BYOD : utiliser smartphone et réalité augmentée en cours d’anglais / Reportage VNI

BYOD : utiliser smartphone et réalité augmentée en cours d’anglais / Reportage VNI

Le téléphone portable sera interdit dans les écoles et collèges à partir de la rentrée 2018, a annoncé Jean-Michel Blanquer le mois dernier – officialisant l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron.

Outre les interrogations concernant la faisabilité d’une telle mesure, se pose la question de l’usage des smartphones dans un contexte pédagogique. En mai 2017, Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT, rappelait ainsi à l’AFP que des professeurs, à l’école primaire et au collège, mettent en place de plus en plus « d’activités pédagogiques » avec des smartphones – notamment dans le cadre de l’utilisation des réseaux sociaux, ou de l’éducation au bon usage des outils numériques et d’Internet.

Visiblement, l’interdiction des téléphones portables ne surprend pas uniquement les personnels de l’Éducation français. Au Québec, Marc-André Girard, directeur du collège Beaubois de Montréal, et auteur du livre « Le changement en milieu scolaire québécois », vient ainsi d’écrire une lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer.

Dans son texte, diffusé sur le site québecois Ecole Branchée, dédié à l’éducation, il ne cache pas son étonnement face à cette décision. Il émet même au contraire quelques suggestions, pour une « intégration réussie » des smartphones et du numérique en classe.

« Qui leur montrera comment se servir éthiquement de ces appareils ? »

2 Boy Using Smartphone / natureaddict / Pixabay / Licence CC

2 Boy Using Smartphone / natureaddict / Pixabay / Licence CC

« Si ce n’est pas l’école qui s’en occupe, qui montrera aux élèves à se servir éthiquement et avec civilité de leurs téléphones intelligents ? », interroge Marc-André Girard. Lors d’un séjour en France, aussi bien « dans la région parisienne que sur la Côte d’Azur », l’expert en éducation québecois a remarqué que « les jeunes Français sont littéralement absorbés par leur appareil portable ». Aussi, lance-t-il à Jean-Michel Blanquer, « il est de notre responsabilité, en tant qu’acteurs du système scolaire, d’éduquer les jeunes à la modération dans l’utilisation de leurs appareils ».

« Il faut se poser des questions primordiales : qui va les éduquer à développer un sens critique face aux outils technologiques dont ils sont tant friands ? Qui leur montrera comment fonctionnent ces appareils et leur expliquera comment les programmes (et leurs algorithmes) analysent leurs informations personnelles et prennent des décisions souvent mercantiles les concernant, notamment sur le plan de la publicité ciblée et géolocalisée ? », écrit le directeur d’établissement Montréalais.

« De plus, qui leur enseignera les rudiments de la citoyenneté numérique ? Qu’en est-il de l’éthique d’utilisation et de leur empreinte numérique ? Quels comportements doivent-ils avoir avec ces appareils, surtout en lien avec leur vie en société ? Et le cyberharcèlement ? Le plagiat ? Le droit à l’image ? Contrairement à vous, je ne trouve pas de réponse satisfaisante à ces questions dans un bannissement des appareils numériques à l’école », ajoute-t-il, à l’adresse du ministre de l’Éducation nationale.

« L’intégration » des smartphones VS « la police des cellulaires »

Selon Marc-André Girard, l’interdiction des smartphones dans le paysage scolaire n’est pas possible, et n’est « même pas viable ». Et de raconter comment, au Québec, plusieurs écoles ont banni les téléphones portables, et comment élèves et parents ont fini par s’y opposer : « aussi pathétique que cela puisse paraître, nous leur retirons une partie de leur existence et un (faux) sentiment de sécurité. Vos enseignants, chefs d’établissements et inspecteurs de l’Éducation nationale en auront plein les bras et vous devrez instaurer une ‘police des cellulaires’ dans vos écoles. »

« Les enseignants français seraient certainement plus disposés à éduquer leurs élèves aux réalités du numérique plutôt que de partir à la chasse aux téléphones dans leurs classes », en conclut le Québecois. Dans sa lettre ouverte, il propose à Jean-Michel Blanquer de « former les professionnels de l’éducation », et de « leur donner les outils pour intégrer ces appareils à la démarche d’apprentissage des élèves, au bon moment ».

« Vous avez des conseillers pédagogiques extraordinaires autant dans le réseau CANOPÉ qu’à la DANE. Ils sont là pour faciliter l’intégration de pratiquement n’importe quelles technologies à l’enseignement et à l’apprentissage. Oui, cette intégration est possible ! », conclut Marc-André Girard, en rappelant que dans plusieurs écoles québecoises, il n’est déjà « plus question de permettre l’utilisation contextualisée ou pédagogique des téléphones intelligents à l’école, mais de leur donner accès complet au réseau WiFi ».