Lecture : « il y a une différence entre faire du son avec les mots et les comprendre » (SNUIPP)

Pour améliorer l'apprentissage de la lecture, Jean-Michel Blanquer prône "une pédagogie explicite, de type syllabique". Pour le chercheur Roland Goigoux, si le ministre souhaitait appliquer une "méthode syllabique" stricte, il s'agirait d'une "erreur scientifique".

élève lisant un livre

© S.Kobold – Fotolia

Dans une interview publiée dans L’Obs, Jean-Michel Blanquer a affirmé que revoir l’apprentissage de la lecture était l’une de ses priorités. « On s’appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet aujourd’hui qu’elle a des résultats tout sauf probants », explique le ministre de l’Education nationale.

Ces déclarations à propos de la lecture et de la méthode syllabique ont piqué au vif  Roland Goigoux, professeur à l’ESPE de Clermont-Auvergne. Au micro d’Europe 1, ce dernier souligne le « flou » de l’annonce de Jean-Michel Blanquer, qui utilise la formulation « de type syllabique ». Ainsi, selon lui, « la nuance peut être importante ».

« Un vieux débat qui n’a pas lieu d’être »

Pour Roland Goigoux, l’hypothèse la plus probable serait que le ministre « recommande » aux enseignants un « enseignement explicite des correspondances entre les lettres et les sons, dès le début du cours préparatoire ». Mais l’autre hypothèse, « plus inquiétante », serait que Jean-Michel Blanquer fasse la promotion d’une méthode syllabique (basée sur un apprentissage associant les lettres de l’alphabet aux syllabes qu’elles forment) « stricte », aussi dite « méthode b.a. -ba » – ce qui serait, aux yeux du chercheur en sciences de l’éducation, « une erreur scientifique ».

Sur RTL, des enseignants ont également vivement réagi à la proposition de Jean-Michel Blanquer, lui rappelant que la « méthode globale » pour l’apprentissage de la lecture n’existait pas aujourd’hui, et qu’il s’agissait d’un « vieux débat qui n’a pas lieu d’être ».

collégienne avec livre

© Sergey Nivens – Fotolia

Ainsi, d’après Francette Popineau, secrétaire générale du SNUIPP, le syndicat des professeurs des écoles, « on réveille un débat qui a eu lieu dans les années 1970, sur une méthode qui a très peu existé et qui n’existe absolument plus aujourd’hui ». Cette méthode consistait, précise-t-elle, à « repérer des mots dans leur globalité et ensuite travailler la lecture après ça. »

Le Figaro rappelle dans un article consacré à la méthode syllabique versus la méthode globale, qu’aujourd’hui, c’est la méthode « combinatoire » qui est suivie par la grande majorité des enseignants. Cette dernière intègre une correspondance entre les lettres et les sons (le déchiffrage), mais écarte la méthode globale « stricte » au profit d’une méthode syllabique « assouplie ». Ainsi, « l’apprentissage se fonde sur les syllabes, mais les enfants mémorisent également un corpus de mots essentiels, et on leur donne aussi des textes à lire dans lesquels une petite partie des phonèmes n’a pas été étudiée », écrit le quotidien.

« Il y a une différence entre faire du son avec les mots et les comprendre »

Pour Roland Goigoux, une méthode syllabique stricte (que Gilles de Robien avait tenté en vain de mettre en place en 2006) poserait « deux interdits majeurs » : faire lire aux enfants des mots entiers avant de leur avoir appris tous les éléments, et « ne donner à lire aux élèves que des textes 100% déchiffrables ». Selon les recherches qu’il a dirigé au sein de l’étude « Lire et Écrire », les textes « doivent être suffisamment déchiffrables, à 70, 80%, mais « le diktat du 100% n’est pas raisonnable, et pas fondé scientifiquement ». Pour le chercheur, « il faudra bien que les pratiques soient plus complexes qu’une simple approche syllabique, qui se réduit à la maîtrise du déchiffrage ».

Francette Popineau remarque que les élèves français « ont une difficulté à entrer dans la compréhension de l’écrit », mais « parce qu’il y a une différence entre savoir lire et faire du son avec les mots et les comprendre ».

Partagez l'article

8 commentaires sur "Lecture : « il y a une différence entre faire du son avec les mots et les comprendre » (SNUIPP)"

  1. Lulu  23 décembre 2017 à 23 h 09 min

    Il faut travailler quelle que soit la méthode! il faut ANONNER c’est très important c’est comme cela que l’on a appris la table de multiplication. je vous en dirai plus .

    Les enfants aiment bien cela mais c’et les maîtres qui n’en veulent pas et je les comprends.Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire – VousNousIls.fr 1 bis rue Jean Wiener – Champs-sur-Marne 77447 Marne-la-Vallée Cedex 2.