L’été des profs : « raccourcir les grandes vacances, cela ne me choquerait pas »

L’année scolaire s’achève pour les 841 700 enseignants du premier et du second degré. Que ressentent-ils à l’aube des « grandes » vacances ? Chaque vendredi de juillet, un enseignant se confie. Céline Rungeard, professeur des écoles près de Poitiers, est la première.

celine rungeardComment s’est déroulée votre année scolaire ? Avez-vous le sentiment du « devoir accompli » ?

Là, tout de suite, je suis fatiguée ! Cela fait 7 ans que j’enseigne et la fin de l’année est toujours très difficile. Il y a quantité de tâches à gérer, d’autant plus que j’occupe un poste « fractionné » : j’enseigne à mi-temps dans une classe de maternelle, dans une deuxième école j’effectue un quart temps avec d’autres élèves de maternelles, et dans une troisième école un second quart temps avec des CE1/CE2. Du coup, le sentiment du devoir accompli varie selon les classes. Quand on s’occupe d’une classe un jour par semaine, le lien affectif avec les élèves reste limité. On ne dispose pas d’une vue d’ensemble, c’est un peu frustrant. Mais si je regarde en arrière, comment les enfants ont progressé et dans quelle mesure on les a aidés, c’est la satisfaction qui l’emporte.

Qu’allez-vous faire pendant vos vacances ?

Me reposer et travailler un peu aussi. Début juillet, il y a toujours une bonne semaine durant laquelle on range l’école et on termine le travail inachevé. Dans mon cas, comme je change d’école tous les ans, j’ai encore plus d’affaires à rassembler. Ensuite, je vais partir en vacances puis, à partir de la mi-août, je me remettrai au travail en dressant une programmation des activités, incluant période par période les apprentissages à traiter et à évaluer. Tout dépendra du niveau dont j’aurai la charge. Mais j’emporte toujours dans mes valises au moins un livre sur la pédagogie. L’an dernier par exemple, comme je savais que j’allais m’occuper de maternelles, je me suis intéressée aux processus d’apprentissage chez les petits.

Deux mois de vacances, n’est-ce pas trop ?

Nous avons justement débattu, il y a quelques jours, avec des collègues. Je m’interroge. C’est vrai que nous avons besoin de temps pour que la pression retombe. Mais j’ai été très déçue par la réforme des rythmes scolaires. J’ai l’impression qu’on revient à la semaine de 4 jours et demi telle qu’elle existait déjà avant 2008. Je m’attendais à ce qu’on se retrousse les manches et qu’on réfléchisse en profondeur aux rythmes des enfants, quitte à raccourcir les grandes vacances. Personnellement, cela ne me choquerait pas. Plusieurs spécialistes disent clairement que deux mois de coupure, c’est trop long pour les enfants, notamment pour les élèves en difficultés. Evidemment, il ne faudrait pas qu’on nous retire deux semaines de vacances, sans toucher au reste de l’année. Mais si les horaires étaient moins lourds pendant l’année, pourquoi pas…

Comment allez-vous aborder la rentrée ? Appréhendez-vous la mise en place des nouveaux rythmes ?

Je suis plutôt sereine… jusqu’à deux jours avant la rentrée. A la fin des vacances, on se sent plein de motivation, on a envie de découvrir sa nouvelle classe et d’essayer de mettre en place de nouvelles choses. J’ai travaillé dans des écoles déjà à 4,5 jours dans la Vienne. Cette organisation ne me perturbe pas. J’ai même l’impression que c’est plutôt mieux pour les enfants, souvent plus réceptifs le matin.

Dans un monde idéal, que voudriez-vous changer pour que votre métier soit parfait ?

Baisser les effectifs dans les classes. Les créations de postes d’enseignants ne compensent pas les suppressions qui ont eu lieu les années précédentes. Avec cinq ou six enfants de moins dans une classe, le changement est énorme. Cette année, j’ai eu 27 élèves de CE1/CE2 et c’était trop. A l’inverse, l’an dernier, j’étais en charge à temps complet d’une classe à quatre niveaux, dans une petite école, avec 14 élèves. C’était gratifiant car à la fin de l’année, je savais précisément le chemin parcouru par chaque enfant. De 20 à 22 élèves, c’est l’idéal pour travailler convenablement.

7 commentaires sur "L’été des profs : « raccourcir les grandes vacances, cela ne me choquerait pas »"

  1. DEDE  4 juillet 2014 à 16 h 34 min

    Ben voyons !Signaler un abus

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  2. Profencolère  4 juillet 2014 à 18 h 52 min

    Mais pourquoi parler tout le temps de vacances alors que les prof travaillent pendant l’été pour ranger leur classe, pour préparer leur rentrée, réactualiser certains cours, prendre possession des nouveaux programmes, lire … ? Disons 2 à 3 semaines.
    Un mois sans traitement, je n’appelle pas ça des vacances non plus. donc il reste 2 à 3 semaines de vraies vacances.
    Si on raccourcit les « vacances » d’été, il restera notre mois sans traitement.
    N’y a-t-il pas des limites à la vocation ? Rien d’étonnant à ce que les profs ne soient plus respectés…Signaler un abus

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  3. arimortacci  5 juillet 2014 à 20 h 11 min

    Du temps libre ; c’est le seul truc qui nous reste alors raccourcir les grandes vacances : non. Le mois de juillet est un mois de convalescence non payé d’ailleurs, il nous reste le mois d’août pour en profiter.Signaler un abus

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  4. Charles  8 juillet 2014 à 10 h 03 min

    @Profencolère : vous participez à entretenir une rumeur tenace (mais une rumeur quand même) selon laquelle les enseignants français ne seraient pas rémunérés pendant les deux mois de vacances d’été. C’est un mythe : http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2012/12/10/la-duree-legale-de-conge-annuel-des-profs-est-de-5-semaines.htmlSignaler un abus

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  5. Boulu  12 juillet 2014 à 8 h 40 min

    Toute ma carrière, j’ai souhaité avoir moins de vacances et plus de temps avec mes élèves. Ca permettrait de moins se presser pendant l’année scolaire. Donc, pour moi, c’est oui à la réduction des vacances.Signaler un abus

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