Catherine Moisan

Catherine Moisan

Dans le bilan social publié le 2 mai dernier par la DEPP, un focus est fait sur la rémunération « réelle » des enseignants. Sont-ils toujours moins bien payés que leurs collègues européens ?

Ce n’est pas la première fois que nous publions des éléments sur la rémunération des personnels de l’éducation nationale, dont les enseignants. Mais cette année, la méthode de calcul a changé. Désormais, la base est réelle et non plus théorique : il s’agit d’une analyse statistique de la totalité des feuilles de paie, ce qui se révèle beaucoup plus fiable. Le salaire moyen d’un enseignant français du secteur public s’élève à 2470 euros net par mois. Mais derrière ce montant, il y a de fortes disparités, en fonction notamment du niveau d’enseignement et de l’âge.

Les dernières comparaisons internationales sont celles parues dans le dernier Regards sur l’éducation  publié par l’OCDE, selon l’ancienne méthode de calcul. Des différences existent avec une rémunération légèrement inférieure, en moyenne, pour les professeurs français. Mais si l’on s’intéresse à la carrière d’un professeur français par rapport à un professeur danois par exemple, on constate que l’écart se situe en début de carrière.

Ce salaire ne contredit-il pas l’idée selon laquelle les enseignants seraient mal payés en France ?

Il est certain que la rémunération des enseignants est nettement supérieure au salaire médian en France (ndlr : 1712 euros net par mois selon l’Insee ) ! Néanmoins, pour être juste, il faudrait comparer avec d’autres professions, à qualification égale. Notre intention est de mener prochainement ce travail avec l’INSEE.

L’écart de salaire persiste-t-il entre le 1er et le 2nd degrés et pourquoi une telle différence entre les hommes et les femmes ?

Dans le 1er degré, la rémunération mensuelle moyenne des professeurs s’élève à 2200 euros net, contre 2700 euros net dans le 2nd degré. La différence s’explique par trois éléments. D’une part, la rémunération d’un enseignant repose sur son salaire de base indiciaire, mais aussi sur les rémunérations accessoires constituées des primes et des heures supplémentaires. Or dans le premier degré, il n’y a pas d’heures supplémentaires. Dit autrement, les rémunérations accessoires représentent 5% du salaire brut des professeurs des écoles, contre 14% pour les professeurs certifiés qui constituent la majorité des enseignants du 2nd degré. D’autre part, les professeurs des écoles sont un peu plus jeunes que leurs collègues du 2nd degré. Troisième différence, à l’école il n’y a qu’un seul corps, alors qu’au collège et au lycée il y a des professeurs certifiés et des agrégés qui ont une grille indiciaire plus favorable.

Concernant l’écart de rémunération nette entre les femmes et les hommes, il est de 13%. Les femmes étant plus nombreuses dans le premier degré que dans le second degré, on retrouve les écarts de salaires déjà évoqués. Les femmes ont aussi plus souvent des interruptions de carrière et elles prennent moins d’heures supplémentaires que les hommes.

Comment se répartissent les effectifs de l’Education nationale ?

En 2012-2013, plus d’un million de personnels étaient en activité au Ministère de l’Education nationale, dont 70% de femmes. Parmi ces personnels, on compte 846 000 enseignants répartis à 44,8% dans le 1er degré et à 55,2% dans le second degré. Aujourd’hui, les emplois étant en progression, on peut s’attendre à ce que les effectifs progressent de nouveau dans le prochain bilan social.

Où les enseignants préfèrent-ils enseigner ?

Le chapitre « mobilité géographique » de l’étude révèle d’importants déséquilibres en ce qui concerne les vœux des enseignants. En 2013, dans le 1er degré, 16 900 demandes de mouvement interdépartemental ont été formulées en premier vœu. Or 5 départements totalisent plus de 20% de ces demandes : la Haute-Garonne, Paris, la Gironde, la Seine-et-Marne et l’Hérault. Le ratio demandes d’entrées / demandes de sorties renseigne plus précisément sur l’attractivité des territoires. Et six départements enregistrent plus de 10 demandes d’entrées pour une demande de sortie : les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Alpes, le Puy-de-Dôme, la Haute-Garonne, les Pyrénées-Orientales et le Morbihan. Globalement, le sud-ouest reste très attractif et la Bretagne est de plus en plus attractive. A l’inverse, la Seine-Saint-Denis enregistre 279 demandes de sortie pour une demande d’entrée en premier vœu.

Dans le 2nd degré, les académies les plus attractives sont Rennes, Bordeaux puis Toulouse. A l’opposé, les académies de Créteil, Versailles et Amiens attirent peu.