ADEAF Thérèse Clerc

ADEAF Thérèse Clerc

Pourquoi dites-vous que le projet de réforme du collège aura « des conséquences désastreuses » pour l’enseignement de l’allemand en France ?

Il suffit de regarder l’évolution du nombre d’élèves qui apprennent l’allemand dans le 2nd degré ! Ils sont aujourd’hui environ 15% à l’étudier au collège et au lycée, contre près de 23% en 1995. La baisse a été stoppée et les effectifs stabilisés à partir de 2005 grâce à la création, dans le cadre du Plan de relance pour l’allemand, des classes bilangues qui proposent d’apprendre en parallèle l’anglais et l’allemand dès la 6e. Ce dispositif a montré son efficacité. : alors qu’en 2002, 14 000 élèves étaient germanistes en 6e bilangue, ils étaient 87 000 en 2013. Or, la plupart de ces élèves commencent l’apprentissage de l’allemand en 6ème. La suppression annoncée dans la réforme du collège des classes bilangues, autres que celles permettant de poursuivre la langue commencée en CP, entraînera une forte diminution du nombre d’élèves germanistes puisque 93% des élèves du primaire apprennent l’anglais. Ce serait contraire aux engagements franco-allemands de promotion de la langue du partenaire. Le niveau de compétences va également baisser. Les élèves de classes bilangues ont en moyenne 12h hebdomadaires de cours de langues sur la totalité des années collège (et même jusqu’à 16 heures pour ceux des classes européennes, également supprimées). Après la réforme, ils n’auront plus que 7h30 par semaine.

N’est-ce pas un peu exagéré de parler de « disparition programmée de l’allemand dans l’enseignement en France » dans votre pétition ?

Le risque d’un recul important est réel. Sur le terrain, les enseignants d’allemand prennent de plein fouet cette réforme. Ils sont atterrés et se mobilisent fortement. Les enseignants, notamment en REP+, trouvent cela très injuste, moins pour eux, que pour ce que les classes bilangues apportent à leurs élèves.

La ministre de l’Education nationale assure pourtant qu’aucune heure ne sera perdue et prévoit l’introduction d’une seconde langue vivante dès la 5e, à raison de 2h par semaine, pour améliorer les compétences en langues étrangères des élèves. Quel est donc le problème ?

La ministre voit un gain pour la seconde langue vivante, puisqu’il s’agit de passer à 7,5 heures de LV2 sur trois ans, contre 6 heures aujourd’hui sur deux années. Néanmoins, cela fait débuter une langue à 2h30 par semaine, ce qui est insuffisant. 3 heures est un minimum. Il y a eu des expérimentations pour introduire la LV2 en 5e mais pas de réelle étude sur le bénéfice pour les élèves. Pour ce qui concerne l’allemand, il n’y a manifestement pas eu d’étude d’impact sur les mesures proposées. On ne peut pas miser sur une hypothétique augmentation du nombre d’élèves apprenant l’allemand dès le CP. Et de toute façon, les parents n’attendront pas l’entrée en 5ème de leur enfant pour qu’il commence l’anglais. C’est un pari extrêmement dangereux.

En quoi est-ce un atout aujourd’hui d’apprendre l’allemand au collège et au lycée ?

Toutes les langues offrent une ouverture vers une autre culture. D’où l’intérêt d’une véritable diversification. Pour les élèves français, l’allemand est un véritable atout en termes de débouchés professionnels, de mobilité européenne et de poursuite d’études. On observe d’ailleurs que l’allemand est la langue la plus demandée, derrière l’anglais mais devant l’espagnol, parmi les offres d’emploi collectées en 2013 par Pôle Emploi. L’économie a besoin d’un vivier de germanistes, l’amitié et la coopération franco-allemandes aussi !

 

 

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