Histoire-géo en série S : « l’APHG a été trompée ! »

L’histoire-géographie est revenue au programme de terminale S depuis septembre. Le point avec Bruno Benoit, président de l’Association des professeurs d’histoire-géographie (APHG).

Bruno Benoit president APHG

Bruno Benoit, président de l'APHG.

Où en est-on de l’enseignement de l’histoire-géographie en série scientifique au lycée ?

Nous avons obtenu gain de cause, mais non sans mal : l’histoire-géographie est redevenue obligatoire en première et en terminale S cette année. En janvier 2012 lors de nos états généraux, nous avions interpellé les candidats à la présidence de la République sur notre malaise : depuis la réforme du lycée de Luc Chatel en 2010, les lycéens scientifiques passaient l’épreuve d’histoire-géo avec le français en première et l’enseignement n’était plus qu’une option en terminale. Cela nous paraissait incongru que l’histoire-géo disparaisse du bac S car les bacheliers scientifiques ne se dirigent pas tous vers des écoles d’ingénieurs. Et quand bien même, ce n’est pas inutile pour devenir citoyen !

La disparition de l’histoire-géographie du programme de terminale S, pendant deux années scolaires (2012-2013 et 2013-2014), est-elle préjudiciable ?

Pendant ces deux ans, il y avait la possibilité de suivre une option, ouverte à peu près dans tous les lycées. Mais dès qu’il y avait une contrainte, horaire par exemple, seuls les élèves les plus motivés suivaient l’option. Il y a eu une perte indiscutable que j’ai constatée au niveau du bac +1 à Science Po Lyon : des élèves, qui n’avaient pas suivi la préparation au lycée, avaient un manque de repères historiques. Surtout, la part des terminales S a diminué aux concours d’entrée des IEP, au profit des ES et des L qui ont continué à avoir de l’histoire-géo.

Le volume horaire de l’histoire-géographie en S est-il redevenu satisfaisant ?

Absolument pas ! Sur ce point, l’APHG a été trompée. On nous avait laissé entendre que le volume horaire allait être rétabli. Avant 2010, les élèves suivaient 6h d’histoire-géo par semaine en première et en terminale. Puis après la réforme Chatel, le volume est descendu à 4h en première S et 2h en option en terminale S. On est à 4h30 aujourd’hui, avec 2h30 en première et 2h en terminale. Nous espérions au minimum 5h, non pas par corporatisme mais pour proposer un enseignement correct. En 2h30 on fait du TGV, on surfe sur les grandes questions sans avoir le temps de répondre à toutes les questions des élèves. Les horaires restent indécents !

Quelles sont vos autres préoccupations ?

Nous avons trois autres motifs de mécontentement. D’une part, la mise en place de l’enseignement moral et civique au collège : plusieurs experts en charge de ce dossier au Conseil supérieur du programmes (CSP) nous avaient assuré que les historiens géographes étaient les plus à même d’assurer cet enseignement. J’ai écrit personnellement à Najat Vallaud-Belkacem (ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) mais pour l’instant, on ne voit rien venir.

D’autre part, nous dénonçons la charge de travail trop importante au sein des ESPE, en master 2, pour les jeunes collègues qui ont réussi le CAPES ou l’agrégation. Ils sont en poste et on les oblige de manière infantilisante à suivre des enseignements, avec des horaires trop lourds, pour être titularisés.

Enfin, nous aimerions être consultés sur l’élaboration des programmes. Les professeurs d’histoire-géographie sont mal à l’aise car les programmes changent tout le temps. Nous aimerions faire en sorte qu’ils durent afin que les collègues se les approprient. En mars, nous avions été consultés, puis plus rien… On s’achemine vers des tensions qui ne sont vraiment pas nécessaires.

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8 commentaires sur "Histoire-géo en série S : « l’APHG a été trompée ! »"

  1. expression  5 octobre 2014 à 11 h 07 min

    Peut-on être d’un autre avis ?Signaler un abus

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  2. expression  6 octobre 2014 à 19 h 36 min

    Il fallait comprendre « Peut-on être d’un autre avis » que l’APHG, évidemment.
    Pourquoi un moindre recrutement des S à l’entrée des IEP pose-t-il ?Signaler un abus

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  3. Clionautes  21 octobre 2014 à 9 h 18 min

    Il est tout à fait possible d’être d’un autre avis que celui de l’APHG. Le véritable problème n’est pas celui d’une crispation sur la présence ou non d’une discipline au baccalauréat, mais bien celui des contenus et de la fonction formatrice de la discipline histoire-géographie. Nul ne gagnera quoi que ce soit à un affrontement de corporatismes, qui n’est d’ailleurs pas l’exclusivité de l’histoire et la géographie.Signaler un abus

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