Rapport Villani : « une seule étude ne fait pas une politique éducative » (F. Popineau)

Cédric Villani et l'IEN Charles Torrosian ont remis lundi leur rapport sur les maths à Jean-Michel Blanquer. Le SNUIPP salue la proposition de tester la méthode de Singapour, mais se méfie des "méthodes miracles".

Multiplications / Wikimedia / CC

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Le rapport Torossian-Villani, remis lundi 12 février à Jean-Michel Blanquer, propose une liste 21 mesures pour faire aimer les maths aux enfants et faire  rattraper à la France son retard dans l’enseignement de cette discipline.

« Cultiver le sens des 4 opérations dès le CP »

Comme prévu, la médaille Fields et l’inspecteur général de l’Education nationale (IEN) font la promotion des méthodes de Singapour et du SLECC (savoir lire, écrire, compter, calculer) – la première consistant à étudier des notions de plus en plus profondément, jusqu’à ce que les élèves les maîtrisent, et la seconde à “expliciter des notions” en donnant des “définitions précises” et en faisant la part belle aux techniques opératoires.

Cédric Villani et Charles Torossian conseillent aussi de “cultiver le sens des quatre opérations dès le CP”, en travaillant sur de petits nombres et en apprenant simultanément les additions, les soustractions, les multiplications et les divisions. Ils proposent aussi de rendre les maths plus ludiques, en utilisant des logiciels, des jeux éducatifs et des serious games.

Enfin, le rapport préconise d’améliorer la formation en maths des professeurs des écoles (PE) – 80% d’entre eux venant de filières littéraires, l’idée est ainsi de  créer une licence pluridisciplinaire, “adaptée aux enseignants”, dès Bac +1, et de “multiplier par cinq le volume horaire consacré aux maths dans les formations initiales” – 80 heures en moyenne actuellement dans les ESPE.

« On se méfie des méthodes miracles » (SNUIPP)

écolier

monkey-business-images/Shutterstock

Qu’en pense le SNUIPP, le principal syndicat des enseignants du primaire ? “On se méfie un peu des mesures proposées, car on risquerait de faire croire à travers ce rapport qu’il existerait une méthode particulière, miracle, susceptible de tout changer…”, indique Francette Popineau, secrétaire générale du syndicat.

Et de rappeler que les programmes de 2007 reprennent déjà la méthode de Singapour : “il n’y a rien de nouveau sous le soleil, les PE sont nombreux à avoir recours à la manipulation d’objets, et dès la maternelle, les enfants apprennent le sens des opérations à travers des situations ludiques de partage”. En revanche, la syndicaliste salue l’idée d’appliquer la méthodologie “consistant à faire discuter l’école et la recherche”, et l’augmentation de la formation continue, jusqu’à 100 heures par an.

Le SNUIPP “s’interroge” néanmoins sur la licence pluridisciplinaire proposée après le Bac – “pourquoi pas, mais des points restent encore obscurs : où se situerait le concours ? Cette licence permettrait-elle de faire autre chose que de l’enseignement en cas d’échec, ou pas du tout ? A quel moment la pédagogie serait-elle assise ?”, note Francette Popineau.

Singapour et SLECC : deux méthodes « contradictoires »

La secrétaire générale du SNUIPP s’avoue finalement “très inquiète” sur le recours à la méthode SLECC, prônée par le Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes (GRIP), “qui propose d’y aller à fond dans le technique (en posant les additions et les multiplications dès le CP, puis les divisions en CE1), au risque d’oublier le sens – l’inverse des programmes de 2016.”

Selon Francette Popineau, la proposition du duo Torossian-Villani est en fait “assez étrange”. Ainsi, “elle mêle deux choses contradictoires”, qui préconisent davantage d’un côté le sens, et de l’autre côté la technique : “la méthode de Singapour colle à ce que nous faisons depuis plusieurs années, mais SLECC propose de faire tout apprendre aux enfants dès 6 ans, à travers les techniques opératoires”. Or, note-t-elle, “les écoliers sont près à appréhender beaucoup de choses, mais tranquillement, sans aller trop vite”.

Enfin, le SNUIPP rappelle “qu’un seul rapport ne fait pas une politique éducative” – et qu’au lieu de se focaliser sur “quelques méthodes peu coûteuses”, il faudrait plutôt “investir”. Et plutôt que d’essayer de “réaliser une politique forte à moindre coût”, l’Education nationale devrait abaisser les effectifs (partout), augmenter la formation des enseignants et surtout “mieux payer ces derniers afin de les garder”.

Reste à savoir ce que Jean-Michel Blanquer retiendra des propositions du rapport Torossian-Villani. Sur ce point, Francette Popineau ne peut s’empêcher de remarquer malicieusement que dans son livre sur l’éducation, “L’École de demain : Propositions pour une Éducation nationale rénovée” (Odile Jacob, 2016), le futur ministre prônait la méthode de Singapour, mêlée à l’idée de poser les 4 opérations dès le CP-CE1.

2 commentaires sur "Rapport Villani : « une seule étude ne fait pas une politique éducative » (F. Popineau)"

  1. Eric Naudin  14 février 2018 à 5 h 47 min

    Bonjour,
    Pourquoi ne parle-t-on pas en France des travaux de John Hattie, du « direct instruction », de l’enseignement explicite des Canadiens (Clermont Gauthier et autres) ?Signaler un abus

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  2. Vincent B.  16 février 2018 à 8 h 45 min

    Ce qu’en pense le SE-Unsa, point par point.
    http://ecoleetsociete.se-unsa.org/spip.php?page=article_pdf&id_article=470Signaler un abus

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