Dictée © Olivier Le Moal — Fotolia.com

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Dans le prolongement de la loi sur la refondation de l’école, le ministère de l’Education nationale a indiqué le 10 avril vouloir passer « d’une logique de notation sanction à une logique d’encouragement des élèves, plus compréhensible des parents ». Ainsi, pour la dictée, un barème graduel, « qui n’a pas vocation à être généralisé pour l’instant », précise le ministère, a été expérimenté dans les académies de Poitiers et de Créteil, lors de la session de juin 2013 du Diplôme national du brevet.

Ce « nouveau logiciel », mis à la disposition des enseignants sur le site Eduscol permet de classer les erreurs des élèves en trois groupes en fonction de leur gravité : les fautes d’accord des noms, d’accord des verbes et l’orthographe des mots.

L’objectif ? Proposer non pas « une simple sanction par la note » mais « une évaluation ascendante capable de repérer les réussites comme les erreurs », explique Olivier Barbarant, inspecteur général de l’Education nationale (Igen) de lettres. « L’outil ne conduit donc pas à distribuer des points par indulgence excessive », rassure Olivier Barbarant, mais « il permet de distinguer les compétences et de hiérarchiser les difficultés ».

« Actuellement, l’orthographe ne s’apprend pas grâce à la dictée »

Viviane Youx, présidente de l’Association Française des Enseignants de Français (AFEF), perçoit positivement ce nouvel outil : « Il va dans le sens d’un enseignement qui apprend aux élèves que la langue est un système, sans être uniquement dans le contrôle. » « Le débat sur l’utilité de la dictée n’a plus lieu d’être », rappelle-t-elle, « la répétition et l’entraînement sont indispensables pour l’apprentissage de l’orthographe. En revanche, il est nécessaire d’y ajouter une dimension pédagogique ! » Car Viviane Youx reconnaît que la dictée, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui à l’école et au collège, n’est qu’« un système de vérification des acquis des élèves et d’entraînement » et non un système d’enseignement. « Actuellement, l’orthographe ne s’apprend pas grâce à la dictée », regrette l’enseignante, « l’objectif de ce travail me paraît donc intéressant car il s’agit de transformer cet exercice de contrôle en un exercice d’aide. Les enseignants peuvent repérer les erreurs des élèves et les catégoriser pour ensuite leur proposer un enseignement adapté ».

Mieux diagnostiquer

Romain Vignest, président de l’Association des professeurs de lettres (APL), voit lui aussi d’un bon œil l’arrivée de cet instrument : « il présente un intérêt pour permettre de mieux diagnostiquer les lacunes, à condition que l’on respecte la liberté pédagogique des enseignants ». Pour autant, il insiste pour dire que le problème du niveau des élèves français en orthographe ne se règlera pas juste avec cet outil informatique : « On ne se préoccupe de l’orthographe qu’au moment de la dictée. En dehors du cours de français, trop de collègues considèrent que ce n’est pas le plus important. Il est à la mode d’incriminer la mauvaise orthographe des élèves français, mais on ne peut pas leur reprocher de ne pas connaître ce qu’on ne leur apprend pas ! Or entre 1995 et 2009, on a abandonné l’enseignement de l’orthographe et surtout de la grammaire dans les programmes du collège. » Selon lui, les programmes en vigueur depuis 2009 remettent toutefois l’étude structurée de la langue au cœur du cours du français.

« Je crois qu’il faut surtout qu’on dise clairement que l’orthographe est importante », résume Viviane Youx, « et que l’on donne plus de temps à l’ensemble des professeurs de français ».