prof et écoliers

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La mesure souhaitée par Emmanuel Macron de “diviser par deux” les effectifs des classes de CP et de CE1 en REP et REP+ est-elle réaliste ?

Selon le candidat du mouvement En Marche!, qui affrontera Marine Le Pen lors du second tour de l’élection présidentielle, ce 7 mai, il s’agit de la « mesure la plus importante prise en faveur » de l’éducation prioritaire, « depuis la création des ZEP, en 1981″.

Entre 4000 et 5000 postes supplémentaires prévus

Emmanuel Macron souhaite ainsi limiter à 12 le nombre d’élèves par enseignant dans les classes de CP et de CE1 en zone prioritaire. Cette mesure (qui vise notamment à rattraper le retard de la France sur les autres pays de l’OCDE) aurait pour effet de faire passer le nombre de classes, dans ces zones, de 12.000 à 24.000.

Pour le candidat centriste, il s’agirait d’un moyen de « lutter contre l’échec scolaire et les inégalités ». Selon une étude de l’économiste Thomas Piketty datant de 2006, « la diminution de cinq élèves des tailles de classe de ZEP » conduirait ainsi « à une réduction des inégalités de 37 % au primaire ».

Selon le programme d’Emmanuel Macron, 12.000 profs des écoles « porteront ce projet ». Pour cela, le candidat prévoit de « réorienter » entre 6000 et 10.000 postes, sur les 60.000 créés au cours du quinquennat Hollande, et d’en créer entre 4000 et 5000. Pour inciter les professeurs à rejoindre les établissements concernés, une « prime annuelle de 3 000 euros net » devrait être proposée aux volontaires.

« Des centaines de millions d’euros économisées sur l’organisation du Bac »

salle de classe professeur primaire

Cours à l’école primaire © Kzenon – Fotolia.com

Concrètement, combien coûterait cette mesure ? « C’est un effort conséquent que je financerai intégralement par la correction des inefficacités du système actuel, notamment le coût du baccalauréat, sur lequel plusieurs centaines de millions d’euros peuvent être économisées », indique Emmanuel Macron à La Voix du Nord.

Comme le note France Info, l’organisation de l’examen du bac est estimée à 1,5 milliard d’euros par an. Le candidat d’En Marche! souhaite la « simplifier autour de quelques épreuves ».

Pour le SNUipp, le financement de cette réduction de la taille des classes en REP et REP+ demeure encore trop flou. Francette Popineau, porte-parole du syndicat, remarque ainsi qu’Emmanuel Macron « compte embaucher 4 000 à 5 000 nouveaux profs, alors qu’il prévoit 120 000 suppressions de postes de fonctionnaires ». Pour elle, « l’Education nationale sera forcément touchée ».

Selon Libération, les 5000 enseignants du dispositif « Plus de maître que de classe » mis en place par Najat Vallaud-Belkacem devraient être réaffectés « en priorité » dans les REP+. D’après l’entourage d’Emmanuel Macron, la mesure devrait s’appliquer dès septembre 2017 pour les CP des zones d’éducation prioritaire, les CE1 faisant l’objet d’une « montée en charge » du dispositif durant le quinquennat.

« Il faut que la structure matérielle suive » (SNUipp)

Francette Popineau demande aussi à Emmanuel Macron « d’expliciter » l’application de cette mesure. En effet, bien que le candidat promette une « aide de l’Etat » pour ouvrir de nouvelles classes, la question des locaux et du matériel à financer se pose. « Comment feront les communes ? Quand on se retrouve avec deux classes au lieu d’une, ce n’est pas seulement une question de profs supplémentaires, il faut que la structure matérielle suive », explique-t-elle à France Info.

Sur son blog, Lucien Marboeuf, prof des écoles, s’interroge : « concrètement, on se demande un peu ce que cela pourrait donner, en termes de locaux. Dans mon école, on serait bien embêtés si une nouvelle classe ouvrait : on n’a plus de locaux disponibles ». Et d’ajouter, ironique « on pourrait lui laisser la salle des maîtres, remarquez, mais bon 12 m², même pour moins de 25 gamins, c’est peu ».

« Nous avons préparé une enveloppe de 200 millions d’euros pour aider les communes. Le temps des travaux, quand il n’y aura pas de solution, deux enseignants feront classe dans la même salle », indique Fanny Anor, prof d’histoire-géo et membre de l’équipe chargée de concevoir le programme éducation d’Emmanuel Macron, à Libération.

En outre, comme nous l’indiquait le SNES-FSU la semaine dernière, cette mesure pourrait avoir des conséquences sur le secondaire : « cela signifierait des redéploiements de postes dans l’Education nationale. Or nous sommes déjà à l’étiage en collège et en lycée », explique ainsi Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du syndicat.

« Si son idée c’est deux profs par classe, c’est du déjà vu »

Cette mesure n’a pas manqué, en tout cas, de faire réagir les enseignants, notamment sur Twitter :