Assassin's Creed / Discovery Tour / Ubisoft

Assassin’s Creed / Discovery Tour / Ubisoft

Sur sa chaîne YouTube, Romain Vincent, professeur au collège de l’Europe, à Chelles (Seine-et-Marne), analyse la façon dont les jeux vidéos permettent d’aborder l’Histoire. En 2014, l’enseignant, qui a régulièrement recours au serious gaming avec ses classes, analysait Assassin’s Creed et l’une de ses suites, Unity, qui se déroule durant la Révolution Française. Il relevait la présence de quelques erreurs et raccourcis scénaristiques, mais constatait que “ce genre de jeu peut avoir un aspect éducatif, malgré ses imprécisions, en donnant envie d’en savoir plus sur cette période”.

Utilisant la série d’Ubisoft avec ses élèves, il rêvait toutefois de pouvoir utiliser une version “pédagogique” de cette fiction, afin de pouvoir “l’utiliser pleinement” en classe, sans les combats et la narration du jeu. Son souhait a enfin été exaucé : le 20 février 2018, l’éditeur français de jeu vidéo a lancé un “mode éducation” de son jeu Assassin’s Creed Origins (qui se passe dans l’Egypte Ancienne) : “Discovery tour”.

“Le jeu vidéo peut dépasser le simple cadre du divertissement”

Assassin's Creed / Discovery Tour / Ubisoft

Assassin’s Creed / Discovery Tour / Ubisoft

Sur sa chaîne, Romain Vincent a interviewé Jean Guesdon, directeur créatif du jeu vidéo. “On a enlevé toutes les histoires et les combats, mais on a gardé la puissance du médium, son interactivité, son côté immersif, en permettant à l’utilisateur de se balader librement sans contraintes”, indique-t-il. Le Discovery Tour propose 75 tours audioguidés, écrits par des historiens et des égyptologues, répartis en cinq grandes thématiques : “Égypte”, “pyramides”, “Alexandrie”, “Romains” et “vie quotidienne”. L’occasion d’aborder des thèmes variés, comme l’agriculture, l’architecture ou la religion. Lors des visites interactives, l’utilisateur peut incarner 25 personnages différents, du simple paysan égyptien à Jules César ou Cléopâtre, et se balader le long du Nil, dans la bibliothèque d’Alexandrie ou dans les pyramides de Gizeh.

“Ces tours sont comme des visites au musée, avec un narrateur qui donne plein d’informations, tout cela rehaussé par des centaines d’images piochées dans les musées et les bibliothèques”, note Jean Guesdon. Selon lui, l’Histoire avec un grand H, “terrain de jeu” d’Assassin’s Creed, n’a jamais été “prise à la légère” par ses développeurs et scénaristes, et la création d’un tel mode pédagogique, mûri durant plusieurs années au cours de discussions avec des professeurs, permet de montrer que “le jeu vidéo, comme médium, peut dépasser le simple cadre du divertissement”.

Assassin's Creed / Discovery Tour / Ubisoft

Assassin’s Creed / Discovery Tour / Ubisoft

Musée interactif vs découverte d’un monde ouvert

Marc-André Ethier, professeur de didactique de l’histoire, au Québec, a testé l’utilisation du mode éducation d’Assassin’s Creed Origins dans 9 collèges différents, en comparant son usage avec un “apprentissage ordinaire” de l’histoire en classe. “Il s’avère que les élèves qui ont fait le tour ont appris des choses, autant qu’avec un cours classique”, indique-t-il. L’enseignant québécois constate que l’utilisation d’un tel jeu en classe peut présenter des contraintes matérielles (achat de PC, et plus simplement, du jeu lui-même, qui coûte une vingtaine d’euros), mais selon lui il s’agit d’un outil pédagogique intéressant permettant d’apporter “parfois quelque chose que le manuel ne peut pas apporter”.

Mais tout dépend en fait de la façon dont l’enseignant utilisera un tel module. Pour Romain Vincent, qui a joué au jeu, la vraie plus-value pédagogique du Discovery Tour n’est en réalité pas l’utilisation des visites interactives, “qui ne sont finalement que des audioguides”, mais la visite libre, qui permet à l’enseignant “de laisser ses élèves se balader librement, et de décrire ce qu’ils voient, afin d’en discuter avec eux et de les rendre moins passifs”.

Pour l’enseignant d’histoire-géo, l’utilisation en classe des visites guidées pourrait être “assez décevante, car elles entraînent le joueur d’un point A à un point B, avec une voix-off qui remplace le professeur, et finalement un usage frontal”. D’où sa préférence pour le “monde ouvert” du Discovery Tour, qui permettrait de vidéo-projeter le jeu tout en donnant la manette aux élèves, dans une forme d’apprentissage “plus active”.

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