Que fait l’Education nationale face à l’enfant très violent en maternelle ?

En maternelle, certaines équipes pédagogiques sont confrontées à des enfants très violents. Dans cette situation, que fait l’Education nationale ? Patricia Garouste, psychologue scolaire et membre de l’AFPEN, nous répond.

AFPENDans l’Aude, un enfant de 3 ans a été suspendu temporairement d’une maternelle en raison de son comportement violent. L’équipe pédagogique et l’inspecteur académique ont invité la mère à scolariser son fils dans un autre établissement. Pensez-vous que l’on puisse exclure un enfant de la maternelle et est-ce la meilleure solution ?

L’école maternelle française accueille tous les enfants y compris ceux qui ont des difficultés. Lorsque le comportement de l’enfant le nécessite, le directeur de l’école réunit une « équipe éducative » (parents, enseignant, médecin, psychologue scolaire et soignants éventuels). Cette équipe est un outil institutionnel qui permet de faire circuler l’information et de croiser les regards autour d’un enfant en recherchant la plus grande adéquation entre les besoins de l’enfant et les solutions à mettre en œuvre.

Nous pouvons, par exemple, demander aux parents de ne plus scolariser l’enfant pour une période temporaire en leur demandant de prendre contact avec le Centre d’Action Médico Sociale Précoce (CAMSP), sans pour autant l’exclure de l’école. Par la suite, nous pouvons re-scolariser l’enfant sur des temps précis en présence d’une auxiliaire de vie scolaire. Avec des aides spécifiques et adaptées à son profil, l’enfant peut rapidement progresser.

Quelquefois, la communication entre l’école et les familles peut être problématique. Les parents réagissent de façon excessive car ils se sentent jugés ou atteints de façon narcissique. Les conseillers pédagogiques ou l’inspecteur de la circonscription peuvent alors se déplacer pour tenter de médiatiser les possibles conflits entre la famille et l’école. L’accompagnement des familles est, dans tous les cas, indispensable à la prise en compte des spécificités de l’enfant.

Il faut également rappeler que l’école maternelle n’est pas obligatoire mais elle est souhaitable. Tout doit ainsi être mis en œuvre pour que l’adaptation de l’enfant aux règles de la collectivité et aux apprentissages puisse se faire dans les meilleures conditions possibles.

A 3 ans, comment peut-on être violent ?

Quelle que soit la situation familiale, un enfant violent à 3 ans, ce n’est pas normal. Il faut automatiquement s’interroger sur le parcours de l’enfant. Pour cela, nous devons interpeller la psychologue scolaire et la famille afin de réfléchir sur l’origine de ce comportement. A 3 ans, il n’y a pas de volonté de violence. Si l’enfant a un comportement violent cela est dû à une pathologie et à une souffrance, ou à une atteinte au fonctionnement du groupe classe avec de possibles mises en danger de l’enfant lui-même ou des autres.

Quels sont les outils de l’Education nationale ?

Les outils restent le professionnalisme de ses membres, la capacité d’observation et de mise en lien des informations et des personnes. L’enseignant est le premier interlocuteur de la famille, le directeur de l’école accompagne la compréhension de la situation, le psychologue scolaire, l’infirmière et le médecin de PMI sont présents dans les écoles auprès des enfants en difficulté et de leurs familles. Ils apportent des éclairages spécifiques au sein de l’école mais peuvent aussi accompagner les parents vers des services de soins extérieurs. Ces derniers sont assurés par les départements de soins tels que le CMP ou le CAMSP.

Pour les enfants violents, l’Education nationale dispose de peu de moyens. La diminution des postes de RASED, voire la disparition des maîtres G -qui intervenaient beaucoup dans des actions de prévention en maternelle- se fait aussi sentir de façon importante aujourd’hui.

Ne faudrait-il pas aussi former les enseignants à la psychologie de l’enfant ?

Il y a tout un travail à faire sur la formation des enseignants. Comme tous les enseignants, ceux des classes de maternelle développent une expérience pratique. Celle-ci devrait se compléter d’apports théoriques. Les enseignants devraient en effet avoir des connaissances sur les différents types de troubles auxquels ils peuvent être confrontés. Pour cela, les psychologues doivent intervenir en formation initiale et continue auprès des enseignants.

Y-a-t-il suffisamment de psychologues de l’Education nationale ?

Aujourd’hui, il y a près de 3000 postes de psychologues du premier degré dont 400 non pourvus. L’AFPEN revendique un psychologue scolaire pour mille élèves. Actuellement, je suis en charge de 1900 élèves. Des collègues en ont, quant à eux, 5000. Il y a une réelle problématique d’équité, d’accès à l’accompagnement et de qualité de travail.

 

Photo page d’accueil : ©pathdoc/fotolia.com

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9 commentaires sur "Que fait l’Education nationale face à l’enfant très violent en maternelle ?"

  1. Chacunsacroix  22 mai 2017 à 19 h 53 min

    Pourquoi ne pas rétablir les heures de colle et l étude ?
    Ceux qui ne veulent pas travailler, insultent, frappent ou gênent la classe vont ton Etude ou on leur donne autre chose à faire.
    L enseignant peut faire class, les autres enfants ne sont pas dérangés et le fautif se débrouille pour rattraper.
    A ses parents de régler le problème. S il est exclu des cours ça fera réagir ses parents.Signaler un abus

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  2. Pistache  30 mai 2017 à 22 h 41 min

    Deux enfants violents en classe. Pour le premier, des rapports faits à l’inspection, des équipes éducatives et tout et tout et puis … RIEN. C’est à l’enseignant de ne pas craquer et aux autres de supporter! Pour le second j’économise du temps sur les rapports et ils sont réclamés mais il ne servent à rien. Pas d’action avant le CP. Laissons ces petits avec leurs difficultés. Une fois qu’elles seront bien installées on essayera de les résoudre mais surtout pas trop tôt. Je passe dans les écoles et je vois plein de profs qui pleurent car les primaires tapent et ils ont de la force les petits mais bon nos supérieurs nous le disent, il suffit de parer les coups, le lancer de chaise ne fait pas parti de la violence …
    Je teste encore quelques écoles et si je ne trouve pas un petit coin de verdure où les oiseaux chantent, j’envisagerai une reconversion. Dommage j’aime enseigner mais sans les hurlements, les griffures, les meubles qui se déplacent …Signaler un abus

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  3. Angélique  17 mars 2018 à 10 h 41 min

    Oui c’est une bonne chose, à 3 ans l’école n’est pas obligatoire mais dois accepter tous les enfants alors les moyens ne suivent pas.
    Dans la classe de ma fille (grande section), il y a un élève qui a un retard psychologique et qui a des épisodes de crises violentes. Il s’en est pris plusieurs fois à ma fille et à d’autres enfants (griffures à sang, coups…). L’école a fait une demande d’AVS mais rien ne bouge !! La maitresse passe du temps avec lui et délaisse donc les autres élèves, je suis inquiète pour ma fille. Cet élève n’a rien à faire dans une école « normale ».Signaler un abus

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