Etude TALIS : seuls 5% des enseignants français estiment que leur métier est valorisé

Métier déconsidéré, formation continue déficitaire, faiblesse des enseignements pédagogiques, peu de retours sur leurs pratiques... Les enseignants français ne sont pas assez accompagnés et encouragés, selon l'étude TALIS de l'OCDE.

Etude TALIS OCDE Eric Charbonnier

Eric Charbonnier, analyste pour l'OCDE, a présenté hier les résultats de l'étude internationale TALIS menée auprès de quelque 100.000 enseignants du secondaire.

A peine 4,9% des enseignants français en collège ont « l’impression que la profession d’enseignant est valorisée dans la société », contre 30,9% en moyenne dans les 34 pays de l’OCDE, selon les résultats de l’étude TALIS 2013 à laquelle la France participait pour la première fois.

« C’est une statistique très inquiétante ! Quand on parle de valoriser le métier d’enseignant et d’attirer les jeunes, il y a une vraie réflexion à mener », a souligné Eric Charbonnier, analyste pour l’OCDE, lors de la présentation des résultats ce mardi.

Toujours d’après cette étude, menée auprès de plus de 100.000 enseignants et chefs d’établissement du premier cycle du secondaire dans 34 pays, 6 professeurs français sur 10 (58,4%) estiment que les avantages du métier ne compensent pas ses inconvénients. Malgré tout, les enseignants restent majoritairement satisfaits de leur travail (à 86,4%).

Formation déficitaire

Outre un manque de reconnaissance, les professeurs français connaissent de sérieux problèmes de formation. Or, la dernière étude PISA sur les performances des élèves dans les pays de l’OCDE confirme que ce sont les pays qui insistent le plus sur la formation des enseignants qui obtiennent les meilleurs résultats.

Au niveau de la formation initiale, le contenu est encore trop disciplinaire et théorique : 42,1% des professeurs s’estiment en effet « très peu ou pas du tout » préparés à la pratique pédagogique dans leur discipline ! La moyenne de l’OCDE se situe à 11,4% seulement : les Français établissent un triste record. Un point que pourrait toutefois venir corriger la réforme des ESPE.

En ce qui concerne la formation professionnelle, la France fait encore figure de mauvais élève, alors que « la formation continue est au moins aussi importante que la formation initiale pour qu’un système éducatif soit efficace », rappelle Eric Charbonnier. « La formation continue est vraiment déficitaire en France, en termes d’accès, de participation, d’intensité et de cible », assène-t-il.

Trois enseignants français sur quatre participent à des actions de formation, contre 9 sur 10 en moyenne pour l’OCDE, alors que ces formations sont subventionnées. La durée de ces formations est beaucoup plus réduite qu’ailleurs, quatre jours en moyenne pour un atelier par exemple, contre huit jours dans les autres pays étudiés. Les professeurs dénoncent notamment un manque d’incitation à participer et l’inadéquation des formations proposées avec leurs besoins. Ils réclament davantage de contenu sur le conseil et l’orientation des élèves, sur l’approche pédagogique pour individualiser l’enseignement et s’adapter aux élèves à besoins spécifiques, et surtout, une formation à l’usage des nouvelles technologies (TICE).

Evaluations sans intérêt

D’autre part, les enseignants français souffrent d’un manque de retour sur leurs pratiques. Les inspections, réalisées par des personnes extérieures à l’établissement, sont pratiquement la seule source d’évaluation. Il y a peu de retours de collègues ou du chef d’établissement, et très peu de collaboration entre enseignants, « qui sont un peu livrés à eux-mêmes au sein des établissements », constate Eric Charbonnier.

« Aujourd’hui, la France est assez atypique dans cette forme d’évaluation unique », ajoute l’analyste. En outre, les enseignants français n’attendent pas grand-chose des inspections et ne sont pas encouragés à s’améliorer : seuls 14% d’entre eux estiment que l’évaluation peut déboucher sur des avantages, des récompenses, ou des responsabilités accrues pour les enseignants les plus efficaces. Dans le même temps, 6 enseignants sur 10 considèrent que l’évaluation n’a qu’un rôle administratif, sans impact réel sur l’évolution de carrière par exemple.

