Profs en slip : « la blague, c’est de réduire notre DHG alors que le ministre s’est engagé pour l’éducation prioritaire »

Les Profs en slip, collectif d'enseignants du lycée Maupassant de Colombes (92), ont choisi un mode d'action original et décalé pour se battre contre la baisse des dotations horaires dans leur établissement. Interview.

Que revendiquent les Profs en slip et quelles actions ont-ils menées pour se faire entendre ?

Nous revendiquons des moyens, c’est-à-dire un taux d’encadrement au moins équivalent aux moyens prévisionnels de l’an dernier ainsi qu’une garantie de la part de notre administration d’avoir ces mêmes moyens d’enseignement dans les années à venir. Il faut savoir que ces moyens dans notre lycée ont considérablement baissé depuis 2007 alors que la part d’élèves issus de catégories défavorisées est passée de 37% à 45% sur la période.

Pour faire entendre nos revendications, nous avons choisi des modes de communication complémentaires des actions syndicales plus classiques. Le mardi 4 février, nous avons ainsi réalisé deux happenings de classe éphémère : l’un devant le ministère de l’éducation nationale et l’autre sur le parvis de la gare Saint-Lazare.

Une semaine plus tard, le 13 février, nous avons réalisé un autre happening en marge d’une manifestation d’enseignants et d’élèves : il s’agissait de laver des vitres à des feux rouges pour récolter des moyens pour notre lycée.

Pourquoi avoir choisi ce nom et ce mode d’action ?

L’expression familière «être en slip» représente bien ce qui risque de nous arriver l’an prochain si le projet de DHG de notre lycée est maintenu. Nous voulions donc exprimer cette idée très simplement et offrir au public une image amusante, facilement identifiable et qui traduise exactement ce que nous ressentons pour l’avenir de notre lycée. L’idée de faire classe en plein air et en slip permet d’interpeller notre administration sur un mode humoristique et décalé en proposant une caricature de la précarisation annoncée des conditions d’enseignement dans notre lycée. Mais la vraie blague dans l’histoire, c’est plutôt de réduire notre DHG alors même que notre ministre s’est engagé deux semaines plus tôt pour l’enseignement prioritaire.

Aller laver des carreaux au feu rouge poursuit l’exploration du thème de la précarité et permet de distribuer des tracts dans des conditions surprenantes. Nous aimerions que notre administration comprenne notre désarroi face à la baisse des moyens.

Comment le ministère et le rectorat ont-ils réagi à vos manifestations ?

Aucune réaction notable au sujet de nos actions à ce jour : le ministre et le recteur n’ont pas accepté de nous rencontrer. Les délégations reçues au ministère par des subalternes n’ont reçu aucune réponse. Seul un contre-communiqué mensonger de la part du Directeur Académique a été envoyé aux médias.

Concrètement, quelles seraient les conséquences d’une baisse des dotations horaires dans votre lycée ?

La DHG permet de couvrir les heures d’enseignement, d’aides aux élèves et d’accompagnement personnalisé. Baisser la DHG avec un nombre d’élève stable remet en cause :
– le nombre d’élèves par classe plafonné actuellement à 30 ;
– les heures en demi-groupe dans la plupart des disciplines ;
– la présence d’assistants pédagogiques ;
– les permanences et heures de soutien offertes aux élèves (notamment en mathématiques) ;
– la possibilité de choisir librement leur orientation pour nos élèves de seconde ;
– le droit au redoublement dans notre lycée pour les élèves qui échouent au bac.

C’est tout le projet pédagogique de notre établissement qui est menacé, et à moyen terme, nous ne serons pas les seuls touchés. N’oublions pas que ni les déclarations du Directeur académique, ni les déclarations ministérielles ne font état des lycées, mais uniquement des collèges. Et pour cause ! Aucun engagement concernant l’inscription des lycées dans les dispositifs ZEP n’a été pris. Cela sous-entendrait que les inégalités scolaires cesseraient à la fin du collège. Or, nous pouvons témoigner que ce n’est pas le cas.

Que répondez-vous à Philippe Wuillamier, directeur académique, selon qui les dotations horaires pour les établissements du 92 ont été rétablies « à hauteur des années précédentes » ?

C’est faux. La DHG prévue pour la rentrée est diminuée de 117 heures pour un effectif stable. Or le Lycée Maupassant de Colombes est bien un établissement du 92 !

Le directeur académique se base sur une diminution de 70 élèves pour la rentrée, c’est la même prévision que l’an dernier, alors que la baisse effective à la rentrée n’était que de 12 élèves. C’est un procédé classique de l’Administration de minorer les prévisions d’effectifs pour justifier la diminution des moyens. Depuis 2007, notre taux d’encadrement est passé de 1,67 à 1,48, soit une perte d’environ 200 h annuelles de dotation.

De nouvelles actions des Profs en slip sont-elles à prévoir ?

Oui, bien sûr. Nous restons plus que jamais mobilisés. C’est l’avenir et la réussite de nos élèves qui sont en jeu. D’autres actions sont à prévoir dès cette semaine lors de la journée de grève et de manifestation du jeudi 13 mars qui réunira les établissements de toute l’Ile-de-France pour protester contre la baisse des moyens. Nous vous tiendrons au courant.

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1 commentaire sur "Profs en slip : « la blague, c’est de réduire notre DHG alors que le ministre s’est engagé pour l’éducation prioritaire »"

  1. zebulon1957  28 mars 2014 à 16 h 07 min

    Bravo à ces profs courageux créatifs et clairvoyants!
    A quand les profs « A POIL » !?
    Si les DHG diminuent encore c’est ce qui nous restera!Signaler un abus

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