Voyage scolaire - Photo CC - Pixabay

Voyage scolaire – Photo CC – Pixabay

Quel est l’impact des séjours linguistiques et des voyages scolaires sur l’apprentissage de la langue par les élèves ? “Il ne peut être que positif”, lance Chantal Vincentelli, prof d’anglais au lycée de Margency (Val d’Oise), rencontrée suite au Salon des séjours linguistiques et des voyages scolaires.

Certes, il ne s’agit pas d’une solution miracle : “l’élève ne va pas augmenter d’un coup sa moyenne de façon significative, et cela ne remplacera pas un travail de fond sur la grammaire”, indique-t-elle. Mais en permettant de découvrir une nouvelle culture, et de “se plonger dans le bain linguistique”, le voyage permet de créer chez le jeune un déclic : “l’impact sur les notes se fera progressivement”.

L’élève, davantage désinhibé après s’être rendu compte que même en faisant des fautes, il a réussi à communiquer, va participer davantage, être plus actif et devenir acteur de son apprentissage de la langue”, estime l’enseignante.

« L’élève se rend compte qu’il peut parler »

“Les élèves peuvent constater, lors du voyage, que la langue qu’ils apprennent à l’école existe, et qu’ils peuvent la parler”, note de son côté Françoise Du, secrétaire générale de l’Association des Professeurs de Langues Vivantes (APLV). Professeure d’anglais au lycée Brequigny de Rennes, elle constate “qu’en règle générale, les jeunes sont contents, car ils voient les choses dans un contexte différent : ils ne sont pas assis dans une salle de classe, mais ils peuvent pratiquer, librement et concrètement. Cela change leur regard vis-à-vis du travail qu’ils font à l’école”. Lors d’un voyage scolaire ou d’un séjour linguistique, l’élève “se rend compte qu’il peut parler, comprendre les gens et interagir avec l’autre”, ajoute-t-elle.

© Remains - Fotolia

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Les voyages scolaires et les séjours linguistiques, une solution au réputé “mauvais niveau” des élèves français en langues, principalement en anglais ? “Nos jeunes n’ont pas un si mauvais niveau que cela, on exagère !”, lance Françoise Du.

“Simplement, les élèves n’ont pas assez d’heures de langue (deux heures de cours par semaine au lycée), avec de l’autre côté, des examens très exigeants… Le voyage n’est pas une solution à un soi-disant mauvais niveau, mais sert avant tout à montrer aux adolescents comment parlent les gens en vrai  – même s’ils le voient déjà dans les films et les séries, là c’est concret”.

L’élève ne passera pas de 10 à 14/20. Certains n’ont aucune maîtrise des temps, par exemple… Mais le voyage, et à fortiori l’échange, les rendra plus à l’aise dans la pratique, et les motivera davantage”, explique Chantal Vincentelli. De retour en France, la plupart des adolescents reviennent ainsi “plus épanouis, plus ouverts et plus intéressés par la langue apprise en cours. Ils ne sont pas métamorphosés, mais ils progressent sur le long terme”.

Le voyage « peut faire sauter certains verrous »

Pour la prof d’anglais, le plus important avec les voyages et séjours linguistiques, c’est l’ouverture sur une autre culture. “On découvre un pays, on parle avec les gens, ils nous font visiter des choses s’il s’agit d’un séjour, on va apprendre plein de choses au quotidien… Tout est concret. Cela peut faire sauter certains verrous, créer un déclic”, note-t-elle. “Parfois, des élèves se font des amis, et cela leur donne encore plus l’envie de continuer à faire de l’anglais”, ajoute l’enseignante.

“C’est aussi une période où les élèves ne sont plus chez eux, apprennent l’autonomie, partent à la rencontre de l’autre. Pour certains, c’est même l’une des seules occasions de voyager”, indique Françoise Du. Lors d’un voyage scolaire ou d’un séjour linguistique, les visites culturelles alternent avec des cours, et le soir, l’élève dort chez l’habitant. “C’est là que l’interaction se crée. Dans le cas d’un séjour linguistique, il partage la vie de la famille… même si parfois, ce n’est pas toujours vrai, puisque certaines familles ne s’occupent pas des jeunes qu’ils hébergent”, note la secrétaire générale de l’APLV.

Même si en ce moment, “c’est très compliqué de partir, en raison des risques d’attentats”, Françoise Du recommande les voyages scolaires et les séjours linguistiques, “à partir du moment où il y a un projet pédagogique”. Elle conseille ainsi aux enseignants de “choisir une thématique, et de donner des missions à réaliser aux élèves. Par exemple, nous avons récemment fait un voyage sur le thème de Shakespeare. Nous nous promenions dans ses pas, et les élèves devaient interroger des gens sur le sujet”, raconte-t-elle en guise de conclusion.