André Antibi

André Antibi

Peut-on se passer de notes à l’école et au collège ?

En maternelle et peut-être même jusqu’à 7 ou 8 ans, je suis favorable à l’absence de notes et d’appréciations. Ensuite, pour aider l’élève à s’orienter et pour ne pas déstabiliser les familles, l’évaluation reste nécessaire. Mais peu importe qu’il s’agisse de notes, de lettres ou de couleurs, ce n’est pas le problème essentiel ! Le mal dont souffre l’école est plus profond. Il repose sur ce que j’appelle la « constante macabre ». Cela semble surréaliste mais en France, les enseignants se sentent obligés, sous la pression de la société, de mettre des mauvaises notes. De manière inconsciente, ils préservent un pourcentage d’échec dans une classe. L’enseignant qui ne met que des bonnes notes passe pour un laxiste. Cet échec artificiel est un terrible dysfonctionnement. De nombreux élèves en échec scolaire ne le méritent pas. Les premières victimes sont les élèves des milieux défavorisés, ceux qui ne peuvent pas se faire aider chez eux. Le danger, c’est de faire croire qu’on va régler le problème de l’évaluation en France en supprimant les notes. Pendant 20 ans, j’ai moi-même inconsciemment pratiqué cette constante macabre. J’étais persuadé qu’un bon sujet d’examen à l’université devait donner lieu à une moyenne de classe de 10/20, c’est-à-dire à l’échec d’une moitié d’élèves environ. Et puis j’ai eu un déclic, macabre lui aussi : je me suis rendu compte que je faisais mal mon métier.

Vous préconisez l’évaluation par contrat de confiance (EPCC). De quoi s’agit-il ?


J’ai mis au point ce dispositif pour aider les enseignants à se débarrasser de ce phénomène de constante macabre. Concrètement, une semaine environ avant le contrôle, il s’agit de donner aux élèves une liste de questions, relatives au programme scolaire, déjà traitées et corrigées en classe. Les élèves savent que le sujet sera essentiellement constitué de certaines questions de la liste. S’en suit une séance de questions-réponses, un ou deux jours avant le contrôle, au cours de laquelle les élèves demandent au professeur des explications sur des points de la liste de révision qu’ils n’ont pas compris. On ne donne pas le sujet à l’avance, mais on ne cherche pas à prendre l’élève au dépourvu. L’EPCC a été expérimentée de 2005 à 2008 auprès de milliers d’élèves. Environ 50 000 enseignants la pratiquent aujourd’hui. Et il ressort que les élèves travaillent beaucoup plus avec ce système. Autres effets bénéfiques : amélioration du climat de confiance en classe et du bien-être des élèves ; le professeur apparaît comme un vrai partenaire de l’élève et les relations avec les parents se trouvent améliorées. Avec l’EPCC, il ne reste environ que 10% d’élèves en échec, mais il ne s’agit alors pas d’échec artificiel, les élèves peuvent être orientés convenablement.

L’apprentissage « par cœur » n’est-il pas un risque ?

Si l’on fait un contrôle par mois, la phase d’évaluation ne représente qu’un douzième du temps scolaire environ. Tout le reste concerne la phase d’apprentissage. C’est sur ce temps-là qu’il est recommandé de proposer aux élèves quelques activités innovantes, complexes et sources d’obstacles, mais sans notes. En France, l’apprentissage « par cœur » est connoté péjorativement. Tous nos médecins sont-ils idiots ? Evidemment non ! Le par cœur est nécessaire. On ne peut d’ailleurs pas restituer, si l’on n’a pas compris. C’est une caricature de mettre d’un côté l’apprentissage « intelligent » et d’un autre le par cœur.

L’EPCC s’inscrit-elle dans « l’évaluation positive », voulue par le ministère , qui repose sur une grille de compétences ?

Instituer un contrat de confiance avec l’élève va dans le sens d’une évaluation positive. Mais j’insiste : il ne s’agit pas de mettre des bonnes notes à tout le monde, ce serait rendre un mauvais service aux élèves. L’idée de l’EPCC, c’est vraiment de récompenser sans piège un élève qui travaille.