Stéphane Furina

Stéphane Furina

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous indigner devant le comportement de certains enseignants ?

J’en ai assez des généralités sur les élèves, présentés comme des moins que rien qui n’auraient plus le niveau scolaire… On plaint régulièrement les professeurs qui ont des élèves très difficiles et c’est vrai. Mais une autre réalité, ce sont les élèves qui subissent des professeurs indignes de la profession, qui n’ont aucune pédagogie et passent leur temps à les rabaisser voire à les insulter.

Ne craignez-vous pas de faire le jeu des anti-profs ?

On me le reproche sur les réseaux sociaux mais je ne parle que d’une minorité, car la grande majorité des enseignants sont des gens fabuleux. Mon but était de dénoncer le mal-être qui touche un grand nombre d’élèves dans l’indifférence générale. Je veux que les enseignants ne soient plus intouchables. Certains ont des dossiers de plaintes longs comme le bras et on ne fait rien. Il faut se taire, puisque l’on considère que les élèves exagèrent toujours.

Comment ont réagi vos collègues lors de la sortie du livre ?

couv pire que les eleves

couv pire que les eleves

Je constate que beaucoup d’enseignants l’achètent. Des collègues me soutiennent, d’autres sont contre. Ils en ont le droit, c’est la liberté d’expression, à condition qu’ils aient lu mon livre. Je ne me retrouve pas tout seul mais je me fais plus petit depuis la parution. Je ne m’attarde pas en salle des profs par exemple, car il y a eu des réactions très violentes à mon sujet pendant mon absence.

Qu’est-ce qu’un bon prof selon vous ?

C’est celui qui se souvient de l’élève en difficulté qu’il a été un jour et qui agit en conséquence pour l’aider. Je suis loin d’être un enseignant parfait, mais quels que soient mes coups de gueule ou mes colères, je n’ai jamais insulté ni rabaissé un élève.

Que reprochez-vous aux syndicats enseignants ?

Les syndicats, surtout majoritaires, nous opposent les uns aux autres. Par principe, ils ne sont jamais d’accord avec les politiques gouvernementales. Pour les syndicats, le professeur est roi et les élèves sont insignifiants. On ne fait pas avancer les choses comme cela. Beaucoup des collègues syndiqués sont insupportables : on ne peut pas discuter avec eux, si on n’est pas d’accord on est mis sur la touche. Je précise toutefois que je suis syndiqué, mais à but informatif, au sein d’un syndicat qui respecte mes choix et ne m’oblige pas à faire grève…

Que préconisez-vous pour améliorer la situation ?

Je n’ai pas la solution mais des propositions. Il faut des sanctions, allant du blâme jusqu’au renvoi de l’établissement, contre les professeurs indignes, ceux qui abusent de leur pouvoir en cassant les élèves. Le chef d’établissement devrait avoir plus de pouvoir. Des médiateurs devraient être institués pour donner la parole aux élèves et aux parents. En 17 ans de carrière, je n’ai pas vu un seul parent démissionnaire et j’ai pourtant exercé dans plusieurs établissements difficiles.