Christian Lage

Christian Lage

Comment expliquez-vous que l’absentéisme soit deux fois plus élevé en lycée professionnel qu’en lycée général ?

Ce n’est pas nouveau et il faut comparer ce qui est comparable. Le public des lycées professionnels est issu des milieux socioprofessionnels les plus défavorisés, avec des parents souvent éloignés du système scolaire. Ce contexte n’est pas favorable au développement d’une appétence pour l’école. Je partage le constat du ministère pour expliquer le phénomène qui, soit dit en passant, touche davantage certaines régions et certains établissements : l’orientation est souvent plus subie que choisie en lycée professionnel ; le temps de trajet des élèves est souvent plus important qu’ailleurs ; et de nombreux lycéens professionnels travaillent en dehors des cours pour gagner de l’argent. Pour ces raisons, je suis un peu surpris qu’il n’y ait pas de remise en cause de la politique éducative. Laquelle continue d’aggraver les choses.

Que préconisez-vous pour améliorer l’enseignement professionnel et réduire les orientations « par défaut » ?

Il y a une sur-orientation en seconde générale et technologique. Résultat : une partie des jeunes échouent et sont poussés à se réorienter vers l’enseignement professionnel. Ils se retrouvent alors en situation de double échec. Le Snetaa se bat pour la réouverture de CAP car nous estimons que diriger certains jeunes directement en bac pro revient à les confronter à leurs difficultés. Un parcours ascendant, du CAP au BTS, doit être mis en place, pour que les jeunes en difficulté puissent gravir les marches à leur rythme, avec un accompagnement personnalisé. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas : il s’agit d’une variable d’ajustement des emplois du temps.

La question du lien entre temps de transport et absentéisme n’est pas anodine. Comme un grand nombre de lycées professionnels ont fermé, selon une logique de regroupements dans les régions, cela n’améliore pas la situation. Quant aux petits boulots et aux élèves fatigués, c’est aussi une réalité. Pour y remédier, les jeunes doivent être rémunérés pendant leurs périodes de stages en entreprise.

Que pensez-vous de la proposition d’ouvrir une filière réservée aux bacheliers professionnels dans l’enseignement supérieur ?

Nous y sommes opposés ! Quel est le besoin de créer un brevet professionnel supérieur ? La réalité, c’est que les jeunes qui rentrent en bac pro demandent une élévation de leur qualification en allant vers un BTS. Ce diplôme est déjà reconnu par les entreprises. A nous de les accompagner dans un parcours de réussite avec des passerelles. Ce qui leur manque, on le sait, c’est une première année adaptée. L’apprentissage n’est pas la solution miracle !

En quoi la filière professionnelle est-elle une voie d’avenir ?

Plus il y a de difficultés économiques et plus les entreprises recherchent des salariés formés. De ce point de vue, un jeune qui sort avec un CAP, pour être pâtissier, boulanger ou boucher, n’aura aucun mal à trouver du travail. Mieux vaut donc travailler sur les parcours que sur le taux de réussite au bac pro. Le vrai sujet aujourd’hui, c’est de faire en sorte que les jeunes puissent achever leurs études avec un diplôme reconnu.