© muharrem öner/iStockphoto

Dans deux mois, les premiers enseignants formés en ÉSPÉ (écoles supérieures du professorat et de l’éducation) se retrouveront seuls face à leur classe. Pendant un an, les lauréats des concours enseignants 2014 – qui ont validé leur master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) – seront alors professeurs stagiaires, encadrés par un maître formateur.

En janvier dernier, plusieurs de ces apprentis enseignants, conscients d’essuyer les plâtres, n’hésitaient pas à critiquer le démarrage des nouvelles écoles du professorat. Le contexte était un peu particulier puisque, en raison du lancement des ÉSPÉ, l’année de M2 était considérée comme « transitoire » : les étudiants en deuxième année ont dû à la fois préparer et passer le concours en mars, suivre les cours de master et valider un mémoire, tout en assurant plusieurs stages pratiques.

« Le mémoire a été mon boulet »

Six mois plus tard, le stress est retombé. Sabrina, en deuxième année de master MEEF « premier degré » à l’ÉSPÉ de Bonneuil-sur-Marne (UPEC) se dit soulagée : « ma formation m’a été très utile, j’ai étudié tous les niveaux de la petite section de maternelle jusqu’au CM2. Je me sens prête à enseigner, notamment grâce aux stages ! » Mathilde (prénom modifié), en M2 à l’ÉSPÉ d’Amiens, souligne que l’année a été bien remplie mais aussi « mal organisée » : « ce qui était compliqué, c’était de devoir gérer de front le master, la préparation du concours et nos activités d’enseignement. Personnellement, j’ai fait le minimum de travail dans ma classe, pour me concentrer sur mes révisions. » Sabrina est du même avis : « Le mémoire, coefficient 13, a été mon boulet. Faute de temps, j’ai été ajournée à la première session et en juin, je n’ai plus fait que ça, je n’en pouvais plus. »

« L’organisation va s’améliorer »

Mais Mathilde insiste : « l’an prochain, l’organisation va s’améliorer ! Les M1 ont passé le concours cette année et du coup ils n’auront plus cette charge en M2. Ils pourront se concentrer sur leurs stages et le mémoire. » Sauf les « reçus-collés », qui ont obtenu le passage en M2 mais pas le concours… Pour eux, le déroulement de l’année suscite encore bon nombre d’interrogations.

Morgane, elle, vient de valider sa première année de Master à l’ÉSPÉ de Saint-Germain-en-Laye : « je suis globalement satisfaite, j’ai le sentiment d’avoir été très bien préparée dans les disciplines importantes, telles que les maths et le français. En revanche, ce qui m’a manqué c’est la didactique. On ne nous a pas appris à transmettre nos connaissances ni, par exemple, à repérer les erreurs des élèves. Malgré quatre semaines de stages, dont deux d’observation, la première année reste à mon goût trop théorique. »

Des failles « surtout humaines »

Les principaux axes d’amélioration de la formation ? De l’avis de Mathilde, rejoignant une critique formulée dans un récent rapport sénatorial sur les ÉSPÉ, « il faut que tous nos intervenants soient en prise direct avec les élèves et la réalité de notre futur métier. Pour ma part, j’ai été suivie par un enseignant de mathématiques du secondaire. Résultat : je n’ai eu que très peu de conseils sur comment enseigner dans le 1er degré, c’était aberrant ! » L’autre principal point noir concerne les affectations, jugées « trop tardives », lors des stages : « d’une part, nous avons été prévenus trois jours avant notre prise de fonction », regrette Sabrina, « et d’autre part, certains ont dû jongler sur 4 voire 5 niveaux en deux semaines. Comment préparer sérieusement les choses dans ces conditions ? Sans compter que nous devions remplacer des enseignants en congés ou en formation qui n’étaient souvent eux-mêmes pas prévenus… »

« Les failles sont surtout humaines, cela dépend des ÉSPÉ et des profs », résume Mathilde qui prévoit de travailler encore 15 jours dès qu’elle sera fixée sur son affectation, vers le 14 juillet. Afin, dit-elle, d’être « tout à fait prête » pour sa première rentrée.