Alexandre Acou

Alexandre Acou

Dans votre livre « Internet à l’école, lancez-vous ! », pourquoi exhortez-vous les enseignants à utiliser Internet et les réseaux sociaux en classe ?

Pour plusieurs raisons. D’un point de vue institutionnel, il est déjà demandé aux enseignants de former les élèves aux nouveaux usages du numérique : c’est l’objectif du B2i (brevet informatique et Internet) instauré depuis 2012 à l’école, au collège et au lycée. Ensuite, l’apport d’Internet n’est pas négligeable : cela motive les élèves et facilite les apprentissages. L’urgence est d’autant plus importante que, sur le plan sociétal, le numérique est partout. Il faut apprendre aux élèves à l’utiliser !

Comment expliquez-vous que si peu d’enseignants aient recours aux outils numériques au quotidien ?

Selon le ministère de l’Education nationale, 97% des enseignants français sont conscients de la valeur ajoutée des outils numériques dans l’enseignement, mais seuls 5% d’entre eux les utilisent tous les jours. Cela m’étonne et je trouve ça d’autant plus paradoxal que la majorité des enseignants sont des internautes avertis. S’ils ne se lancent pas, c’est sans doute à cause d’un manque de matériel et de formation mais aussi parce qu’ils craignent une confusion des genres, entre leur vie privée et professionnelle. Tout ce que l’on entend sur les dangers liés aux réseaux sociaux alimente leurs craintes. Mais ils se trompent ! Ouvrir un compte Twitter en classe ne va pas faire que soudainement tous les élèves vont devenir « amis » sur Facebook avec leur professeur. Il suffit de fixer des limites.

En quoi Twitter est-il un support pédagogique pertinent ? Comment l’utilisez-vous en classe ?Couv Livre

J’utilise Twitter depuis 2012, de manière transversale. Je ne fais pas un cours « Twitter » mais j’y ai recours régulièrement pour valoriser les écrits des élèves en les rendant publics. A la limite, peu m’importe si ces publications sont lues ou non. Ce qui m’intéresse, c’est de motiver les élèves et de mener un travail « collaboratif » en permettant l’échange avec d’autres classes.

Des enseignants, dont je fais partie, organisent aussi des « twictées » : des dictées partagées sur Internet. Nous demandons à plusieurs petits groupes d’élèves de synthétiser une règle de grammaire ou d’orthographe, sous la forme de twoutils (des messages courts et didactiques) à partir d’erreurs commises par d’autres classes. Autre exemple : je désigne le « tweeteur du jour » qui devient le bloggeur de la classe. Il dispose alors de mon Smartphone pour prendre des photos et doit raconter la vie de la classe. Ce travail les responsabilise, les oblige à faire des choix et participe à développer leur sens critique.

Quels conseils donneriez-vous aux enseignants qui souhaitent se lancer ?

La première chose, c’est qu’il n’y a pas besoin d’être un geek pour se lancer. De multiples usages d’Internet à l’école sont possibles : les réseaux sociaux, les blogs, les espaces numériques de travail… J’ai envie de dire à mes collègues de choisir une entrée qui les intéresse. Il ne faut pas se le cacher, il y a des contraintes, des autorisations légales à demander et des questions à se poser. Mais ce n’est pas plus compliqué qu’organiser une sortie scolaire. Il faut oser utiliser sa liberté pédagogique, se faire confiance et avoir confiance dans les propositions des élèves !