J. Ginestie

J. Ginestié

Plus de trois ans après leur mise en place et alors que d’après le Cnesco le métier d’enseignant retrouve une certaine attractivité, les ESPE font toujours l’objet de critiques. Sont-elles justifiées ?

En trois ans, nous avons parcouru un chemin important. Si au départ, les universités, les ESPE et les rectorats avaient du mal à se parler et à se comprendre, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. En attestent les nombreux rapports (parlementaires, inspection générale, think tank…) publiés : ils sont tous globalement positifs. Bien sûr, il reste encore des chantiers à mener. Il faut notamment aller plus loin dans la professionnalisation de la formation. Le problème est que c’est une question directement liée à la place et à la nature du concours. Tant que celui-ci restera largement disciplinaire, il sera difficile de mettre en place une véritable formation professionnelle en première année de master.

D’après la Depp (service statistique de l’éducation nationale), le taux de réussite des étudiants d’ESPE au concours externe du premier degré est de 49%. Autrement dit la moitié échoue. Faut-il en conclure que les ESPE préparent mal au concours ?

Evidemment non ! Derrière cette moyenne se cachent d’importantes disparités. A certains endroits, les taux de réussite frôlent les 100% quand, ailleurs, ils ne dépassent pas la barre des 20%, les postes étant moins nombreux. Ce que dit la Depp également c’est que la formation en ESPE est le meilleur gage de réussite : les candidats passés par une école ont près de deux fois plus de chance de réussir le concours que les autres.

La base de recrutement des enseignants s’est élargie. On constate de plus en plus de reconversions. La formation dans les ESPE est-elle adaptée à ces profils ?

C’est une chance d’avoir des enseignants qui viennent de différents horizons, riches d’une ou de plusieurs expériences professionnelles. La difficulté tient au fait que ces personnes entrent dans le métier par le concours donc directement en deuxième année de master. Elles démarrent avec une classe en responsabilité sans y avoir été préalablement préparées. Cela a de quoi en déstabiliser plus d’un. D’autant que l’année de M2 est très chargée.

Quel regard portez-vous sur les emplois d’avenir professeur (EAP) et le dispositif “étudiant apprenti professeur” en master 1 ?

C’est clairement une bonne chose. La professionnalisation doit débuter dès la deuxième année de licence par des stages d’observation et de découverte du métier d’enseignant, de façon à conforter l’étudiant dans ses choix. Elle doit ensuite se poursuivre pendant cinq ans. C’est-à-dire de la L3 à la deuxième année suivant la titularisation. Il faut arriver à penser la question de la formation non plus de façon séquentielle, d’abord le disciplinaire puis le professionnel, mais simultanément. Des progrès ont été faits dans ce sens mais nous ne sommes pas allés au bout de la logique.

Où en êtes-vous de la formation continue ?

Il faut passer d’une logique prescriptive de la formation continue à une offre beaucoup professionnelle, au plus près des besoins des personnels dans les établissements. Les choses avancent. Il y a beaucoup de discussions actuellement entre les académies, les ESPE et les universités sur cette question. Les universités ont clairement un rôle à jouer à travers la recherche.

Justement quelle est la position des universités vis à vis des ESPE ?

La conférence des présidents d’université (CPU) a fortement évolué sur la question de la formation des enseignants. Clairement aujourd’hui, celle-ci n’est plus une variable d’ajustement dans les universités. Ces dernières sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à réfléchir à des organisations de recherche structurées.

Mais là encore, il faut aller plus loin en rapprochant davantage recherche, formation et terrain. Recrutés à bac +5, les enseignants sont des professionnels de haut niveau. A ce titre, la recherche a toute sa place dans leur formation.

Quel regard portez-vous sur les prochaines élections présidentielles. Un changement de majorité pourrait-il se traduire par une remise en question de la formation des enseignants ?

Je ne  pense pas. La formation des enseignants est désormais bien installée. Du fait notamment de l’engagement très net de la CPU sur cette question. En revanche, si la majorité change, il y aura peut-être des évolutions, notamment du côté de l’organisation et des contenus de la formation.