ÉSPÉ : quel bilan au bout d’un an ?

Ouvertes le 1er septembre 2013, en remplacement des IUFM, les ÉSPÉ viennent de former leurs premiers étudiants. Fraîchement diplômés, plusieurs d’entre eux confient – à quelques réserves près - se sentir plutôt bien « outillés » pour gérer leur classe à la rentrée.

© muharrem öner/iStockphoto

Dans deux mois, les premiers enseignants formés en ÉSPÉ (écoles supérieures du professorat et de l’éducation) se retrouveront seuls face à leur classe. Pendant un an, les lauréats des concours enseignants 2014 – qui ont validé leur master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) – seront alors professeurs stagiaires, encadrés par un maître formateur.

En janvier dernier, plusieurs de ces apprentis enseignants, conscients d’essuyer les plâtres, n’hésitaient pas à critiquer le démarrage des nouvelles écoles du professorat. Le contexte était un peu particulier puisque, en raison du lancement des ÉSPÉ, l’année de M2 était considérée comme « transitoire » : les étudiants en deuxième année ont dû à la fois préparer et passer le concours en mars, suivre les cours de master et valider un mémoire, tout en assurant plusieurs stages pratiques.

« Le mémoire a été mon boulet »

Six mois plus tard, le stress est retombé. Sabrina, en deuxième année de master MEEF « premier degré » à l’ÉSPÉ de Bonneuil-sur-Marne (UPEC) se dit soulagée : « ma formation m’a été très utile, j’ai étudié tous les niveaux de la petite section de maternelle jusqu’au CM2. Je me sens prête à enseigner, notamment grâce aux stages ! » Mathilde (prénom modifié), en M2 à l’ÉSPÉ d’Amiens, souligne que l’année a été bien remplie mais aussi « mal organisée » : « ce qui était compliqué, c’était de devoir gérer de front le master, la préparation du concours et nos activités d’enseignement. Personnellement, j’ai fait le minimum de travail dans ma classe, pour me concentrer sur mes révisions. » Sabrina est du même avis : « Le mémoire, coefficient 13, a été mon boulet. Faute de temps, j’ai été ajournée à la première session et en juin, je n’ai plus fait que ça, je n’en pouvais plus. »

« L’organisation va s’améliorer »

Mais Mathilde insiste : « l’an prochain, l’organisation va s’améliorer ! Les M1 ont passé le concours cette année et du coup ils n’auront plus cette charge en M2. Ils pourront se concentrer sur leurs stages et le mémoire. » Sauf les « reçus-collés », qui ont obtenu le passage en M2 mais pas le concours… Pour eux, le déroulement de l’année suscite encore bon nombre d’interrogations.

Morgane, elle, vient de valider sa première année de Master à l’ÉSPÉ de Saint-Germain-en-Laye : « je suis globalement satisfaite, j’ai le sentiment d’avoir été très bien préparée dans les disciplines importantes, telles que les maths et le français. En revanche, ce qui m’a manqué c’est la didactique. On ne nous a pas appris à transmettre nos connaissances ni, par exemple, à repérer les erreurs des élèves. Malgré quatre semaines de stages, dont deux d’observation, la première année reste à mon goût trop théorique. »

Des failles « surtout humaines »

Les principaux axes d’amélioration de la formation ? De l’avis de Mathilde, rejoignant une critique formulée dans un récent rapport sénatorial sur les ÉSPÉ, « il faut que tous nos intervenants soient en prise direct avec les élèves et la réalité de notre futur métier. Pour ma part, j’ai été suivie par un enseignant de mathématiques du secondaire. Résultat : je n’ai eu que très peu de conseils sur comment enseigner dans le 1er degré, c’était aberrant ! » L’autre principal point noir concerne les affectations, jugées « trop tardives », lors des stages : « d’une part, nous avons été prévenus trois jours avant notre prise de fonction », regrette Sabrina, « et d’autre part, certains ont dû jongler sur 4 voire 5 niveaux en deux semaines. Comment préparer sérieusement les choses dans ces conditions ? Sans compter que nous devions remplacer des enseignants en congés ou en formation qui n’étaient souvent eux-mêmes pas prévenus… »

« Les failles sont surtout humaines, cela dépend des ÉSPÉ et des profs », résume Mathilde qui prévoit de travailler encore 15 jours dès qu’elle sera fixée sur son affectation, vers le 14 juillet. Afin, dit-elle, d’être « tout à fait prête » pour sa première rentrée.

1 commentaire sur "ÉSPÉ : quel bilan au bout d’un an ?"

  1. Pedro Cordoba  11 juillet 2014 à 22 h 57 min

    Votre article commence très mal. Vous écrivez :

    « Dans deux mois, les premiers enseignants formés en ÉSPÉ (écoles supérieures du professorat et de l’éducation) se retrouveront seuls face à leur classe. Pendant un an, les lauréats des concours enseignants 2014 – qui ont validé leur mas¬ter MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) — seront alors professeurs stagiaires, encadrés par un maître formateur. »

    Or, valider un master MEEF n’est pas du tout obligatoire pour présenter les concours d’enseignement, n’importe quel master fait l’affaire. Ce n’est pas seulement là une possibilité légale laissée aux candidats. C’est surtout le choix massif (et rationnel) qu’ils ont eux-mêmes opéré. C’est ainsi que la dernière note d’information de la DEPP (mai 2014) donne des chiffres sidérants : seulement 17 % des lauréats des concours du secondaire sont titulaires d’un master MEFF ! Les autres ont fait un master disciplinaire. Autrement dit, les Espé sont des rafiots à la dérive, peuplés d’étudiants en échec dont ils ne savent que faire. Les Espé « professionnalisent » des étudiants qui n’enseigneront jamais et les candidats qui réussissent sont ceux qui ont choisi d’éviter le piège des masters MEFF.

    On peut lire dans le même sens le rapport présenté au Sénat le 11 juin dernier et le débat dont j’extrais les phrases suivantes : « L’inscription dans ces masters [d’enseignement] semble aujourd’hui plus pénalisante pour les étudiants. En effet, le parcours de formation qui a été retenu est pensé pour les étudiants réussissant le concours du premier coup, ce qui est loin d’être la majorité des cas. Cela pose, comme avec la réforme Chatel, le problème des « reçus-collés », car des étudiants collés mais extrêmement motivés veulent évidemment retenter leur chance. Le concours en master 1 a même aggravé les choses : pour pouvoir bénéficier d’une année de préparation, certains étudiants envisagent de ne pas valider leur année de master 1, afin de pouvoir redoubler. » Bref, la réalité confirme point par point ce que j’avais prévu il y a déjà plus d’un an : voir http://pedrocordoba.blog.lemonde.fr/2013/05/20/limbroglio-des-espe-chronique-dun-desastre-annonce/Signaler un abus

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