Bernard Egger

Bernard Egger

Selon plusieurs études, PISA et plus récemment celle du ministère de l’Education nationale, le niveau des élèves français en mathématiques serait en baisse. Pourquoi ?

Il est impossible de l’affirmer : on n’en sait rien ! Ces enquêtes ne sont pas représentatives, elles sont avant tout des instruments de pilotage des systèmes éducatifs. Elles n’évaluent pas le travail habituel des élèves et ne disposent pas d’un même niveau de référence. PISA évalue les mathématiques de la vie quotidienne, très différentes de celles que l’on enseigne actuellement. A l’école, l’élève est confronté à une situation mathématique formelle, sans avoir besoin de se poser la question de savoir comment arriver à mettre en équation un problème. La démarche empirique n’est pas valorisée dans notre système scolaire, par conséquent les élèves s’en méfient.

Tous les systèmes scolaires européens s’accordent cependant sur la nécessité d’augmenter le niveau minimum de connaissances des élèves. Pour cela, le choix a été fait de valoriser les mathématiques applicables par tous, dans les situations de la vie quotidienne. Résultat : les mathématiques nécessitent aujourd’hui une bonne maîtrise de la langue qui n’était pas nécessaire auparavant pour résoudre une équation. Cela explique pourquoi les élèves les plus défavorisés sont davantage en échec scolaire que les autres.

Comment redonner le goût des mathématiques aux élèves ?

Certains l’ont perdu, c’est certain. Les élèves ont changé : ils ont des compétences nouvelles, notamment en informatique, que les programmes scolaires prennent insuffisamment en compte. En adéquation avec la stratégie de la ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, l’APMEP propose depuis très longtemps d’introduire le jeu en classe. C’est une approche intéressante sur le plan du raisonnement et de l’échange. Certains outils, comme la vidéo, peuvent aussi être utilisés en classe.

Cette année encore, tous les postes ne seront pas pourvus au Capes de mathématiques . Comment pallier le manque d’enseignants ?

C’est un vrai problème. Il manque environ 2000 postes d’enseignants de mathématiques dans le secondaire. Or le niveau reste fragile : seule la moitié des candidats au CAPES a terminé les deux épreuves lors de la dernière session. On peut donc penser que 500 postes ne seront pas pourvus sur les 1440 postes ouverts. Par ailleurs, beaucoup de jeunes titulaires d’un Master de mathématiques préfèrent s’orienter vers une carrière dans la finance ou l’informatique plutôt que dans l’enseignement. Vers 40 ans, beaucoup se réorientent vers le CAPES mais ils n’ont plus pratiqué les mathématiques depuis longtemps. Il faudrait un pré-recrutement à bac + 2 ou bac + 3, mais cela suppose des moyens financiers importants. Même si le boom des départs à la retraite est passé, comme dans d’autres pays européens, il n’y a pas d’amélioration à attendre avant quelques années.