Les députés ont adopté mercredi soir, avec réserves, de nouvelles dispositions voulues par le gouvernement pour renforcer le contrôle des antécédents judiciaires des personnes exerçant des activités auprès de mineurs après de récents scandales de pédophilie à l’école.

Ces dispositions, sous la forme d’amendements gouvernementaux à un projet de loi « d’adaption de la procédure pénale au droit de l’Union européenne », sont la conséquence de l’affaire de Villefontaine (Isère) dans laquelle un directeur d’école, soupçonné de viols sur onze élèves, a été mis en examen, puis révoqué en mars. En dépit de sa condamnation en 2008 pour recel d’images pédopornographiques, il avait continué à exercer, l’Éducation nationale n’en ayant pas été informée.

Il est « insoutenable » de penser qu’un enseignant condamné pour pédopornographie ait pu continuer à exercer, avait alors déclaré la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem.

Selon les dispositions votées mercredi soir, les autorités judiciaires pourront ou devront informer les autorités compétentes (l’Education nationale en premier lieu mais aussi des associations et des institutions privées) des procédures mettant en cause ces personnes lorsqu’il s’agit d’infractions graves, commises contre des mineurs ou de nature sexuelle.

Pour ces infactions graves (viols, agressions et atteintes sexuelles, violences commises sur les mineurs de moins de 15 ans, proxénétisme de mineurs, harcèlement sexuel, exhibition, cession de stupéfiants à un mineur, etc), l’information sera obligatoire en cas de renvoi devant une juridiction, de mise en examen ou de condamnation.

Elle sera laissée pendant la période de l’enquête à l’appréciation du parquet qui verra si cela se justifie au regard du respect de la présomption d’innocence et du secret de l’instruction.

C’est cette information dès le stade de l’enquête qui a posé problème mercredi soir à de nombreux députés.

Le rapporteur Dominique Raimbourg (PS) tout comme l’oratrice du groupe socialiste Colette Capdevielle se sont inquiétés des conséquences d’une mise en cause injustifiée, particulièrement pour quelqu’un employé dans le secteur privé et qui se ferait certainement licencier dès que l’employeur serait informé de sa mise en cause.

« Si nous avons des suicides, nous regretterons d’avoir été aussi précautionneux », a averti M. Raimbourg.

Reconnaissant qu’on marchait sur « une ligne de crête » au niveau de l’enquête entre protection des enfants et le risque de mise en cause injustifiée, la ministre de la Justice Christiane Taubira a jugé qu’il valait « mieux une information donnée un petit peu trop tôt au cours de la procédure que trop tard ». Mais elle s’est dit prête à retravailler le texte avec les parlementaires d’ici la commission mixte paritaire qui va réunir la semaine prochaine députés et sénateurs.

Pour les infractions moins graves, le procureur ne pourra pas transmettre l’information à l’autorité administrative pendant l’enquête mais il en aura la possibilité au stade des poursuites ou après la condamnation.