Financement de l’éducation : « la performance n’est pas encore au cœur du système »

Le dernier numéro de la Revue de Sèvres du CIEP dresse un panorama des modes de financement de l'éducation dans le monde. Son coordonnateur, Thierry Chevaillier, nous en livre un aperçu.

Thierry Chevaillier IREDU université Bourgogne

Thierry Chevaillier, chercheur à l'IREDU-Université de Bourgogne, a coordonné le dernier numéro de la Revue de Sèvres du CIEP.

Thierry Chevaillier, professeur émérite d’économie de l’éducation à l’Université de Bourgogne et chercheur à l’IREDU, a coordonné le dernier numéro de la Revue internationale de Sèvres du CIEP, consacré au « Financement de l’éducation » dans le monde.

« La scolarité obligatoire, qui dure de 6 à 15 ans selon les pays, est quasiment partout financée à 100% par l’Etat », remarque-t-il. Mais dans certains pays, il y a un investissement important des familles dans les cours extrascolaires, « y compris en France », difficile à chiffrer car « déconnecté » du système éducatif traditionnel.

Dans d’autres Etats, comme la Finlande, cette dépense de soutien scolaire privé n’existe presque pas : « les enseignants finlandais ont la responsabilité de faire réussir tous les élèves, et on y met les moyens. En France, absolument pas, du moins en ce qui concerne le soutien des élèves en difficulté dans le secondaire. »

L’Etat essaie de contrôler l’enseignement privé par les financements

Impossible de traiter du financement de l’éducation sans évoquer la rivalité public-privé. « Partout, l’enseignement privé débute anarchiquement – puis quand il attire de bons étudiants et devient important, l’Etat essaie systématiquement de reprendre la main par le biais des financements. » En Angleterre par exemple, le gouvernement achète des places dans les établissements privés prestigieux, pour que les élèves défavorisés y aient accès.

Mais l’Angleterre offre aussi un exemple « caricatural » de mécanismes du marché privé adoptés par l’enseignement public : « il y a un libre choix des établissements par les parents, qui ont accès à des informations sur les performances. Ensuite, les financements publics dépendent du nombre d’élèves, donc de l’attractivité des établissements : on les a rendu concurrentiels. »

L’idée d’un financement « à la performance » commence à émerger en France, mais cela n’a rien d’une révolution : « en Allemagne, on a inventé les initiatives d’excellence deux ou trois ans avant la France », indique Thierry Chevaillier.

Financement éducation revue sèvres 65

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L’influence du classement de Shanghai

Dans l’enseignement supérieur, plus proche de l’emploi, la situation est différente de celle du secondaire : « on va demander aux entreprises de financer, ou aux étudiants, sur la base de leurs revenus futurs. »

En Russie et dans la plupart des anciens pays communistes, les établissements universitaires fonctionnent sur un financement mixte particulier : jusqu’à la moitié des places dans les filières d’élite sont gratuites – payées par le gouvernement – et réservées aux meilleurs étudiants. Dans le même temps, des étudiants moins bons mais aisés peuvent payer pour leur place. Ainsi, les établissements les plus performants ont accès aux fonds qui les maintiennent dans l’excellence.

Partout dans le monde, les questions de financement des universités sont « de plus en plus liées au classement de Shanghai, pour faire remonter quelques universités dans le classement. » La France vise aujourd’hui d’avoir à terme « 10 universités dans le top mondial », contre quatre actuellement.

Outre l’impact des classements, une nouvelle justification pour les différences de financement émerge dans les discours politiques, selon Thierry Chevaillier : « Aujourd’hui, vous dites que « c’est pour l’innovation », et ça passe ! »

En France, la culture de la performance peine à s’imposer

Dans notre pays la LOLF a pris au niveau de la répartition des budgets une importance considérable. Le Parlement vérifie chaque année si les programmes votés et financés ont rempli leurs promesses. « Il y a les PAP (projets annuels de performances) et les RAP (rapports annuels de performance)… C’est une vision entièrement tournée vers objectifs. »

« La performance est au centre des procédures budgétaires, mais pas encore au cœur du système éducatif : on n’a pas encore changé les habitudes. Par exemple, on a confié de nouvelles responsabilités aux académies et aux régions, mais elles n’ont pas encore acquis cette culture de la performance. » L’inertie du système a sa part de responsabilité : « l’Education nationale est assez lourde à manier; ce n’est plus un mammouth, mais peut-être un troupeau d’éléphants ! ».

Le prochain numéro de la revue de Sèvre, qui paraîtra courant septembre, traitera de « L’école dans les médias ».

1 commentaire sur "Financement de l’éducation : « la performance n’est pas encore au cœur du système »"

  1. claire  5 juin 2014 à 17 h 16 min

    Le médecin n’est pas obligé de guérir ses patients. Obligeons les médecins (comme en Finlande ?) à guérir leurs patients, ils donneront leurs recettes aux professeurs et tout ira pour le mieux. Plus sérieusement, il serait plus honnête de dire que certains regrettent que l’école ne soit pas traitée comme une entreprise. Jacquard s’était élevé contre cette idée. Là voilà qui revient. Mais les élèves sont-ils des clients ? Les professeurs seront-ils (enfin ) payés comme des cadres ? Sommes-nous des marchandises comme les autres ? A quand « le meilleur des mondes » ?Signaler un abus

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