Fin des notes en dictée : régression ou progrès ?

Le projet du ministre de l'Education, présenté le 10 avril, de ne plus noter les dictées, mais d'adopter un barème d'évaluation positive, fait débat. Divergences.

Dictée © Olivier Le Moal - Fotolia.com

Dictée © Olivier Le Moal – Fotolia.com

Dans une tribune intitulée « Les 5 dérives pédagogiques qui ont miné l’Ecole » publiée sur le site du Figaro, Jean-Rémi Girard, professeur de français, secrétaire national du SNALC-FGAF, dénonce le projet du ministère de l’Education nationale de ne plus noter les dictées et de pratiquer une « évaluation positive » ne prenant en compte que les mots bien orthographiés. Dans la seconde partie de son article intitulée « L’évaluation ou Oui-Oui au pays des Bisounours », il blâme les expérimentations telles que points rouges et points verts et autres smileys se substituant à la note, sous prétexte que  « stigmatisante, démotivante, humiliante, la note chiffrée aurait tous les défauts ».
Ne plus noter les dictées revient pour lui à « nier la difficulté scolaire et à refuser à la note chiffrée d’être, tout simplement, ce qu’elle est, à savoir une indication de la qualité d’un travail donné à un moment donné ». Il est rejoint en cela par le champion du monde d’orthographe Bruno Dewaele, qui juge que ce projet vise surtout à « masquer un déficit« .

Sortir de l’évaluation-sanction

A contrario, un article intitulé « La fin du zéro pointé ‘non mérité’ en dictée » publié dans Le Monde, prône la nouvelle méthode d’évaluation. L’article rappelle qu’à l’origine de ce projet on trouve un inspecteur général de lettres, Olivier Barbarant. Pour lui, il faut impérativement sortir de l’évaluation-sanction, pour permettre à l’élève de progresser. Aujourd’hui affirme-t-il, « la dictée ne fait que certifier un niveau, sans donner aux élèves les moyens de s’améliorer. » « Actuellement, la dictée fait le plus souvent l’objet d’une évaluation descendante : par rapport au texte source, l’enseignant décompte, en négatif, les erreurs commises. Cette pratique, décourageante pour l’élève, ne permet pas pour autant de bien cerner quelles sont ses difficultés orthographiques et quels remèdes y apporter » lit-on également sur le site du ministère de l’Education nationale.

A noter qu’Olivier Barbarant a un soutien et non des moindres puisqu’il s’agit de celui de l’Association française des enseignants de français (AFEF). « L’intérêt pédagogique [de l’évaluation positive] est de taille : disqualifier définitivement la terminologie traditionnelle de ‘faute’, et se saisir des erreurs, non plus comme d’un outil de sanction, mais comme d’un support d’enseignement-apprentissage de l’orthographe » juge ainsi l’association.

L’Education nationale propose donc aux enseignants un logiciel avec barème graduel permettant de noter la dictée en prenant en compte trois catégories différentes : l’orthographe des mots, l’accord des noms et l’accord des verbes. Pour l’instant, ce système de notation n’est pas généralisé, les enseignants de primaire et de collège étant juste invités à l’utiliser, sans caractère contraignant.

Alors, la fin des notes en dictée, régression ou progrès ? Le débat est ouvert !

4 commentaires sur "Fin des notes en dictée : régression ou progrès ?"

  1. Loys Bonod  17 avril 2014 à 14 h 08 min

    Le soutien de l’Association française des enseignants de français à la proposition du groupe Lettres de l’Inspection générale est d’autant plus spontané qu’il est signé… par une IA-IPR honoraire de lettres !Signaler un abus

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  2. Cum laude  18 avril 2014 à 18 h 48 min

    Une fois de plus, dans le cadre de l’évaluation de la maîtrise de la langue écrite, autrement dit en littératie, l’essentiel est omis : le contexte et les supports. En effet, de quoi parle-t-on lorsque la dictée est évoquée : quels objectifs et avec quels textes supports ? Il conviendrait de mettre en place une pédagogie étayée, partagée par des professeurs formés en didactique du français. Employer un outil de mesure sans qu’auparavant, une réflexion approfondie ne soit menée, reste superficiel. Mettre en place une pédagogie où l’accès aux textes se fait de manière raisonnée et graduée est une des voies de la réussite vers la maîtrise de l’écrit, qu’elle concerne les réalisations syntaxiques ou lexicales. Allons voir ce qui se passe au Canada francophone, des outils pertinents ont été mis en place depuis 15 ans et l’indice de réussite des élèves en littératie est en progrès.Signaler un abus

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  3. Robert  18 avril 2014 à 18 h 54 min

    Je trouve que le contenu de votre article « Fin des notes en dictée : régression ou progrès ? » ne correspond pas à son titre : une évaluation positive reste une évaluation et une note non chiffrée reste une note !
    Le véritable problème est : comment enseigner efficacement l’orthographe? – avec ou sans note, c’est un problème secondaire.
    La réponse est : en inversant l’approche pédagogique dominante de l’entrée dans l’écrit par la lecture, et en donnant au contraire la priorité à l’écriture (au sens de rédaction), comme le préconisent Célesin Freinet, Jacques Fijalkov, Caleb Gattegno et d’autres pédagogues novateurs.
    Chacun peut faire cette expérience, montrant que c’est bien en écrivant plus qu’en lisant qu’on apprend l’orthographe : après avoir lu eu roman de plusieurs centaines de pages où revient souvent le nom étranger d’un personnage, on peut se trouver incapable de l’orthographier, parce qu’on s’était contenté, au cours de la lecture, de reconnaître le mot globalement. Devoir l’écrire oblige au contraire à être attentif à son orthographe.
    Or les écoliers, collégiens et lycéens français écrivent peu.
    Une autre conséquence négative de ce déficit, c’est qu’arrivés dans l’enseignement supérieur où des écrits longs sont demandés (par exemple des mémoires), les étudiants sont peu armés et paniqués.Signaler un abus

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  4. lite44  19 avril 2014 à 9 h 30 min

    La question de l’évaluation « positive » de la dictée se posait déjà dans les années 70 et j’ose espérer que les enseignants n’en sont plus aujourd’hui au trop fameux « 5 fautes = zéro ». Ce qui est affligeant dans ce débat c’est qu’on parle sur des principes très généraux et non sur des faits. Tout devient idéologique mais très peu didactique. L’essentiel n’est-ce pas que, finalement, les jeunes aient une idée un peu plus constructive de l’orthographe.Signaler un abus

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