La volonté politique de changer l’école semble s’être « émoussée devant les résistances et les conservatismes », a regretté mardi le président des Cahiers Pédagogiques, Philippe Watrelot, lors des Assises de la pédagogie organisées par l’association qui édite la revue éponyme.

M. Watrelot a dit « les inquiétudes » des militants pédagogiques et des enseignants engagés dans la transformation de l’école, lors de ces Assises intitulées « Le changement, c’est maintenu? », en référence au slogan de campagne de François Hollande et deux ans après la remise du rapport de la concertation pour la refondation de l’école.

« Les compromis concédés ont fait douter de l’efficacité dans certains domaines », a estimé le président de l’association classée à gauche, citant les assouplissements autorisés dans la réforme des rythmes scolaires et pointant l’instabilité ministérielle dans un secteur qui a besoin de continuité.

Alors que l’ancien ministre Vincent Peillon voulait faire la réforme des rythmes le plus tôt possible, l’ex Premier ministre Jean-Marc Ayrault a décidé de lancer une concertation. « On a perdu la fenêtre de tir de l’état de grâce. Après on est rentré dans la période des municipales et ça a pollué tout le reste », a regretté M. Watrelot.

Cette réforme « a occupé tout l’espace » et les ministres n’ont par exemple « pas donné toute l’attention souhaitée » à la formation initiale des enseignants, rétablie par la gauche, a critiqué M. Watrelot, lui-même enseignant à l’Ecole supérieure du professorat et de l’éducation de Paris.

Le gouvernement « s’est épuisé depuis deux ans dans des initiatives sectorielles qui n’ont pas été rattachées à un véritable projet », et il a manqué à la refondation « un slogan ». « On aurait aimé entendre que la refondation a pour enjeu de construire une école vraiment démocratique, lutter contre l’échec ».

« Combien de +Pisa chocs+ faudra-t-il ? », a-t-il relevé, rappelant que l’enquête de l’OCDE sacre la France championne des inégalités scolaires.

A l’actif du gouvernement, il a cité la priorité au primaire, le « plus de maîtres que de classes », la relance de la scolarisation de moins de trois ans, ainsi que l’éducation prioritaire, « dossier qui a peut-être le plus avancé ».

Mais la refondation « ne peut se réduire » à des moyens, « la question centrale est l’évolution de la pédagogie, cela passe par la formation continue qui reste insuffisante ».