Enseignement professionnel : « la situation se dégrade ! »

Jérôme Dammerey, co-secrétaire général du Syndicat national unitaire de l'enseignement professionnel (Snuep-FSU), est exaspéré. Pour lui, l’enseignement professionnel public est laissé-pour-compte.

Jérôme Dammerey

Jérôme Dammerey

Comment se déroule la rentrée dans l’enseignement professionnel ?

Difficilement ! Sur les 54 000 nouveaux postes promis (dans les écoles, collèges et lycées) par François Hollande sur la durée de son mandat, nous sommes les parents pauvres. Il n’y a pas de postes réellement fléchés pour l’enseignement professionnel. Comme dans l’ensemble du second degré, nous sommes particulièrement confrontés à des problèmes de recrutement : 24,5% des collègues n’ont pas été recrutés, lors des concours du certificat d’aptitude au professorat de lycée professionnel (CAPLP), soit 1069 places perdues. Résultat : la situation se dégrade ! Bon de nombre de lycées ne disposent pas de tous leurs professeurs dans les disciplines professionnelles. On fait toujours appel à des contractuels, mais ils ne sont pas toujours bien formés.

Pourquoi y a-t-il « un malaise » des enseignants en filière pro ?

Pour plusieurs raisons. Il y a une augmentation de la charge de travail, liée notamment à la généralisation du contrôle en cours de formation (CCF), mis en place depuis quatre ans, ce qui signifie des sujets à élaborer, des épreuves à organiser puis à corriger… Ces CCF sont une véritable usine à gaz. Et puis les décrets modificatifs des statuts des enseignants du second degré sont tournés, pour l’essentiel, vers les enseignants certifiés et agrégés, sans tenir compte de professeurs de lycée professionnel (PLP) .

Autre problème : dans certaines filières, les remises à jour de diplôme sont trop rapides et insuffisamment accompagnées. En bac pro gestion-administration, par exemple, ça évolue tellement vite que les collègues ne savent plus comment faire.

Il y a néanmoins quelques mesures qui vont dans le bon sens, comme la remise en place d’épreuves terminales au bac pro, pour trois disciplines dites « à faible horaire » : l’économie-gestion ; l’économie-droit ; et la PSE (prévention santé environnement). Mais ce changement n’interviendra pas avant la rentrée 2015… En ce qui concerne le bilan des trois voies du lycée et celui de la mise en place du bac pro en 3 ans, on nous renvoie depuis deux ans à des discussions ultérieures. On ne voit rien venir et on sent bien que l’enseignement professionnel n’est pas la priorité.

Pour quelles raisons les Segpa (Sections d’Enseignement Général et Professionnel Adapté) sont-elles « en danger » ?

La loi de refondation de l’école fait de l’inclusion des élèves une priorité. C’est très bien, à condition que cela n’entraine pas la disparition des structures dédiées à l’enseignement adapté, comme nous le craignons. Les Segpa sont des structures qui fonctionnent ! Nous sommes favorables à une meilleure intégration des Segpa aux collèges, mais nous restons attachés à un parcours de formation en 4 ans pour ses élèves et aux moyens spécifiques qui leurs sont alloués.

Qu’attendez-vous de la nouvelle ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem ?

Qu’elle fasse évoluer, à tous les niveaux, l’image de l’enseignement professionnel et qu’elle prenne de réels engagements pour valoriser cet enseignement. Il faut reconnaître les missions spécifiques des PLP qui permettent de qualifier les jeunes les plus éloignés de la culture scolaire. Cela passe par une revalorisation salariale mais aussi de l’image du métier. Or pour l’instant, nous demeurons exclus des dispositifs d’éducation prioritaire. Il faudrait aussi une politique de pré-recrutement et la mise en place de réels parcours de formation adaptés dans les ESPE  pour pallier le déficit de candidats aux CAPLP. On parle peu des PLP, car nous sommes relativement peu nombreux et l’enseignement professionnel reste encore trop mal connu. J’ai bien écouté le discours de rentrée de la ministre : elle n’a pas vraiment parlé de l’enseignement professionnel. J’attends qu’elle en fasse une priorité. Un tiers des élèves se dirigent vers l’enseignement professionnel, ce n’est pas rien !

1 commentaire sur "Enseignement professionnel : « la situation se dégrade ! »"

  1. patator  13 septembre 2014 à 14 h 36 min

    La France n’aime pas ses profs. Ils font partie des moins bien payés de l’OCDE. Qu’elle ne s’inquiète pas cela va se payer cash, mais d’une autre façon et il n’y a pas que dans les lycees pro que ça craque.Signaler un abus

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