Internet à l’école : « les enseignants doivent oser ! »

Alexandre Acou, professeur des écoles à Paris, est pionnier des "twittclasses". Il sort le 22 janvier un livre en forme de mode d’emploi d’Internet à l’école, coécrit avec son épouse, la journaliste Katrin Acou-Bouaziz.

Alexandre Acou

Alexandre Acou

Dans votre livre « Internet à l’école, lancez-vous ! », pourquoi exhortez-vous les enseignants à utiliser Internet et les réseaux sociaux en classe ?

Pour plusieurs raisons. D’un point de vue institutionnel, il est déjà demandé aux enseignants de former les élèves aux nouveaux usages du numérique : c’est l’objectif du B2i (brevet informatique et Internet) instauré depuis 2012 à l’école, au collège et au lycée. Ensuite, l’apport d’Internet n’est pas négligeable : cela motive les élèves et facilite les apprentissages. L’urgence est d’autant plus importante que, sur le plan sociétal, le numérique est partout. Il faut apprendre aux élèves à l’utiliser !

Comment expliquez-vous que si peu d’enseignants aient recours aux outils numériques au quotidien ?

Selon le ministère de l’Education nationale, 97% des enseignants français sont conscients de la valeur ajoutée des outils numériques dans l’enseignement, mais seuls 5% d’entre eux les utilisent tous les jours. Cela m’étonne et je trouve ça d’autant plus paradoxal que la majorité des enseignants sont des internautes avertis. S’ils ne se lancent pas, c’est sans doute à cause d’un manque de matériel et de formation mais aussi parce qu’ils craignent une confusion des genres, entre leur vie privée et professionnelle. Tout ce que l’on entend sur les dangers liés aux réseaux sociaux alimente leurs craintes. Mais ils se trompent ! Ouvrir un compte Twitter en classe ne va pas faire que soudainement tous les élèves vont devenir « amis » sur Facebook avec leur professeur. Il suffit de fixer des limites.

En quoi Twitter est-il un support pédagogique pertinent ? Comment l’utilisez-vous en classe ?Couv Livre

J’utilise Twitter depuis 2012, de manière transversale. Je ne fais pas un cours « Twitter » mais j’y ai recours régulièrement pour valoriser les écrits des élèves en les rendant publics. A la limite, peu m’importe si ces publications sont lues ou non. Ce qui m’intéresse, c’est de motiver les élèves et de mener un travail « collaboratif » en permettant l’échange avec d’autres classes.

Des enseignants, dont je fais partie, organisent aussi des « twictées » : des dictées partagées sur Internet. Nous demandons à plusieurs petits groupes d’élèves de synthétiser une règle de grammaire ou d’orthographe, sous la forme de twoutils (des messages courts et didactiques) à partir d’erreurs commises par d’autres classes. Autre exemple : je désigne le « tweeteur du jour » qui devient le bloggeur de la classe. Il dispose alors de mon Smartphone pour prendre des photos et doit raconter la vie de la classe. Ce travail les responsabilise, les oblige à faire des choix et participe à développer leur sens critique.

Quels conseils donneriez-vous aux enseignants qui souhaitent se lancer ?

La première chose, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être un geek pour se lancer. De multiples usages d’Internet à l’école sont possibles : les réseaux sociaux, les blogs, les espaces numériques de travail… J’ai envie de dire à mes collègues de choisir une entrée qui les intéresse. Il ne faut pas se le cacher, il y a des contraintes, des autorisations légales à demander et des questions à se poser. Mais ce n’est pas plus compliqué qu’organiser une sortie scolaire. Il faut oser utiliser sa liberté pédagogique, se faire confiance et avoir confiance dans les propositions des élèves !

