Professeur/élèves

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L’emploi du « tu » pour la proximité, du « vous » pour marquer la distance… Est-ce si simple ? Certains professeurs interprètent les choses différemment : le tutoiement peut être ressenti comme une forme de rabaissement de l’autre et le vouvoiement comme une forme de mépris.

Dans l’enseignement secondaire, les professeurs interrogés sont unanimes pour dire qu’ils tutoient leurs élèves mais que ces derniers doivent les vouvoyer. Elisabeth Hazard, enseignante d’histoire-géographie dans un lycée du Havre (Seine-Maritime) remarque toutefois une évolution depuis les années 70 : « au lycée, il y a quarante ans, les professeurs avaient plutôt tendance à nous vouvoyer ou à nous appeler par notre nom de famille. C’est devenu très rare car cela marquait sans doute une forme de hauteur et de respect, qui serait mal perçue aujourd’hui ». Certains soulignent que cette popularisation du « tu » découle de mai 68 et de la volonté d’abroger toute forme hiérarchique. « Le tutoiement, ruine de mai », disait Roland Barthes…

Le vouvoiement, une nécessité au lycée ?

En classe, Elisabeth Hazard tutoie ses élèves mais elle n’accepterait pas qu’ils en fassent autant. « Le tutoiement avec des collégiens peut être une forme affective mais au lycée elle n’est plus possible car l’on s’adresse à de jeunes adultes. C’est une forme de distance nécessaire », explique-t-elle. Ses deux filles, également enseignantes, l’une au collège et l’autre au lycée, tutoient également leurs élèves. Et elles n’envisagent pas autre chose : « le vouvoiement crée une certaine distance dans la relation prof /élève qui n’est pas utile. La marque d’autorité est inhérente à notre statut. A l’inverse, accepter d’être tutoyé par ses élèves est un leurre : nous ne sommes pas sur le même pied d’égalité dans l’établissement. »

Madame Chapelle, professeure d’histoire-géographie au collège en Seine-et-Marne, est d’un autre avis. Bien qu’elle comprenne le discours de ses collègues, elle vouvoie ses élèves. Il s’agit pour elle d’une forme de respect. Elle souhaite leur montrer qu’elle les considère comme de jeunes adultes : « Certains ont déjà un pied dans le monde du travail [il y a entre autres une 3e d’insertion dans l’établissement ndlr]. Il est important qu’ils puissent s’accorder avec les conventions du cadre professionnel. Cela choque souvent les élèves au début, car ils n’en n’ont pas l’habitude, mais ils s’y font très bien et finissent pas ne plus y prêter attention. »

Salomé Teisseire