Roland Kastler

Roland Kastler

Le bac pro est-il une filière d’avenir ?

Il a été créé en 1985 pour valoriser la voie professionnelle et permettre aux jeunes d’accéder directement au monde du travail. Jusqu’à il y a cinq ans, le diplôme se préparait en quatre ans après la classe de 3e, contre trois ans pour décrocher le bac général ou technologique. Cette année « supplémentaire » dissuadait certains jeunes d’emprunter cette voie.

Aujourd’hui, le bac pro représente dans certains secteurs d’activités le premier niveau de qualification attendu et reconnu. Son obtention constitue donc un moyen d’accès direct à l’emploi dans ces secteurs, et un atout déterminant pour être recruté par une entreprise, comme par exemple dans le secteur de la maintenance industrielle. Mais il faut regarder ensuite de plus près la situation dans chaque filière. Par exemple, le bac pro comptabilité seul ne suffit pas : il est nécessaire de poursuivre vers un BTS pour avoir une bonne chance d’être embauché. C’est la raison pour laquelle l’Education Nationale propose désormais aux élèves, ou apprentis qui en ont la motivation et les capacités, de préparer un BTS après un bac pro.

Ainsi, la voie professionnelle avec ses trois premiers niveaux de formation et de qualification (CAP, Baccalauréat professionnel et BTS) représente une filière d’avenir.

Le Bac pro en 3 ans a-t-il permis de « changer les regards » comme le souhaitait Xavier Darcos, ministre de l’éducation au moment de son instauration en 2009, puis Vincent Peillon ?

Il n’existe pas encore d’étude significative pour démontrer que davantage de collégiens s’orientent vers le bac pro en trois ans. Ceci étant, pour avoir été Conseiller du Recteur d’Aix-Marseille, j’ai constaté un nouvel intérêt de la part d’un certain nombre de collégiens pour s’orienter vers la voie professionnelle alors qu’ils avaient le « niveau » pour rester en formation générale. Il est probable qu’il s’agit d’une des causes de la forte augmentation du nombre de candidats au baccalauréat professionnel.

Le bac pro trouve peu à peu sa place aux côtés des autres bacs. Pour autant, l’évolution du « regard » de la société dans son ensemble à l’égard de la voie professionnelle reste très lente : on commence progressivement à parler du bac pro, notamment en cette période d’examens, mais la plupart des gens considèrent encore qu’il s’agit d’un « bac inférieur aux autres », alors qu’il permet de valider des compétences différentes.

Le bac pro constitue-t-il un rempart contre le chômage ?

Un rempart non, mais un atout indiscutable lorsque l’on observe les critères de recrutement des entreprises pour un premier emploi. Les diplômes professionnalisants (CAP, Bac pro, BTS, Licence pro, Master pro, Ingénieurs, etc..) ont une valeur bien supérieure sur le marché du travail, par rapport aux diplômes généraux qui ne sont qu’une étape avant la poursuite d’études.

Comment mieux orienter les élèves vers les bacs pros qui ont les meilleurs débouchés ? 86 bacs pros différents, n’est-ce pas un peu beaucoup ?

Ce n’est pas le nombre de bacs pros qui pose problème, même si certains intitulés sont trop « abstraits » et donc à revoir. Il faut effectuer un travail de fond pour valoriser davantage les filières professionnelles et technologiques à leur juste place, dès le collège. Il faut cesser de marginaliser les jeunes en leur disant, comme c’est encore trop fréquemment le cas, que s’ils ne travaillent pas assez, ils iront en filière professionnelle. On peut penser que l’organisation d’un Parcours de découverte des métiers et des formations (PDMF) qui vient d’être remplacé pour tous les élèves par le PIODMEP (Parcours d’Information, d’Orientation et de Découverte du Monde Economique et Professionnel) devrait leur permettre de mieux s’informer et réfléchir en temps utile à leur orientation. Mais tout dépendra de son organisation…

Environ 8% des bacheliers professionnels poursuivent leurs études à l’université. Comment expliquer cette tendance et sont-ils suffisamment outillés pour y réussir ?

Toutes les statistiques mettent en évidence que malheureusement la quasi-totalité des bacheliers professionnels échouent à l’université, non parce qu’ils ne sont pas « compétents », ils sont d’ailleurs souvent déjà relativement autonomes du fait de leurs périodes de formation en entreprise, mais parce qu’il y a un « delta » important dans certains domaines généraux ou académiques. Il est donc préférable, s’ils en ont la motivation et les capacités, qu’ils poursuivent en BTS (voire en DUT.) Trop fréquemment, ils s’inscrivent à l’université « par défaut ». Faute, souvent, de moyens financiers et parce qu’ils peuvent ainsi bénéficier, au moins pendant un an, de la sécurité sociale étudiante et parfois d’une bourse.