une confiance en soi et des facilités même sur le plan intellectuel avec des taux de réussites supérieurs tout au long de la scolarité. Moins de bourrage de crâne dès l’école, et surtout au collège, trop de contenu, pas assez de sens. Des cours sur les émotions seraient bien: si je dis ceci, que va ressentir l’autre : mises en situation. Pour aboutir à quoi? l’empathie, la coopération, qui va se traduire immédiatement dans le comportement des élèves entre eux et à l’égard du prof, des parents … Bien plus fondamental que de connaitre deux ans avant les autres quelques dates d’histoire ou quelques notions littéraires. Il et aussi démontré que les élèves plus avancés qui aident les moins bons ressentent un bien-être certain et sont meilleurs, ce qui vaut aussi pour celui qui est aidé. Mais pour cela il faut consacrer un « temps libre » après un cours (un peu moins « magistral » et un peu plus « horizontal » s’il vous plait), pour laisser les élèves échanger sur le sujet, en les assistant simplement à leur demande. L’école publique et privée resemble t’-elle à cela? Je ne crois pas, sauf les nombreuses initiatives individuelles ne profs courageux. C’est donc la-haut que cela doit bouger.Signaler un abus

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