L’été des profs : « ce n’est pas que du repos ! »

Les enseignants sont officiellement en congés depuis le 5 juillet. Chaque vendredi de juillet, un professeur revient sur l’année écoulée et dévoile le contenu de ses vacances. Entretien avec Stéphanie Fouquet, enseignante d’italien dans le Nord.

Stéphanie Fouquet

Stéphanie Fouquet

Comment s’est déroulée votre année scolaire et avez-vous le sentiment du « devoir accompli » ?

Deux choses ont marqué la fin de l’année scolaire : le passage du diplôme national du brevet par mes élèves de troisième et l’examen du baccalauréat pour les terminales. Leur taux de réussite est un indicateur du travail de toute l’équipe éducative. Or dans mon établissement, pour le brevet, le taux de réussite s’élève à 99,7 : un élève ne l’a pas eu, c’est réconfortant. Le dernier conseil de classe de troisième et toutes les orientations réussies font plaisir aussi.

Et puis à la fin de l’année, comme je suis TZR et que j’ai annoncé à mes élèves que j’allais quitter l’établissement, j’ai reçu une petite carte avec des mots gentils et un petit cadeau. C’est très touchant. Au lycée, je garde le contact avec mes élèves, même après le bac, via une boîte e-mail. Et je suis ravie car ils ont bien réussi, avec des notes excellentes. C’est d’autant plus une satisfaction quand on a des élèves de L, évalués par des examinateurs extérieurs le jour du bac. Pour les ES et les S, c’est différent puisqu’on les note nous-mêmes à deux reprises en cours d’année, ce qui compte pour 50% de la note finale.

Qu’allez-vous faire pendant vos vacances ?

Ce n’est pas que du repos ! A la rentrée, c’est nouveau pour moi, je vais avoir en charge des sections franco-italiennes Esabac. Ces élèves ont 4h par semaine de langue et de littérature italiennes, plus un enseignement d’histoire géographie en italien, et à la fin des trois années de lycée ils décrochent un double diplôme : le bac et son équivalent italien, l’Esame di Stato. Donc, cette année particulièrement, les vacances vont être courtes. En juillet, je me bloque 15 jours pour travailler seule et avec des collègues, notamment sur la progression que je vais pouvoir mettre en place à la rentrée. Si je veux un mois de septembre relativement serein, je suis obligée d’en passer par là. J’ai déjà fait l’expérience de couper en juillet mais rentrer de vacances le 15 août, je trouve ça plus difficile. En août, je partirai en vacances à l’étranger, en version « sac à dos », car j’ai besoin de me ressourcer. Le problème de cette organisation, c’est de se remettre immédiatement au travail car, comme beaucoup d’enseignants, j’ai terminé l’année sur les rotules.

Deux mois de vacances, n’est-ce pas trop ?

On n’a pas tout à fait deux mois de vacances ! J’ai arrêté le 4 juillet et je reprends le 1er septembre. Et durant cette période, il y a un temps consacré à renouveler ses connaissances. Quand on enseigne une matière en évolution, comme les langues, on est obligé de se documenter, de pratiquer et de regarder des films en VO. Je vais aussi emmener en vacances des œuvres au programme de la section Esabac et des lectures orientées vers la pédagogie. Il m’est arrivé aussi de profiter des vacances pour suivre des séminaires en Italie. C’est indispensable mais je ne pourrais pas le faire si j’avais moins de congés…

Comment allez-vous aborder la rentrée ?

Comme un beau défi ! Et avec aussi un peu d’inquiétude. Quand on est TZR, Il faut redécouvrir un établissement, un fonctionnement, savoir sur qui on peut compter… Et puis il faut remontrer patte blanche pour trouver sa place, ce qui parfois prend du temps.

Dans un monde idéal, que voudriez-vous changer pour que votre métier soit parfait ?

Je constate que la charge de travail a énormément augmenté : cela fait 19 ans que j’enseigne et il y a de plus en plus de réunions et de tâches administratives. Le cahier de texte en ligne est un très bon outil, mais chronophage. Surtout, les livrets de compétences et le socle commun au collège ont décuplé la charge de travail : on est dans l’évaluation permanente. Et au lycée, je passe un temps fou à trouver mes supports pédagogiques, au-delà des manuels scolaires. Et puis peut-être que ce qui nous manque encore à tous c’est la reconnaissance de notre métier, de la part des parents, des élèves, de l’opinion publique. Quand j’entends: « vous avez de la chance, vous avez plein de vacances ! », je propose à mon interlocuteur de devenir prof. C’est amusant car en général il répond « Certainement pas, je ne pourrais pas ! »

1 commentaire sur "L’été des profs : « ce n’est pas que du repos ! »"

  1. Loys Bonod  11 juillet 2014 à 10 h 37 min

    D’après le MEN les professeurs des disciplines générales dans le secondaire consacrent en moyenne une vingtaine de jours de vacances, dont un peu moins de la moitié en été, à travailler : ce qu’il appelle les « jours de congés travaillés » (sic)
    Source : http://www.laviemoderne.net/humeurs/75-colere-rentree#7Signaler un abus

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