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10 commentaires sur "Internet à l’école : « les enseignants doivent oser ! »"

  1. Alexandre Acou  19 janvier 2015 à 13 h 47 min

    Si par « factice » vous entendez ne répondant pas aux caractéristiques que vous citez, je m’en réjouis. Cela serait « la réalité des usages de Twitter »..? Non car, il y en a plusieurs, avec des usages fort différents certes : les nôtres assez « professionnelles » et très proches (comme de celles des personnes travaillant avec Twitter tels les journalistes), différentes de celles des twittclasses, différentes de celles de beaucoup d’adolescents… encore différentes de celles de nombreux comptes d’institutions (qui, d’ailleurs, ne sont ni individuels, ni anonymes, ni factices, ni irrespectueux, ni consuméristes) !
    Quant à la « médiocrité de la communication que permet Twitter », j’ose espérer que vous ne jugez pas un message par son seul canal de communication… L’outil, avec ses spécificités certes, fonctionne en vérité très bien. Et je ne crois pratiquer d’incantation en associant un réseau social avec les modes de communication du XXIème siècle, dont les caractères de partage en temps et en espace peuvent sans doute être considérés comme un progrès…

    Je suis davantage intéressé par votre remarque sur l’aspect communicationnel « s’adressant au monde entier, je ne m’adresse à personne » et le risque de « ne donner du sens à l’écrit que dans le rapport extérieur à la classe ». D’abord, je ne vois pas en quoi cela diminuerait le sens de l’écrit dans la classe : une sortie à Notre-Dame de Paris ne diminue pas l’intérêt de mes élèves pour le cours d’Histoire suivant, bien au contraire. De surcroît, un élève apprend aussi à lire car c’est utile à l’extérieur de la classe. L’écrit doit avoir du sens justement à l’extérieur de la classe pour en avoir à l’intérieur, ou du moins il ne faut pas distinguer ces deux impératifs (au risque de les opposer).
    Quand à « l’illusion narcissique » de certains usages des réseaux sociaux, je partage votre avis. Cependant en CP, la valeur d’un message peut justement venir du fait même de l’avoir écrit et de sa publication puisque l’enfant est en train d’apprendre à écrire : serait-ce une illusion que de sentir fier d’avoir tweeté « Aujourd’hui, j’ai 6 ans ! »..? De plus, ces classes qui tweetent le font au sein de leur propre réseau, principalement dans le cadre de travaux adressés à d’autres élèves. Enfin, ces pratiques ont aussi comme objectif de justement leur apprendre que « cette exposition est problématique », le livre parle ainsi d’identité numérique mais aussi du choix de ce qu’on publie ou encore de gestion des temps connectés…Signaler un abus

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  2. stephanie delaporte  19 janvier 2015 à 18 h 43 min

    En l’occurrence, je ne parlais pas spécifiquement de twitter mais du site de l’Académie où notre école a un espace dédié. « Le monde entier » ne peut pas voir nos publications. À l’école primaire, je pense que chaque écrit mérite d’être lu car c’est cette attention portée qui donnera confiance et envie de produire encore, et qui à force de travail et d’encouragements donnera des résultats. Ce n’est que mon avis et visiblement pas le vôtre.
    Même si j’entends les arguments je ne comprends toujours pas cette méfiance et ce dénigrement farouches vis à vis de nouveaux outils. Qu’on le veuille ou non,la société et l’école sont étroitement liées, l’une et l’autre doivent s’adapter et préparer les élèves à ce qu’ils pourront rencontrer. Internet et l’éducation aux médias font partie du travail de l’école. Si je pousse votre raisonnement à l’absurde, pas d’étude de la presse, pas de télévision en classe…
    Quant à l’expression que j’ai utilisée (« en permanence »), elle ne signifie pas que mes élèves ont les yeux rivés la journée entière sur leur tablette, mais simplement que la flotte de tablettes appartient à ma classe et que je peux les utiliser à n’importe quel moment. Je ne remets pas en cause votre manière d’enseigner, n’interprétez pas la mienne.Signaler un abus

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  3. Alexandre Acou  27 janvier 2015 à 21 h 15 min

    À savoir : une page Facebook a aussi été créée où les internautes peuvent échanger directement avec les auteurs : facebook.com/internet.ecole !Signaler un abus

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