Colloque à la Sorbonne : sentir, entendre, voir…dans toutes les langues !

Le Centre de Linguistique en Sorbonne (CeLiSo) organisait début octobre un colloque sur les mots des sens, au travers de plusieurs langues vivantes. Petite présentation.

Présentation du CeLiSo

Le Centre de Linguistique en Sorbonne (CeLiSo), rattaché à l’Ecole doctorale V « Concepts et Langages » de l’université Paris Sorbonne, rassemble des enseignants-chercheurs spécialistes des langues allemande, anglaise, néerlandaise, des langues scandinaves et slaves. Les membres de l’équipe sont très actifs au niveau scientifique et publient des monographies scientifiques et des ouvrages de langue pour tous les niveaux d’enseignement. Ainsi, le professeur Wilfrid Rotgé, directeur du CeLiSo, est co-auteur de la « Linguistique et grammaire de l’anglais », ouvrage bien connu des candidats qui se présentent aux épreuves du CAPES et de l’agrégation d’anglais. L’équipe publie également des manuels et des grammaires pour les élèves du primaire, du collège, du lycée et du premier cycle universitaire.

De nombreuses manifestations scientifiques

Le CeLiSo propose plusieurs manifestations scientifiques, colloques, journées d’études et séminaires, ouvertes au grand public au cours de l’année. La Journée d’étude intitulée « Les mots des sens / le sens des mots », organisée par Irina Thomières, maître de conférences de linguistique russe à l’université Paris Sorbonne, s’inscrit dans cette tradition. Cette manifestation s’est déroulée vendredi 3 octobre et a réuni les chercheurs qui s’intéressent au domaine de la perception et au rapport « perception – langue ». Il s’agissait de recenser et d’analyser les moyens langagiers qui sont à la disposition du locuteur qui souhaite exprimer des sensations d’ordre sonore, olfactif, tactile, gustatif et visuel. La Journée a réuni d’éminents linguistes spécialistes du français, de l’anglais, de l’allemand et du russe qui exercent à l’université Paris Sorbonne, mais aussi à l’INALCO, à Strasbourg, à Nice et à Reims.

« Silence,  slyshat, hervor, zapax morja… »

En ouverture de la Journée, Georges Kleiber, professeur émérite de linguistique générale à l’Université de Strasbourg II, a abordé le fonctionnement du substantif « silence » en français. Il a notamment démontré que l’opposition « silence / bruit » n’allait pas de soi. En effet, « Paul marche sans bruit » est une phrase naturelle, alors que « Paul marche avec du silence » ne l’est pas. De même, « un bruit de voiture » est possible, mais pas un « silence de voiture », « un moment de silence » peut se dire mais pas « un moment de bruit ». La communication de Stéphane Viellard, professeur de linguistique russe à l’université Paris Sorbonne, a porté sur le verbe « slyshat » (sentir, ressentir, éprouver) en russe. Stéphane Viellard a proposé une étude étymologique de ce verbe, qui peut signifier à la fois « entendre » et « sentir par l’odorat ». C’est, en effet, le même verbe que l’on utilise en russe pour dire « je sens l’odeur de l’herbe », et « j’entends le bruissement des feuillages ». Martine Dalmas, professeur de linguistique allemande à l’université Paris Sorbonne, a étudié les verbes de perception en allemand et le rôle des particules telles « hervor », qui permettent d’étonnantes modulations de signification. Par exemple le verbe « sehen » (voir), lorsqu’il apparaît avec la particule « hervor » veut dire « se montrer derrière », « sortir de ». De la sorte, en allemand, « Le soleil se montre derrière les nuages », « les cheveux sortent du casque » sont des phrases qui font figurer un verbe de perception unique.
Irina Thomières s’est intéressée aux noms composés du type « zapax morja »(odeur de la mer), dans lesquels le substantif au génitif (ici, morja – de la mer) exprime la raison d’être de l’odeur. Elle a distingué trois types de substantifs, à savoir ceux qui se rapportent aux noms concrets, aux noms des lieux et aux noms abstraits tout en insistant sur les spécificités de ces trois groupes de substantifs.

Perception-langue : un rapport complexe

Ces quelques exemples montrent que la perception est un sujet complexe et que le rapport « perception – langue » pose de nombreux problèmes théoriques. Si toutes les langues peuvent exprimer des sensations sonores, olfactives, et ainsi de suite, chacune possède une série de particularités que cette Journée a permis de mettre à jour.

Cette Journée transversale, car elle réunit des spécialistes des langues diverses, sera suivie d’une série de manifestations qui réuniront des anglicistes, germanistes, slavisants et spécialistes d’autres langues. Ainsi, le 23 et le 24 octobre 2015, deux chercheurs du CeLiSo, Stéphane Viellard, professeur, et Irina Thomières, maître de conférences, prévoient un colloque intitulé « La Grammaire de la Cause ».

 

Sandra KTOURZA
Relecture : Mme Irina THOMIERES

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