Capes de mathématiques : « il n’y a pas de crise des vocations »

Lors de la session exceptionnelle 2014 du concours externe du Capes, la moitié des postes sont restés vacants. Le recrutement est particulièrement problématique en mathématiques. Décryptage de Bernard Egger, président de l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP).

Bernard Egger APMEP

Bernard Egger APMEP

Comment expliquez-vous que la moitié des postes de professeurs de mathématiques n’aient pas été pourvus lors de la dernière session du Capes dont les résultats viennent d’être publiés ?

Ce problème n’est pas récent, il a commencé à apparaître il y a quatre ou cinq ans. Le nombre de postes pourvus est globalement resté stable, avec 793 admis en liste principale en 2014. Ce qui a beaucoup augmenté, c’est l’offre : on est passé d’environ 1100 postes à pourvoir en mathématiques l’an dernier à 1592 cette année. En clair, comme le ministère a augmenté le nombre de postes à pourvoir, pour parvenir aux créations de postes annoncées sur la durée du quinquennat, le pourcentage de postes pourvus s’est mécaniquement effondré. Mais, en pratique, le faible nombre de candidats reste le nœud du problème.

Le concours est-il trop exigeant ?

Non, il l’est même un peu moins qu’à des périodes où il y avait beaucoup plus de candidats. Le jury ne veut pas que le concours soit accessible à un niveau trop faible. Il n’y a pas de baisse de niveau significative et c’est plutôt une bonne chose. Simplement, le Capes reste un concours, il faut donc se classer. Le problème c’est qu’il faut assurer des postes devant les élèves. Et comme il manque d’ores et déjà environ 1500 enseignants de mathématiques en France, il y a un recrutement assez important de contractuels, dont beaucoup ne sont pas spécialistes en mathématiques.

Pourquoi le métier de professeur de mathématiques est-il plus touché que d’autres spécialités par une crise des vocations ?

Il ne s’agit pas d’une crise des vocations. Tous les métiers de l’enseignement sont touchés actuellement par une désaffection des candidats, y compris dans le premier degré puisque plus de 800 postes n’ont pas été pourvus. Avec la mastérisation , le diplôme d’enseignant ne peut être obtenu qu’à bac +5. Auparavant, les candidats pouvaient accéder au métier avec une licence et être rémunérés à partir de là. Attendre bac +5 sans savoir si on va décrocher le concours, c’est très risqué. Ce qui rend les choses encore un peu plus difficiles en maths, c’est qu’à bac +5, l’offre de métiers est très large. Quelqu’un qui arrive à ce niveau de formation a tendance à choisir des métiers réputés plus faciles et mieux payés. Le paradoxe, c’est qu’après une carrière dans le marketing ou la finance par exemple, beaucoup reviennent vers les concours de l’enseignement à l’âge de 40-45 ans, car ils s’aperçoivent que l’échéance 50-55 ans constitue un obstacle dans le privé : les cadres sont trop souvent mis sur la touche à cet âge.

Comment donner envie de devenir prof de maths ?

Cela passe à mon avis par un recrutement anticipé, avec un concours à bac +2 ou +3, comme c’était le cas avant, et sans concours de sortie à la fin du master. Comme en médecine, une fois que vous avez réussi le concours, il faut que chacun puisse se dire que l’essentiel est fait. Cela rassurerait beaucoup d’aspirants professeurs. Aujourd’hui, beaucoup de candidats sont écartés du métier de professeurs car ils ne peuvent se permettre de rester dans l’incertitude juqu’à bac +5 : ils n’ont pas toujours les moyens d’attendre aussi longtemps pour percevoir un salaire. C’est regrettable car cela élimine des gens qui se seraient volontiers investis à bac +3.

Bien sûr, la revalorisation du métier d’enseignant passe aussi par une meilleure rémunération. Mais ce n’est pas tout ! Il faut apporter une formation plus adaptée aux exigences actuelles du métier pour que les professeurs se sentent mieux et donnent une image plus positive de leur travail.

4 commentaires sur "Capes de mathématiques : « il n’y a pas de crise des vocations »"

  1. Florent  12 mai 2014 à 13 h 26 min

    Il y à 15 ans, on était obligé de passer la maitrise si on voulait avoir un niveau suffisant pour passer le CAPES. Et après le maitrise(bac+4) on était obligé de suivre une préparation au concours d’un an supplémentaire (bac+5). La plupart du temps on obtenait le concours au bout de la deuxième voir troisième fois(bac+6 +7). Les salaires de début de carrière étaient beaucoup plus bas qu’aujourd’hui 6800 francs pendant 3 mois puis 7500 pendant neuf mois puis 8200 pendant au minimum 2 ans avec des prix similaires à ceux d’aujourd’hui vu la faible inflation. Et pourtant 10000 candidat se présentaient tous les ans; Le problème est donc ailleurs…Signaler un abus

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  2. Sandrine  12 mai 2014 à 14 h 23 min

    Prérecrutons donc à bac+ 2 ou 3, voire avant.
    Prérecruter, c’est financer les études à temps plein par ex dès la licence, comme élève-professeur, jusqu’à la réussite du concours de recrutement, en contrepartie d’un engagement à exercer au service de l’Etat plusieurs années ensuite. Solution dont l’efficacité a déjà été éprouvée maintes fois par le passé (cf les IPES et autres cycles préparatoires aux concours de l’enseignement).
    Prérecruter était d’ailleurs une promesse de campagne du président Hollande… Il est plus que temps de la mettre en oeuvre: nul besoin pour cela de remanier au préalable masters et concours, avec un peu de volonté et d’investissement, on peut le faire vite.Signaler un abus

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  3. Loys Bonod  12 mai 2014 à 20 h 39 min

    J’ai du mal à comprendre pourquoi, selon M. Egger, il n’y aurait pas de crise des vocations… Le fait qu’il y ait moins de candidats et que toutes les disciplines soient concernées démontrent plutôt le contraire.

    S’agissant des mathématiques en particulier j’invite à consulter ce graphique montrant l’évolution depuis les années 60. La chut est vertigineuse dans les années 2000 (de 8 000 candidats à 1 500) : http://www.laviemoderne.net/images/2014/0308/capes_maths_1960-2013.gifSignaler un abus

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  4. Helen  18 mai 2014 à 18 h 22 min

    Mais si, il y a une crise des vocations, en particulier en maths. Il y a aussi un système organisé par l’Education Nationale qui détruit tout désir de s’orienter vers l’enseignement des maths: les bacheliers scientifiques sont happés par les classes préparatoires et les écoles à prépa intégrée (voir le rapport de l’IGEN), pour lesquelles le métier de professeur serait presque une déchéance. Une chose est indispensable: pour avoir plus de candidats, il faut plus d’étudiants en licence de maths. Mais nous allons fermer, je pense, un certain nombre de licences de maths à l’université, suite aux « directives » concernant les économies à faire à l’université sur les formations à petits effectifs! (En jargon administratif, on dit mutualiser les moyens ou fusionner les universités) Il y a aussi de nombreux candidats qui sont déjà…. profs de maths (vacataires, contractuels,..). Mais ceux-là ont beaucoup de difficultés à obtenir le CAPES (formation initiale trop éloignée, pas de temps pour le préparer, pas de valorisation de leur expérience pour le recrutement) et de toute manière, ils sont déjà enseignants donc ne combleront pas un vide. S’ils ont leur CAPES, ils coûteront seulement plus cher.
    Oui, des prérecrutements pourraient améliorer les choses et ils permettraient d’améliorer la formation vers le professorat.Signaler un abus

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