Georges Fotinos

Georges Fotinos

Jean-Michel Blanquer présentera ce jeudi aux syndicats d’enseignants un projet de décret visant à revenir sur la réforme des rythmes scolaires. Georges Fotinos, docteur en géographie et ancien inspecteur d’académie, responsable de ce dossier au ministère de l’Education sous le précédent quinquennat, signe une tribune à destination de la communauté éducative, sur les conséquences d’un retour possible à la semaine de 4 jours.

« Les politiques ministérielles n’ont cessé de changer »

Depuis 2008, date de retour sur la scène nationale du serpent de mer spécifiquement français que sont  les rythmes scolaires, les politiques ministérielles sur ce sujet n’ont cessé de changer.

A la décision de Xavier Darcos de généraliser la semaine de 4 jours a succédé la volonté de Luc Chatel de recentrer l’organisation du temps scolaire sur le bien-être et la réussite des élèves en prenant en compte les trois temps scolaires (journée, semaine, année). Ces objectifs ont été poursuivis par Vincent Peillon, puis Benoît Hamon, avant d’être ancrés et affermis par Najat Vallaud Belkacem avec la signature de 93 % de projets éducatifs territoriaux.

En 2012, après une concertation nationale sur cette question, les principaux acteurs, usagers, partenaires de l’école s’étaient déclarés favorables à la suppression de la semaine de 4 jours et à une meilleure organisation de la journée et de la semaine des enfants.

« La volte-face d’une partie de la classe politique »

Avec le recul, nous pouvons mieux comprendre les difficultés qui ont marqué le début de cette réforme.

Consultés sur la future mise en œuvre de ce changement, nous avions alerté les responsables sur plusieurs points délicats : l’aide financière aux collectivités, l’allègement de la journée scolaire insuffisant, l’obligation d’une évaluation « qualité » triennale… A ces carences auxquelles le gouvernement a remédié sous la pression des acteurs de terrain, il faut ajouter la volte-face d’une partie de la classe politique appelant désormais les communes à refuser ce changement.

Beaucoup d’enseignants « réticents »

Quatre ans plus tard, la situation a bien évolué dans le sens de la réforme. Elle repose sur 2 piliers fermes et 1 pilier en voie de formation :

  • Les collectivités locales : la presque totalité des communes ont signé un projet éducatif territorial mis en œuvre par plus de 250.000 animateurs.
  • Les parents d’élèves soutiennent majoritairement ce changement au regard des bénéfices retirés par leurs enfants, tant sur le plan du comportement et de l’estime de soi, que sur le développement de leurs compétences artistiques et sportives.
  • Reste une interrogation : l’adhésion pleine et entière des enseignants à ce changement. Le recoupement d’informations (Education nationale, collectivités, associations, syndicats) montrent que beaucoup sont encore réticents à s’engager davantage dans le processus de changement.

Afin d’améliorer cette situation, deux actions nous semblent utiles.

  • D’une part, la preuve par l’exemple : développer et faire connaître les réussites (notamment la force d’impact de l’ATS  sur l’organisation des écoles et les élèves), accentuées  dans les REP et REP+.
  • D’autre part, réintroduire l’école dans le processus d’élaboration des projets d’aménagement des temps de l’enfant à l’école.

« Des conséquences sur la fatigue des personnels et des élèves »

Tous les usagers et acteurs de l’école primaire s’accordent pour considérer que ce sujet nécessite d’être inscrit dans le temps long de l’apprentissage et du développement personnel. Les récentes annonces sur ce sujet ne vont pas dans ce sens. L’annonce d’un retour à la semaine de quatre jours « secs », sans condition de complémentarité éducative quotidienne, apparaît très préjudiciable aux enfants en difficulté scolaire ou en « situation sociale et /ou psychologique fragilisée ».

Autre inconvénient majeur, cette situation concentre sur 4 jours de 6 heures toutes les disciplines inscrites au programme. L’expérience montre que dans cette configuration, les enseignements sportifs, artistiques, d’histoire-géographie et scientifiques, étaient souvent réduits à leur plus simple expression. Il est aussi évident que ce dispositif aura des conséquences sur la qualité des conditions de travail et sur la fatigue des personnels et des élèves.

De même, cette mesure ferme la possibilité offerte à tous les enfants, quelle que soit leur catégorie sociale, de découvrir, selon leur choix, des activités sportives et culturelles mais aussi de s’ouvrir à la culture générale.

« Construire un parcours éducatif concerté » ?

En revanche, les annonces qui réintroduisent la responsabilité de l’école dans le processus d’élaboration du projet commun avec la collectivité locale paraissent aller dans le bon sens et devenir un élément facilitateur pour un engagement collectif des adultes à l’éducation et au bien-être des enfants.

En l’état actuel, il semble qu’il règne dans les communes et les écoles une grande confusion. Les maires viennent de manifester leur mécontentement, alors que des agglomérations comme Marseille et Nice ont déjà indiqué leur choix de la semaine de 4 jours.

Toutefois, il faut bien noter qu’au regard du dispositif proposé, l’accord des conseils d’école serait obligatoire et ouvrirait la capacité de faire prévaloir si nécessaire l’intérêt prioritaire de l’enfant.

In fine et au regard des erreurs politiques passées qui sont sur le point de se reproduire, ne serait-il pas plus sage de suivre l’exemple que nous donne le premier ministre avec le projet éducatif havrais, qui  « renforce l’engagement de tous les partenaires dans la construction d’un parcours éducatif concerté » ?