Eric Favey

Eric Favey

Quelles sont les évolutions notables dans le projet de « socle de connaissances, de compétences et de culture « que vient de rendre public le CSP ?

Il y a d’abord un souci de continuité. Bien que le socle précédent soit théoriquement installé depuis la loi du 23 avril 2005, il n’est pas totalement intégré dans les pratiques de l’école. Le CSP a donc voulu signifier que le socle de connaissances, et son acquisition par tous les élèves à l’issue de la scolarité obligatoire, est un outil de la recherche d’égalité et de justice sociale dans l’école. Nous avons aussi voulu que les compétences et les connaissances soient constitutives du socle. Le reproche fait au texte précédent, c’est d’être un peu « fourre-tout » et de mêler les compétences, les capacités, les attitudes et les contenus. Cette fois, nous avons pris le parti d’élaborer un socle référence pour la déclinaison des programmes d’enseignement des différents cycles.

Enfin, le socle a été rendu plus lisible et plus ramassé. Désormais, les 8 compétences clés pour l’éducation , définies par le Parlement européen, sont présentes au travers des 5 grands domaines de formation que nous proposons.

Que répondez-vous aux critiques qui trouvent ce nouveau texte « trop vague » ?

Il faut le lire dans le détail, c’est un texte d’intentions fortes ! Le socle va maintenant être décliné par cycle, en reprenant chacun des domaines, et en définissant les compétences plus fines à acquérir, les connaissances, et la manière de les évaluer. Le socle est le chapeau général des programmes scolaires, qui sont en cours de déclinaison.

Le diplôme national du brevet (DNB) va-t-il disparaître, comme l’aurait récemment déclaré Denis Paget ?

Denis Paget n’a pas dit ça ! Il a expliqué qu’on ne peut pas avoir un double système, avec d’une part l’évaluation du socle, qui vérifie l’acquisition des 5 grands domaines, et d’autre part un diplôme sans rapport, prétendant sanctionner les programmes de la scolarité obligatoire. Le travail n’est pas terminé, nous allons remettre une proposition au ministre cet été pour que le brevet devienne vraiment la concrétisation de la validation du socle. Avec évidemment une part déterminante d’évaluation continue et, peut-être, une épreuve consécutive qui permette de recueillir des informations complémentaires sur les acquisitions.

Le CSP préconise la mise en place d’une « évaluation positive permettant de valoriser différents niveau de réussite ». L’idée n’est pas nouvelle, qu’est-ce que cela signifie ?

En cohérence avec la loi de refondation de l’école, l’évaluation est faite par cycle et non pas par classe. Il s’agit donc de mettre en place des indicateurs pour apprécier ce que les élèves ont appris à l’issue de chacun des cycles, même si les enseignants auront sans doute besoin de guides pour mesurer année après année les acquis de l’élève. La logique de la moyenne et de la compensation n’existe plus. Nous proposons une échelle de validation, avec un niveau minimum requis, comme cela se pratique déjà dans bon nombre de pays européens.

La démission d’Alain Boissinot, de la présidence du CSP, ne remet-elle pas en cause la crédibilité de la réforme des programmes scolaires ?

La présidence du CSP est un élément symbolique important, en terme de dynamique d’entraînement du travail. Mais nous sommes 17 autres membres ! C’est un peu méprisant de penser que le CSP se résume uniquement à son président. Cinq groupes techniques mobilisent plus de 100 personnes en permanence ! Néanmoins, la démission d’Alain Boissinot modifie momentanément la dynamique. Il appartient donc au ministre de le remplacer rapidement. En attendant, Anny Cazenave, vice-présidente, assure l’intérim et il n’y a pas de vacance du conseil.

Partagez-vous le point de vue d’Alain Boissinot qui, dans une interview accordée au journal Le Monde, estime que le CSP n’a pas les moyens de ses missions ?

Les missions confiées au CSP sont extrêmement importantes. La question de la révision des programmes, régulièrement repoussée, est fondamentale. Il faut y apporter une réponse, sinon ce sera un élément du discrédit de la refondation. Je pense que le CSP a les moyens de travailler. Alain Boissinot, sans doute, a été déçu par le fait que nos premières propositions ont immédiatement suscité une forme de guerre civile. Seule la France a cette malheureuse habitude, alors que tous les autres pays européens font évoluer leur système éducatif par la négociation et la recherche du consensus.