« Le métier d’enseignant est assez ‘sportif' »

Fabrice Erre, 40 ans, est enseignant agrégé d’histoire-géographie. Auteur de bande dessinée, il vient de publier "Une année au lycée", un album qu’il présente lui-même comme un "guide de survie en milieu lycéen". Rencontre.

Fabrice Erre

Fabrice Erre

Vous présentez votre dernière BD comme un « guide de survie » en milieu lycéen. Est-ce si difficile que cela d’enseigner aujourd’hui ?

La mention « guide de survie » a simplement un caractère comique. Cet album n’a pas l’ambition d’apporter une solution ou une méthode pour s’en sortir. Je ne suis pas sûr que la question soit de savoir s’il est plus difficile d’enseigner aujourd’hui plutôt qu’hier, mais plutôt à tel ou tel endroit. J’ai commencé ma carrière dans un collège de Mantes-la-Jolie (Yvelines) dont les élèves venaient de quartiers défavorisés, ce qui était plus tendu et plus fatigant que dans le lycée où je me trouve actuellement. Quoiqu’il en soit, le métier d’enseignant est assez « sportif », puisqu’il s’agit de conduire, chaque heure, un groupe d’adolescents dont l’énergie doit être canalisée vers un but que vous avez choisi unilatéralement.

Quel est le secret pour être un prof heureux ?

Pour être un prof heureux, il faut être à même de déployer soi-même de l’énergie, donc se sentir reposé, soutenu, être en mesure de se concentrer sur le fond de son métier – enseigner – plutôt que sur des tâches annexes. Et puis surtout il faut rire de temps en temps, en lisant une bonne bande dessinée par exemple !

Peut-on enseigner avec humour ?

L’humour peut avoir des vertus pédagogiques mais expose à trois risques majeurs :
– les élèves prennent ce que vous dites au pied de la lettre, et vous restituent sans aucun recul dans les copies ce que vous avez dit en plaisantant.
– les élèves trouvent votre humour daté et lamentable, ce qui ne manque pas de creuser le fossé vous séparant d’eux.
– les élèves estiment que vous êtes vraiment drôle et se permettent d’entrer dans une logique de rigolade permanente et collective dont on ne peut plus sortir, et qui pulvérise la nécessaire autorité de l’enseignant.

Le bac a-t-il encore une utilité ou pensez-vous, comme Michel Fize, qu’il devrait être supprimé ?

Je laisse aux spécialistes le soin de réfléchir sur l’utilité du Bac. Ce sujet est abordé dans ma bande dessinée, pour montrer que tout le monde a un avis là-dessus mais n’arrive pas nécessairement à ses conclusions par un raisonnement cohérent. Entendre des arguments purement comptables, par exemple, me paraît assez navrant. Cela pourrait peut-être faire l’objet d’un sujet de philo : « le bac doit-il être utile ? »

Quel regard portez-vous sur l’enseignement de l’histoire géographie aujourd’hui ?

Je porte un regard à hauteur d’homme, de pratique quotidienne. C’est une discipline complexe qui nécessite de la part des élèves beaucoup de méthode et de connaissances, dans laquelle il est long de faire des progrès. Le professeur doit éviter de les perdre, ce qui demande un travail attentif sur la manière de construire les cours, de mener les corrections des devoirs… Les programmes en histoire peuvent renforcer la confusion chez certains élèves, car ils sont essentiellement thématiques et force est de constater que la plupart d’entre eux ne maîtrisent pas le cadre chronologique très vaste dans lequel nous évoluons : 2 500 ans en tout.

Quels retours avez-vous eus suite à la parution de votre BD ?

J’ai eu des retours de collègues sur mon livre, tous positifs. Aucune remarque de mes supérieurs hiérarchiques ni des élèves pour l’instant. Cette bande dessinée est sortie assez récemment, l’information ne leur est sans doute pas encore parvenue. Cela dit, c’est une activité que je mène depuis quelques années maintenant, et elle suscite peu de réactions ; les élèves qui s’y intéressent ont en général la bonne idée de ne pas venir m’en parler dans le cadre de la classe, mais à l’occasion de festivals par exemple.

1 commentaire sur "« Le métier d’enseignant est assez ‘sportif' »"

  1. cerise  4 juillet 2014 à 16 h 35 min

    Une pensée émue pour notre collégue d’Albi ainsi qu’à sa famille et à la communauté éducative de l’école primaire.Signaler un abus

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