« Chercheurs et enseignants sont inquiets de l’avenir de l’université »

Les personnels, enseignants et chercheurs de l’université sont inquiets pour l’avenir du service public. Et ils le disent. Commentaires de Claudine Kahane, co-secrétaire générale du SNESUP-FSU.

Claudine Kahane

Claudine Kahane

La pétition lancée en avril dernier « Le changement à l’Université et dans la Recherche, c’est maintenant ? », virulente à l’égard de la politique menée par le gouvernement, a été signée par plus de 11 000 personnes à ce jour. Que vous inspire cette mobilisation ?

C’est un signe positif : au-delà de la question de l’attitude de Geneviève Fioraso à l’égard des personnels de l’enseignement supérieur et du monde universitaire, cette mobilisation révèle combien les personnels, chercheurs et enseignants, se sentent inquiets et concernés par l’avenir de l’université et de la recherche en France. Si le SNESUP-FSU n’est pas à l’origine de cette pétition, notre syndicat intervient cependant de longue date sur les thèmes présents dans ce texte. Ainsi dès octobre et durant tout l’hiver dernier, le SNESUP-FSU a porté plusieurs motions au sein du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) sur le thème de l’austérité. Les témoignages recueillis à l’automne et présentés le 12 novembre dernier, illustrent les conséquences accablantes des difficultés budgétaires des universités. Deuxième point fort de la pétition, la surdité et la cécité du ministère vis-à-vis des personnels, la méconnaissance de la réalité de leurs conditions de travail ont également été soulignées par le SNESUP-FSU. A cet égard la ministre, aujourd’hui secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, incarne une vision peu respectueuse des personnels des universités. Enfin, le regroupement d’universités et d’établissements d’enseignement supérieur, imposé par la loi ESR (Enseignement supérieur et recherche) de juillet 2013, est mené dans la précipitation et de manière autoritaire. Les regroupements exigés ne sont respectueux ni de la diversité des situations, ni de l’histoire des établissements. Si l’unification du paysage post-bac est une vraie question, la réponse apportée ici n’est pas la bonne.

Quelles sont vos attentes après la formation du gouvernement Valls ?

La formation de ce gouvernement constitue un non changement. Le gouvernement s’est d’emblée placé dans la continuité de la politique de Jean-Marc Ayrault avec la volonté d’accentuer l’austérité. Car le pacte dit de « responsabilité » est bel et bien un pacte « d’austérité ». J’en veux pour preuve la réaffirmation du gel du point d’indice des fonctionnaires ou les économies réalisées sur les services publics.

Quelles sont les échéances importantes dans les semaines à venir ?

La journée d’action dans la fonction publique prévue ce jeudi 15 mai sera l’occasion d’affirmer notre inquiétude devant la dégradation de la situation dans les services publics touchés par la politique d’austérité, tandis que les personnels de l’enseignement et de la recherche voient leur salaire et leurs perspectives de carrière ou d’emploi dégradées. Sur les trente dernières années, la perte de pouvoir d’achat des personnels universitaires est spectaculaire. Parallèlement, d’après le ministère lui-même, 35 % des personnels subissent un statut précaire, vacataire ou CDD. Cela signifie qu’une personne sur trois dans les universités n’a aujourd’hui aucune garantie de stabilité de l’emploi. A cet égard, la réunion plénière du Comité national du CNRS, le 11 juin prochain, sera l’occasion de tirer la sonnette d’alarme sur la situation extrêmement dégradée de la France en matière d’emploi scientifique. Entre 2002 et 2012, le nombre de personnel permanent au sein du CNRS a diminué de 800. Dans l’université, près d’un millier de postes ont disparu en 5 ans. La situation précaire des post-doc, leur fuite à l’étranger, souligne combien notre pays est en train de se priver des capacités de recherche et développement notamment dans les entreprises.

 

Frédéric Magnan

 

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