Frédéric Bardeau

Frédéric Bardeau ©Nicolas Friess

Pourquoi est-ce si important d’apprendre le code informatique à l’école ?

Pour de nombreuses raisons. La plus évidente, ce sont les opportunités d’emplois dans les métiers de l’informatique. Dans le livre que j’ai coécrit avec Nicolas Danet, nous avons surtout eu envie d’insister sur la littératie, c’est-à-dire le fait que lire, écrire, compter et coder permet d’être un citoyen plus éclairé. Dans une société envahie d’ordinateurs, c’est un enjeu de citoyenneté de ne pas se laisser dominer par les machines. Il faut commencer le plus tôt possible cet apprentissage du code, et c’est important que cela se fasse en milieu scolaire pour ne pas réserver cette activité aux plus privilégiés.

Vous semblez mettre sur le même plan l’apprentissage du français, des maths et du code. Ces enseignements ont-ils la même importance ?

Le titre de mon livre, « lire, écrire, compter et coder », est une petite provocation. Bien sûr que coder vient après. Mais coder, c’est lire, écrire et compter. Cela permet de balayer le socle commun et d’apprendre de nouvelles choses. De la même manière qu’on ne construit pas une démocratie avec des illettrés, on n’élabore pas une société numérique avec des ignorants du numérique.

Le précédent ministre de l’Education, Benoît Hamon, avait annoncé qu’une initiation au code serait proposée dès septembre 2014. L’actuelle ministre, Najat Vallaud-Belkacem a depuis confirmé cette intention. Les choses vont-elles assez vite ?

Les choses bougent ! D’une part, en juin 2014, un appel à manifestation d’intérêt (AMI) « Culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat », doté de 20 millions d’euros, a été lancé par le ministère de l’Education et Bercy. L’objectif est que les associations comme la nôtre  et les entreprises proposent des solutions pour développer une culture de l’innovation et du code auprès des jeunes. D’autre part, le Conseil supérieur des programmes intègre le code et la littératie numérique dans sa réflexion sur les futurs programmes. Et le 3 octobre dernier, le Conseil national du numérique a rendu un rapport avec des propositions pour bâtir l’école numérique. Preuve que l’école évolue, Simplon est contacté tous les jours pour organiser des ateliers sur le temps périscolaire.

Quel rôle doivent jouer les enseignants ?

Au-delà des déclarations de bonnes intentions, les enseignants s’interrogent légitimement pour savoir qui va assurer l’enseignement du code. On pense naturellement en premier aux professeurs de technologie ou de mathématiques. Mais il ne faudrait pas que cet apprentissage soit sanctuarisé dans une discipline scientifique ou technique. Le code, c’est bien plus que ça : c’est la langue des machines, un art, un loisir, un artisanat même. En tant que langue, pourquoi ne pas imaginer que les profs de français soient impliqués ? Si l’on veut une démocratisation forte de l’apprentissage du code, il ne faut pas d’exclusive disciplinaire. Je suis d’ailleurs surpris que le Conseil national du numérique entérine l’idée d’un CAPES et d’une agrégation d’informatique. Cela me gêne car ça territorialise l’informatique comme une matière scientifique. Il existe un risque, notamment, que les filles se disent « c’est une matière scientifique, ce n’est pas pour moi ». Il serait plus pertinent de former l’ensemble des enseignants dans les ESPE, afin qu’il y ait du code dans toutes les matières. Cela ne va pas se faire du jour au lendemain, mais c’est essentiel car tout le monde peut coder !

Comment faire pour initier les jeunes au langage de la programmation ?

Il existe de nombreuses activités pédagogiques déconnectées d’Internet qui permettent de toucher du doigt la manière dont les ordinateurs « pensent ». Il y a également le logiciel libre Scratch, inventé par le MIT (Institut de technologie du Massachusetts), qui fait autorité dans le monde entier. Conçu pour les petits, il permet de découvrir la grammaire de l’informatique avec une interface graphique très ludique : un petit chat, une tortue… Les enfants s’initient au code sans le savoir, de manière intuitive.