ESPE : « encore des ajustements et des bugs à résoudre »

Un an après leur lancement, les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation sont-elles à la hauteur ? Entretien avec Alain Mougniotte, directeur de l’ESPE de Lyon.

Alain Mougniotte

Alain Mougniotte ©Jean-Luc Dang / ESPE de Lyon

Quel bilan faites-vous au bout d’un an d’existence des ESPE ?

Il nous reste beaucoup de travail mais le bilan est positif. Cette nouvelle formation propose une entrée progressive dans le métier d’enseignant, depuis la Licence 2 avec les emplois d’avenir professeurs, puis avec des stages, d’abord d’observation puis en responsabilité au sein d’une classe : en Master 2 voie A (qui regroupe les étudiants ayant réussi le concours, contrairement à la voie B qui réunit les étudiants ayant validé le M1 mais pas le concours), les étudiants ont 50% de stages et 50% de formation à l’ESPE.

Nous avons dû faire face à quelques difficultés au démarrage, liées à la rapidité de la mise en œuvre et à l’originalité de la réforme de la formation des enseignants. Cette réforme nous oblige à travailler avec les quatre universités de l’académie de Lyon et à harmoniser les différents parcours inscrits dans chaque université. Dans ce contexte nouveau où les partenaires sont très nombreux, je tiens à préciser que les relations avec le rectorat sont saines et très satisfaisantes.

Selon les premiers enseignants sortis d’ESPE, l’organisation a été parfois « chaotique » l’an passé … Tous les problèmes sont-ils réglés ?

Qui fait quoi au sein de l’ESPE ?

L’ESPE de Lyon accueille quelque 3000 étudiants. Comme chaque ESPE, elle dispose de ses propres formateurs : des professeurs des écoles, des enseignants-chercheurs et des professeurs agrégés (PRAG). Spécificité lyonnaise, un pôle de professionnalisation a été mis en place pour « faire le lien entre l’ESPE et le terrain, afin d’articuler la formation initiale et continue ». Au sein de ce pôle de professeurs, on retrouve des universitaires formateurs mais aussi des IPR (inspecteurs pédagogiques régionaux), IEN (inspecteurs de l’Education nationale), PEMF (professeurs des écoles maîtres formateurs), CPC (conseillers pédagogiques de circonscription) et, notamment, des conseillers de la Rectrice.

De tout temps, que ce soit au niveau des écoles normales ou des IUFM et désormais des ESPE, il y a toujours eu de l’insatisfaction concernant la formation. L’an dernier, nous étions dans une année dite « transitoire », avec un M2 ancienne version. Cette année, nous nous trouvons toujours dans une période d’adaptation car c’est la première année où nous accueillons des M2 en MEEF. Il y a encore des ajustements et des bugs à résoudre. Dans l’académie de Lyon, les équipes se sont bien débrouillées quand on sait qu’elles ont dû mettre en place 35 parcours, correspondant à trois mentions MEEF. Cependant, les tensions existantes restent toujours liées à la même problématique : d’une part, la nécessité de délivrer une formation universitaire utile à moyen et à long terme et, d’autre part, le besoin de répondre à l’adaptation des postes de travail dans une visée à court terme.

Les enseignants sont-ils mieux formés qu’avant ?

C’est l’objectif, mais il est trop tôt pour l’affirmer : les premiers étudiants à avoir suivi une formation complète à l’ESPE ne sortiront qu’en juin 2015. Nous avons espoir qu’ils soient mieux préparés à prendre en charge une classe. Ils auront eu un contact renforcé et progressif avec les élèves, avec un co-tutorat des formateurs de terrain et aussi de l’ESPE. Il ne faut toutefois pas se leurrer : les aptitudes à enseigner ne remplacent pas l’expérience. C’est pourquoi nous sommes très soucieux de proposer un accompagnement aux jeunes enseignants au cours de leurs premières années d’exercice.

Comment expliquez-vous que la majorité des lauréats du CAPES 2014 ne soient pas titulaires d’un MEEF, mais d’un master disciplinaire ? Pourquoi doivent-ils malgré tout se former en ESPE ?

De nombreux lauréats du concours sont effectivement déjà titulaires d’un master. Ils sont obligés de consacrer 50% de leur formation dans l’ESPE. Mais il faut rappeler qu’ils sont rémunérés à plein temps, en effectuant un mi-temps dans une classe et un mi-temps en formation au sein de l’ESPE. Nous n’obligeons pas les titulaires d’un master à passer un deuxième master. Toutefois, ils ont une obligation de formation au sein de l’ESPE, servant à la titularisation. Deux critères comptent : l’assiduité et l’investissement au sein de la formation. Selon leur master, nous adaptons le parcours de formation. Pour cela, le recteur a constitué une commission académique chargée d’étudier les différentes catégories de stagiaires relevant de cette adaptation de parcours. Il s’agit de compléter du mieux possible leur formation. Enseigner est un métier qui s’apprend ! Il ne suffit pas d’être spécialiste de sa discipline pour savoir l’enseigner. Il y a des compétences à maîtriser pour que la classe soit prête à entendre le message d’instruction.

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