A Singapour, dont le système éducatif est l’un des plus performants, de nombreuses formes d’évaluation coexistent afin que les enseignants puissent améliorer leur pratique professionnelle. Le ministère de l’Education propose aux enseignants méritants trois parcours d’évolution professionnelle : vers un rôle de formateur, un poste d’encadrement ou de direction au sein d’un établissement ou du ministère, ou encore un travail de « spécialisation » et d’approfondissement des connaissances autour des nouvelles questions éducatives.

En conclusion, la France doit encore travailler sur les quatre axes d’actions prioritaires recommandés par l’OCDE : attirer les meilleurs étudiants en revalorisant le métier, former les enseignants tout au long de leur carrière, accompagner les enseignants au-delà de la première année, et retenir les enseignants avec des perspectives d’évolution. L’étude TALIS démontre que « les enseignants ne sont pas figés, comme on peut l’entendre dire », souligne Eric Charbonnier. « Il y a des possibilités de réformes. »

7 commentaires sur "Etude TALIS : seuls 5% des enseignants français estiment que leur métier est valorisé"

  1. Tantqueça  25 juin 2014 à 15 h 12 min

    On se demande qui sont les 5 pour 100 (matières, âge, grade, fonction…) ? Si vous avez des chiffres plus précis…
    Peut-être les 5 pour 100 de profs en détachement ? Ou des profs en formation ? Ou en longue maladie ?
    Faire une étude pour savoir qu’en France on se plaît à casser du prof et donc à casser notre école, il suffit de tendre l’oreille ou de lire… Si on rajoute à ça les conditions de travail et la charge de travail…
    Quel(s) journaliste(s) et quel(s) homme(s) politique(s) aura(ont) le courage de dire la vérité et d’informer l’opinion sur la véritable condition enseignante et sur le danger de continuer d’utiliser les enseignants comme bouc émissaire ?Signaler un abus

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  2. Jan Vanier  25 juin 2014 à 18 h 12 min

    Une idée comme une autre : pouvoir prendre de vraies responsabilités fonctionnelles, celles actuellement « squattées » par les agents du mille feuilles administratif (proviseurs etc.) sans pour autant être obligé de lâcher totalement l’enseignement.
    Condition sine qua non pour garder les pieds sur terre et ne pas tomber dans le « yakafocon » des dirigeants qui n’ont jamais à appliquer leurs décisions sur le terrain parce qu’ils n’ont pas de classe en responsabilité (et le décollage est rapide !).
    Mais pour cela il faudrait d’abord éliminer quelques couches du mille feuilles administratif qui pèse – mais alors qui pèse ! – sur la profession.Signaler un abus

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  3. Alain Astouric  25 juin 2014 à 23 h 28 min

    Prof ce n’est pas un métier alimentaire !
    Il faut non seulement en avoir envie, mais aussi connaître le fond et en troisième lieu être formé à la pédagogie. En l’absence de techniques et savoir-faire pédagogiques le message devient insignifiant, faute de réappropriation par les intéressés
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  4. sandrine  27 juin 2014 à 13 h 03 min

    A Singapour, preuve tangible que le métier d’enseignant est valorisé, les lycéens qui choisissent de s’engager dans les études menant à l’enseignement voient leurs études financées par l’Etat:

    « Singapour sélectionne avec soin des jeunes gens parmi le tiers le plus performant des lycéens de Terminale, que le gouvernement souhaite particulièrement attirer vers l’enseignement, en leur offrant un traitement (« stipend » = traitement, appointement) mensuel , alors qu’ils sont encore en cours de scolarité, dont le montant est concurrentiel par rapport au salaire de début de carrière des autres débouchés s’offrant aux diplômés. En échange, ils doivent s’engager à enseigner au moins 3 années. De solides capacités académiques sont considérées comme essentielles, de même que l’investissement. » (rapport OCDE 2011)

    A Singapour, pas de pénurie de profs titulaires. En France, pénurie de profs titulaires, et qui s’aggrave. CQFD.Signaler un abus

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  5. Antoine  28 juin 2014 à 10 h 48 min

    La valorisation du métier d’enseignement est rare. Il faudrait commencer par valoriser toutes les disciplines et en ayant, par exemple, une évaluation multi-disciplinaire au brevet tout en gardant le même nombre d’évaluations (une épreuve maths/sciences avec 3 exos de math, 1 exo de physique chimie, 1 exo de SVT et 1 exo de technologie). Le respect d’un professeur passe aussi par le respect de sa discipline.Signaler un abus

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