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Pouvez-vous présenter le sujet de la conférence de presse du 11 juillet ?

Nous étions 32 maires de l’Essonne et du Val-de-Marne, rassemblés pour expliquer pourquoi nous n’appliquerons pas la réforme des rythmes scolaires à la rentrée 2014. Nous avons présenté un manifeste, qui sera adressé à Benoît Hamon, reprenant nos revendications et les raisons pour lesquelles nous n’ouvrirons pas nos classes le mercredi 3 septembre, mercredi de la rentrée.

Pourquoi rejetez-vous la réforme des rythmes scolaires ?

Parce que nous n’avons ni les locaux, ni le personnel, ni les moyens de la mettre en œuvre. Pour les communes comme Yerres, ça représente environ 550 000 euros, elles sont incapables de dégager une telle somme ! Si encore l’expérience de certaines communes en cours avait prouvé que la réforme avait un intérêt pour le cursus scolaire des enfants, on aurait pu se « saigner » financièrement, car l’argument financier ne doit pas être le seul. Mais ce n’est pas le cas.

Cette réforme oublie en plus l’ensemble des enfants handicapés qui fréquentent l’Ecole de la République, qui ne sont pas concernés par le périscolaire. Et qu’en est-il des personnels de santé, orthophonistes, psychologues, qui reçoivent les enfants le mercredi et ne travaillent pas le samedi ? Certains enfants seront obligés de rater l’école le mercredi pour pouvoir s’y rendre.

Il faudra aussi m’expliquer pourquoi M. Hamon accepte que la Guyane ne bénéficie pas de la réforme. C’est une inégalité de territoire et de traitement qui n’est pas sérieuse.

Vous avez déposé un recours au Conseil d’Etat pour faire abroger le décret. Où en est votre action ?

Elle représente l’un de nos espoirs majeurs. Nous avons lancé deux procédures : une au Conseil d’Etat, donc, et une au tribunal administratif. Pour le Conseil d’Etat, nous avons reçu au mois de mai la réponse de l’Education nationale, qui dit en substance que cette réforme ne coûte rien aux communes. Donc nous avons rédigé un mémoire en réponse, que nous avons déposé il y a une semaine, et nous avons bon espoir que le Conseil d’Etat juge cette affaire dans le courant du mois de juillet. Nous espérons également que le tribunal administratif traitera notre cas au mois de juillet.

Juridiquement, si le Conseil d’Etat trouve que ce décret est légal, malheureusement… je ne dis pas qu’il ne me restera que mes yeux pour pleurer, mais ce serait désespérant ! Car je peux vous dire que les arguments de nos avocats sont extrêmement sérieux. Si l’Etat n’a attaqué que quelques délibérations sur les quelques milliers qui ont été prises contre les rythmes scolaires, ce n’est pas le fruit du hasard, c’est parce que l’Etat est extrêmement inquiet sur la validité juridique de ce décret.

Que risquez-vous si vous maintenez les 4 jours malgré l’interdiction ?

Le plus grand risque est que le maire soit suspendu par le préfet ou qu’il soit démis de ses fonctions. Vous pensez bien que ce n’est pas sérieux ! J’étais même prêt l’autre jour à me suspendre tout seul, à une grue par exemple, en disant « suspendez-moi » ! Le décret ne prévoit aucune pénalité, donc l’Etat est très désarmé. Dans ma commune nous avons eu une réunion avec les parents, et les choses sont claires, ils présenteront leurs enfants aux horaires que nous avons fixés. Et je ne sais pas ce que l’Etat peut faire.

Que proposez-vous alors pour remplacer la semaine de 4 jours, l’Académie de médecine ayant reconnu qu’elle était néfaste pour les enfants ?

Je ne suis pas du tout contre une réforme des rythmes scolaires ! J’étais en conférence de presse il y a quelques semaines avec Claire Leconte, chronobiologiste, qui me disait que le décret Peillon, modifié Hamon, est une catastrophe. Je pense qu’il aurait fallu avoir le courage de supprimer des vacances scolaires et d’étaler les jours.

Par exemple, cela a été refusé, mais la commune de Sceaux, à une époque, avait proposé de réduire un peu les vacances scolaires et de faire venir les enfants 17 samedis matin. Juste les samedis matins « pourris », pour parler très mal. Ceux où il n’y a pas le pont de la Pentecôte, pas la fête des mères ou des pères, ceux du mois de janvier où l’on ne part pas en week-end… Les meilleurs rythmes scolaires c’est les samedis matins, tout le monde le sait, mais personne ne l’a voulu, et l’Education nationale encore moins que les autres ! Je n’ai qu’un exemple, sur 196 communes, où le samedi matin a été accepté en Essonne. Alors que si on oppose l’argument de la chronobiologie, il est évident que c’est le samedi matin qui doit être privilégié.

Plutôt que de s’occuper des rythmes, il faudrait qu’il n’y ait pas 28 ou 30 enfants par classe, une partie des problèmes de scolarité serait résolue !