L’été des profs : « il faut cesser de réduire l’année universitaire »

Les enseignants sont en congés et pourtant certains travaillent l’été. Chaque vendredi de juillet, un professeur revient sur l'année écoulée et dévoile le contenu de ses vacances. Entretien avec Christiane Depierreux, maître de conférences en biologie végétale à l’université d’Orléans.

Christiane Depierreux maître conférences université Orléans

Christiane Depierreux

Comment s’est déroulée votre année universitaire ? Avez-vous le sentiment du « devoir accompli » ?

Les cours sont terminés depuis fin avril pour les étudiants. Mais pas l’année universitaire… Après la 1ère session d’examens, corrections, jurys, puis la 2ème session, il y avait encore des jurys jusqu’à la semaine dernière. Et comme je suis directeur des études de la deuxième année de Licence, j’ai dû gérer les jurys pour environ 120 étudiants. Je suis donc vraiment en vacances depuis le 14 juillet. Mon sentiment est mitigé car je suis toujours un peu déçue par le faible taux de réussite des étudiants. Il y a énormément d’échec en première année et dans une moindre mesure en seconde année. On se dit qu’on aurait aimé en faire réussir plus.

Qu’allez-vous faire pendant vos vacances ?

Je coupe complètement pendant un mois, en allant au bord de la mer. J’en ai besoin car il va falloir reprendre d’arrache-pied le 1er septembre, sachant que je vais me replonger dans l’organisation de mes cours, 8 ou 15 jours avant la rentrée. J’emmène toujours dans mes valises quelques bouquins en lien avec ma discipline. J’essaie de me tenir à jour des dernières parutions susceptibles d’intéresser mes étudiants. Comme je n’ai pas le temps de les lire pendant l’année, j’essaie de rattraper mon retard l’été. Et puis comme tout enseignant-chercheur, je dois assurer un volet recherche. Et comme je travaille sur du vivant, cet été je serai obligée de repasser ponctuellement dans mon laboratoire. Je garderai un œil sur mes cellules en culture, au moins toutes les deux semaines.

Comment allez-vous aborder la rentrée ?

En septembre, j’aurai des étudiants de troisième année mais aussi de première année de licence. Les L3, je les connais, ils savent pourquoi ils sont là et c’est très agréable de travailler avec eux. Avec les L1, c’est plus délicat car ils sont plus nombreux, on ne les connaît pas à l’avance, et certains sont là « par hasard ». Cela signifie, concrètement, plus de 200 étudiants en amphithéâtre. Depuis l’avènement des ordinateurs portables en amphi, certains ne sont pas très attentifs. J’aimerais qu’on puisse brouiller le wifi en amphi mais ce n’est pas autorisé. Car pendant que certains travaillent, je sais pertinemment que d’autres regardent des vidéos ou sont sur Facebook. Être en concurrence avec Internet, ce n’est pas facile à gérer.

Dans un monde idéal, que voudriez-vous changer pour que votre métier soit parfait ?

Ce qu’il faudrait c’est plus de secrétaires pour nous épauler, car le travail administratif est devenu trop important. Je suis parfois obligée de faire moi-même de la saisie administrative. Et puis il faut cesser de nous réduire notre année universitaire. On commence en septembre, c’est très bien, mais on termine fin avril avant les vacances de Pâques. C’est une catastrophe. Je travaille dans le monde végétal et, ça peut paraître stupide, mais les fleurs fleurissent en mai. Résultat : depuis que l’année universitaire est aussi courte, il n’est plus possible d’aller sur le terrain avec les étudiants.

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