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Les enfants exposés avant 3 ans à des applications, même pédagogiques, sur écrans tactiles n’ont pas de meilleurs résultats scolaires que les autres, selon une étude américaine présentée en mai dernier.

Pour déterminer si l’utilisation des écrans tactiles avant 3 ans avait un impact (positif ou négatif) sur le développement cognitif, les scientifiques ont interrogé 65 familles, dont 63 possédaient un appareil à écran tactile (tablette, smartphone…). 70 % d’entre elles ont signalé que leur enfant utilisait cet appareil, l’âge moyen de la première utilisation étant de 11 mois. Les usages les plus courants étaient le visionnage d’émissions pédagogiques (30 %), l’utilisation d’applications pédagogiques (26 %), la manipulation sans but particulier des boutons de l’écran (28 %).

Les « bénéfices pédagogiques » des écrans non prouvés

Pour justifier cette exposition précoce, 60 % des parents mettaient en avant les « bénéfices pédagogiques » des appareils à écran tactile pour le développement de l’enfant. Mais en comparant les usages avec les résultats des enfants à différents tests de développement cognitif et linguistique, les scientifiques n’ont pas observé de différence notable entre les scores des utilisateurs d’écrans et des non-utilisateurs.

En revanche, ceux qui utilisent les appareils pour des activités « non éducatives » obtiennent un moins bon score aux tests de développement linguistique que ceux qui en font un usage pédagogique. Mais les scientifiques n’y voient pas forcément une relation de cause à effet : « les enfants dont le développement du langage est plus lent peuvent préférer jouer à des jeux non-éducatifs », soulignent-ils.

La relation parents-enfants, le meilleur vecteur d’apprentissage

Pour le docteur en pédiatrie Ruth Milanaik, qui a participé à l’étude, « la technologie ne pourra jamais remplacer l’interaction parent-enfant. La meilleure façon de stimuler votre enfant, de le pousser à apprendre, est encore de lui parler ».

Un avis partagé par plusieurs experts, comme le phi­lo­sophe et spé­cia­liste des tech­no­lo­gies numé­riques Bernard Stiegler. « Entre 0 et 3 ans, un enfant com­mu­nique de manière essen­tiel­le­ment motrice. Mais cette motri­cité se trouve court-circuitée par les médias audio­vi­suels. Résultat, les enfants ont de grandes dif­fi­cul­tés au niveau du lan­gage et de l’écri­ture », expliquait-il en mai dernier. Bernard Stiegler précisait toutefois qu' »il ne s’agit pas d’interdire tel ou tel type d’écran mais de créer des rap­ports à ces tech­no­lo­gies dic­tés, non pas par le mar­ke­ting, mais par des pra­tiques éducatives ».

Il ne faudrait donc pas interdire aux enfants d’utiliser les écrans, mais cadrer cette utilisation, à la maison comme à l’école. Un défi de taille pour le ministère de l’Education nationale et son grand plan pour le développement du numérique à l’école, lancé fin 2012.