Anne Christophe

Anne Christophe

Le bilinguisme est-ce un handicap ou un atout pour les enfants ?

C’est un atout car les enfants apprennent bien les deux langues auxquelles ils sont exposés. La France est un pays où la majorité des enfants grandissent monolingues, mais au niveau mondial, il y a plus d’enfants qui grandissent dans un contexte de bilinguisme. En Inde, par exemple, chaque région a un ou plusieurs dialectes locaux et deux langues officielles (le hindi, le tamoul ou l’anglais). On s’aperçoit que les enfants y apprennent bien leurs langues. L’inquiétude des parents repose sur le fait que les enfants bilingues peuvent mélanger les deux langues dans une même phrase. Les études démontrent qu’il ne s’agit pas là d’une confusion, mais d’une solution de facilité. Les jeunes enfants ont des difficultés pour composer une phrase. Ils peuvent buter sur la prononciation. C’est pourquoi, quand ils sont bilingues, ils vont choisir le mot qui vient en premier à leur esprit. Les adultes font de même : un Français qui parle l’anglais, et qui sait que son interlocuteur le maîtrise également, peut utiliser un mot anglais dans une phrase en français. C’est ainsi que se sont fait les emprunts de certains mots, comme par exemple « week-end » ou « sandwich ».

Les enfants bilingues ne risquent-ils pas d’apprendre moins bien leur langue maternelle ?

Pas du tout. Si l’on étudie l’apprentissage des voyelles, on peut observer un retard de trois à quatre mois dans l’acquisition de la langue maternelle par les nourrissons qui apprennent deux langues simultanément. Ce décalage s’explique par le fait que, quantitativement, ils entendent moins chacune de leurs langues maternelles qu’un bébé en situation de monolinguisme. Ce retard se résorbe vers le douzième mois et, à l’échelle de toute une vie, il ne représente rien. A l’âge de vingt ans, l’enfant parlera deux langues, et c’est une grande richesse.

A quel âge est-il conseillé ou déconseillé de partir avec de jeunes enfants à l’étranger ? N’y a-t-il pas un risque lorsque la langue maternelle n’est pas encore acquise ?

Il n’y a aucun risque quant à l’apprentissage de la langue maternelle, si les parents sont francophones et parlent français à la maison – et ce même si les enfants choisissent de ne plus utiliser le français pendant leur séjour. Souvent, les parents se posent une autre question – est-ce que les enfants vont garder leur deuxième langue en rentrant en France ? Il n’y a pas d’études à ce sujet, mais beaucoup d’anecdotes attestent que si le retour se passe avant 7 ou 8 ans, l’âge de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, la nouvelle langue risque d’être oubliée.

Un enfant bilingue aura-t-il des facilités pour apprendre une troisième langue ?

Là aussi, beaucoup de témoignages le suggèrent, même si aucune étude n’a encore tenté de le démontrer explicitement. On parle en revanche des avantages cognitifs des personnes bilingues, et cela à tous les âges. Le bilinguisme améliorerait nos fonctions exécutives : planifier des actions, prendre des décisions. Par exemple, dans une expérience de classification de formes géométriques de différentes couleurs, les bilingues seraient capables de changer de règle de classification plus vite que les monolingues. Ils seraient donc plus flexibles, plus adaptables. De la même manière, les personnes âgées bilingues sont censées mieux vieillir car elles font de l’exercice mental en passant d’une langue à l’autre. Au total, le bilinguisme est clairement une chance pour les enfants.

 

Rouja Lazarova