L’été des profs : « je perds un peu de mon identité »

Chaque vendredi de juillet, un professeur revient sur l'année écoulée et dévoile le contenu de ses vacances. Entretien avec Florian Beys, professeur d’anglais dans un collège à Dunkerque.

Comment s’est déroulée votre année scolaire et avez-vous le sentiment du « devoir accompli » ?

Je suis soulagé ! C’était une année spéciale : après avoir été vacataire pendant quatre ans, j’ai obtenu le CAPES  et donc le droit d’être enseignant stagiaire. Mes débuts ont été très stressants et chargés car, en plus de mes 18 heures de cours hebdomadaires, j’étais en formation chaque jeudi dans un établissement différent. Une fois l’inspection passée en avril dernier, l’atmosphère s’est détendue.

J’éprouve aussi un sentiment d’accomplissement, surtout quand des élèves viennent vous voir pour demander s’ils pourront vous avoir l’année prochaine. C’est un déchirement de leur répondre qu’en tant que « rookie » (débutant) de l’Education nationale, les chances de les retrouver à la rentrée sont très maigres car je suis amené à bouger.

Qu’allez-vous faire pendant vos vacances ?

J’ai posé mon cartable le 4 juillet et je ne compte pas le rouvrir de si tôt ! L’an prochain, je vais être TZR . Et comme je n’ai pas encore mon affectation, il est difficile de préparer des cours sans savoir si je vais être en collège ou en lycée. Je devrais être fixé mi-août. Je pourrai alors commencer à préparer la première séquence de chaque niveau dont j’aurai la charge. Mon angoisse, c’est mon anglais. Le niveau reste assez basique au collège. Résultat : on perd très vite. Pour y remédier, je prévois quelques séjours dans des pays anglophones cet été. Cela permet de faire un break et de pratiquer en même temps.

Deux mois de vacances, n’est-ce pas trop ?

Si, sans doute. Personnellement, je ne vais pas m’en plaindre, mais à la rentrée il est très difficile de récupérer les élèves après deux mois de coupure, d’autant plus au collège. On a l’impression qu’il y a eu un aspirateur à cerveau pendant l’été. Seuls quelques enfants bien suivis par leurs parents ont conservé leur niveau, les autres ont déconnecté. Le mois de septembre n’est pas de trop pour leur redonner des habitudes de travail. Alors chiche, rabotons les vacances d’été, mais en échange d’un allégement du nombre d’heures de cours par semaine pour les élèves !

Comment allez-vous aborder la rentrée ?

Avec impatience ! Je fais partie de ces enseignants qui perdent un peu de leur identité pendant les vacances. Je ne suis jamais aussi épanoui que devant les élèves. J’attends donc de connaître mon affectation pour pouvoir préparer ma première séquence. Cela me permet de me concentrer sur la gestion de classe. Au collège particulièrement, la première heure et a fortiori le premier mois sont déterminants. Sauf surprise, je vais sûrement me retrouver dans un établissement sensible de la banlieue dunkerquoise à la rentrée. Mais je n’ai pas trop la pression. J’ai exercé quatre ans au lycée, je connais donc les programmes. Et cette année, j’ai enseigné au collège. J’ai vraiment le sentiment d’être paré, après avoir été « formaté » pendant un an. Un de mes amis m’appelle la « machine à créer des séquences ». C’est dire !

Dans un monde idéal, que voudriez-vous changer pour que votre métier soit parfait ?

La communication entre les différents degrés de l’Education nationale est à améliorer. Le fameux « mammouth » existe dans une certaine mesure, avec une inertie et parfois de l’incompréhension entre les différents degrés d’enseignement. Et depuis quelques années, les enseignants souffrent d’une mauvaise image auprès du public. Nous en sommes partiellement responsables car notre corporation se plaint beaucoup. Il faudrait nous montrer sous un autre jour. Surtout, nous gagnerions à travailler davantage les uns avec les autres : administration, parents, enseignants et élèves compris.

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.